Comment on se sert de l’Éducation nationale pour la présidentielle 2017

Publié Par h16, le dans Édito

Décidément, l’Éducation nationale et sa ministre, Najat Vallaud-Belkacem, n’aiment guère les écoles hors contrat et les parents qui, un peu trop soucieux de la qualité des enseignements dispensés à leurs enfants, refusent de les livrer au système étatique actuel. Mais derrière les petits coups de canif que la ministre inflige aux idées de liberté scolaire se cache en réalité un plus noir dessein.

Même si, on le comprendra, cela relève d’une prouesse intellectuelle notoire, admettons la bonne foi de la ministre et concédons ici que son ministère essaye ainsi de reprendre la main devant le développement des écoles hors contrat et l’augmentation sensible du nombre d’enfants scolarisés à la maison. Dans ce cadre, l’Éducation nationale réagit comme tout producteur d’un service en essayant de conserver une part de marché. Bien sûr, la comparaison avec n’importe quel autre producteur privé s’arrête là puisque ce ministère dispose tout de même de la puissance de l’État, et peut faire usage de la coercition lorsque cela lui chante.

D’ailleurs, cela lui chante d’autant plus que l’effort pour endiguer la fuite de petites têtes blondes et autres ne s’inscrit pas du tout dans une recherche des motivations qui poussent les parents à se séparer définitivement de ces enseignements pourtant « gratuits » (puisque payés par tout le monde) et à placer leurs enfants dans de parfois coûteuses structures privées. Autrement dit, l’EdNat fait actuellement tout pour bien signifier que s’échapper des enseignements fournis n’est absolument pas compatible avec le vivre-ensemble, voire anti-républicain et même franchement louche, et qu’il en coûtera donc de nombreux contrôles et autres vexations administratives pour ceux qui s’y risqueraient (dans le respect du choix des parents et de la liberté d’enseignement, cela va de soi, bisous bisous).

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Parallèlement, l’EdNat ne fera absolument rien pour se remettre en cause, analyser les symptômes et combattre la maladie. En somme, il n’est pas question de remédier aux raisons qui poussent les parents à fuir le système étatique. Pour le ministère, peu importe que chaque année passée offre de nouvelles occasions de pousser le curseur des enseignements toujours plus loin dans le gloubiboulga, la facilité, l’édulcoration des programmes, l’éparpillement des savoirs sur une myriade de sujets de plus en plus futiles. Peu importe que le niveau des élèves de quatrième corresponde à peine au niveau des élèves de sixième d’il y a 15 ans. Peu importe que l’orthographe, la grammaire, les mathématiques de base, l’histoire et la géographie fondamentales ou ce qui entrait jadis dans la culture générale de l’homme moyen ne soit même plus à portée des élèves de troisième, dont la majorité est dépassée par des problèmes de règle de trois ou l’usage vaguement correct du conditionnel dans une phrase un peu plus complexe que le triplet navrant Sujet + Verbe + Complément. Peu importe d’ailleurs que cela s’en ressent dans la prose de plus en plus hésitante des jeunes professeurs qui arrivent dans le système.

Ce qui importe au ministère de l’Édulcoration Nationale, c’est que pas un élève n’échappe à sa production de savoirs calibrés. Il faut donc tout faire pour que les bonnes valeurs républicaines (liste à établir, concept à définir, chantier en cours, circulez) soient inculquées, de force s’il le faut, au plus grand nombre, dès tout petit.

Et ça tombe bien, parce qu’en plus, ce but officieux mais évident provoque un effet de bord très désirable pour cette partie du gouvernement qui pense à 2017 : plus on cherche à contrôler, réguler, inspecter et sanctionner l’éducation à domicile et les écoles hors contrat, plus cela excite toute une frange de la population qui y a recours et qui est de toute façon un électorat définitivement perdu pour Hollande et ses sbires.

Mieux encore, cet effet de bord permet une récupération assez systématique par une partie de la droite et le Front National, ce qui permet d’accroître encore le bénéfice retiré de l’opération, en clivant de façon claire le peuple français entre ceux qui, d’un côté, veulent se tenir en dehors de la République (une et indivisible, qu’on vous serine) et les autres, membres joyeux du Vivrensemble officiel qui abondent dans l’anti-communautarisme, la lutte contre la méchante religion qui s’insinue partout, et pour qui l’EdNat forme avant tout du bon citoyen bien dodu et non de l’individu intellectuellement indépendant (pouah, pouah, berk, berk).

En somme, en cognant sur les écoles hors contrat et sur la tendance au homeschooling, on déclenche une réaction du Front National et on pousse autant de monde dans ses bras plutôt que dans une droite traditionnelle encore une fois complètement à la ramasse sur ces questions.

C’est tellement vrai, tellement simple et tellement évident que la petite Najat ne s’en tient même pas là.

najat vallaud belkacem scrogneugneuAu-delà de son discours lénifiant (léninifiant ?) concernant les décrocheurs, la proposition de leur distribuer 1000€ s’ils reviennent dans le giron républicain n’est absolument pas étrangère à cette démarche d’ensemble. Coté pile, la République s’occupe de ses laissés pour compte et leur file des cacahuètes pour refaire partie du groupe et recevoir le bon enseignement citoyen & festif qui ne permet pas de décrocher un travail mais, en tout cas, permet de voter comme il faut pour plus d’État quand on le lui demande. Côté face, on va encore exciter un peu la populace, à peu de frais : c’est un projet qui, tant qu’il n’est que projet, ne coûte rien, et qui a peu de chance de voir effectivement le jour. Et cette excitation va directement bénéficier au Front National au détriment d’une droite invertébrée, rampant mollement dans son silence mortifié et son fromage blanc idéologique gluant.

Et on observe exactement le même mécanisme lorsque la ministricule, frétillante d’aise à l’idée d’en remettre une couche, déclarait récemment au micro de Bourdin vouloir intégrer les « enseignements de langues et de cultures des communautés d’origine » au programme de CP dès l’année prochaine, ce que beaucoup ont interprété comme l’introduction de l’arabe comme langue enseignée à ce niveau. Peu importe ce qui était envisagé réellement, les petits couinements explicatifs de Vallaud-Belkacem ont été rapidement couverts par les cris d’outrage de toute un frange de la population, Front National en tête, qui rappelle (sans qu’on puisse lui donner tort pour le coup) qu’avant ces langues exotiques, le français devrait probablement être un peu mieux enseigné. Et peu importe si, finalement, l’arabe est ou non proposé à l’étude en CP : le but de l’impétrante est rempli puisqu’on a très probablement réussi à jeter quelques nouveaux électeurs outrés dans les bras d’un FN bien seul à rappeler quelques évidences.

Et ça marche, très bien même : la stratégie, que j’expliquais récemment, qui consiste à tout faire pour avoir un second tour Hollande-Marine Le Pen, se nourrit précisément de ce genre de petits actes fielleux d’une ministre dogmatique et probablement encore toute étonnée d’être parvenue si vite à un tel poste alors qu’elle n’en a visiblement pas les capacités : en faisant ainsi, elle sert d’ustensile pratique pour son maître qui prouve encore à quel point il est prêt à toutes les bassesses et toutes les ignominies pour simplement conserver le pouvoir.

Education
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Sur le web

  1. Moeh.
    Pas vraiment convaincu par le calcul politique de 2017.

    L’introduction des langues exotiques ressemble davantage à une bassesse clientéliste et égalitariste de la part d’un ministère devenu lâche et frileux. L’EdNat patauge de plus en plus dans sa bouillie idéologique marxisante, et ne sait plus comment se débrouiller pour faire apprendre les fondamentaux (que vous listez), qu’elle dilue ignoblement avec des matières secondaires, festives, ludiques ou citoyennes, afin de ratrapper par le bout de la manche tous les cancres et illettrés qu’elle a produit. Le savoir, l’exigence, le goût de l’effort, c’est devenu forcément le Maâal grrr grrr et tout ce qui est nouveau, tendance, et progressiste c’est le Biiieeen cuicui. Elle refusera jusqu’à l’obsession pathologique d’admettre que ces nouvelles méthodes pédagogo New-Age sont moisies et désastreuses, et qu’en fin de compte, tel qu’on le faisait à l’ancienne, baaah… ça marchait mieux !

    Une espèce de fuite en avant schizophrène vers l’éducation pour tous mais l’instruction pour personne.

    1. Moi non plus: le côté bien trop pataud de ce gouvernement ne m’a jamais fait penser à du machiavelisme mais bien à de l’improvisation.

      1. Le meilleur coup que le diable ait jamais réussi à faire c’est de faire croire à tout le monde qu’il n’existe pas.

        Kaiser Sauzé

        1. ce proverbe est bien plus ancien que Keyser Söze (et pas Kaiser Sauzé)

      2. Oui, des charlots, avec un capitaine en chef de turbo-rétro pédalo, une équipe de compétition :mrgreen:

    2. La bassesse clientéliste n’empêche aucunement la stratégie Mitterrandienne. 😉
      D’1 pierre 2 coups. Et tout est dans la stratégie, par tous les moyens, dans tous les domaines depuis 4 ans. Ne surtout pas les sous-estimer. Songez à tout ce qu’ils ont pu faire passer…
      Et le but du marxisme n’est pas d’apprendre les fondamentaux mais de rééduquer les déviants avec le minimum de bagage et de mots, pour en faire une plèbe obéissante, dépendante de l’Etat et manipulable.

      1. En même temps ça avait franchement bien réussi du temps de… Jospin. Pouf plus de socialiste.

  2. L’accélération dans la mise en place de l’idéologie socialiste ( sentiment d’urgence) devrait aussi pousser la droite à se réveiller et à occuper l’énorme espace disponible( liberté- concurrence- performance..). Car le programme actuel du FN , très étatique et socialiste aussi,n’est pas bien séduisant non plus.En étant aussi extrémistes le PS pousse la droite à enfin prendre du leadership pour assumer une rupture.

    1. Quelle droite ? La droite est morte, comme la Fronze, ce pays zombie …

  3. quand vous parlez du gvt abandonnez le coté pile et le coté face , préférez le coté pitre et le coté farce d’une même pièce de théâtre 🙂

  4. le ps prend un gros risque en voulant par tout les moyens être confronté au FN au 2em tour ; les français en ont vraiment marre de ce gouvernement et ce raz le bol pourrait trés bien se traduire par un vote FN ne serait ce que pour faire sauter hollande une bonne fois pour toute ; auquel cas , le ps serait directement responsable de la mise au pouvoir du FN ; même s’il y a une grosse abstention , le combat sera dur pour l’actuel gouvernement qui n’est plus soutenu par grand monde ; raison pour laquelle , sans doute , un socialo a dit dernièrement : si nous perdons en 2017 , nous n’accèderons plus au pouvoir pendant 20 ans ;

    1. oui, personnellement si il faut choisir entre Hollande et Le pen, je vote Le Pen, simplement parce qu’elle se retrouve directement en cohabitation sans passer par la case « j’ai le pouvoir ». Avantage du scénario : les prétendants PS et LR sont éliminés et donc on a forcément un premier ministre frais (tout est relatif, évidemment…).
      Avec un peu de bol on a même une assemblée sans majorité, c’est à dire un an sans faire de conneries. Parce que faut pas rêver, le nouveau gouvernement LR (ou PS) ne fera rien de bon
      Il est même possible que ça pète avec 5-10 ans d’avance (mais moins gravement que si ça arrive dans 5-10 ans, justement) sous la pression d’une gauche rendue violente par la combinaison de son échec, de sa haine, et de son fantasme de représenter le camp du bien.

      1. +1, elle n’aura pas les députés. Jamais.

        un premier ministre frais Moins de 30 ans et non un vieux phoque dinosauresque ❓

        1. Mais elle peut simplement reprendre les usages actuels, et s’approprier le gouvernement par ordonnance.
          Le 49-3 ne marcherait pas en cohabitation minoritaire, mais il y a d’autres moyens…
          Et puis, l’état d’urgence doit bien offrir quelques règles élémentaires de gestion dictatoriale qui n’ont pas encore été utilisées.
          Je l’ai déjà écrit ici : j’attends la mise en place des premières milices privées. Après ca on sera définitivement fixé…

    2. Si les législatives peuvent sauver quelque chose, il y a plus de chance que la Droite gagne avec Le Pen élue présidente…

  5. Si, si ils (nos gouvernants) vous font croire qu’ils sont stupides. Mais ils savent très bien manipuler. Je ne rajouterais que la citation d’yn local du pays ou je vis « fuyez pauvres fous »… 😝

  6. Reste à connaître les motivations et le véritable objectif de N Belkacem.Est ce le résultat de son allégeance au roi du maroc, est ce le résultat de sa double nationalité, de sa culture musulmane , est ce la volonté de réconcilier les cultures chrétiennes et musulmanes etc ??? Ensuite, la mesure ( apprendre l’arabe) est elle pertinente pour son objectif? Rien n’est moins sûr.Au même moment le Maroc redonne du poids à la langue française dans l’enseignement.Qui apprendra l’arabe? les musulmans seulement ou aussi les francais de souche ?
    L’effet sera t il de permettre à tous les musulmans de se comprendre entre eux pour renforcer leur pouvoir ?L’effet sera til le repli identitaire et le communautarisme? L’effet sera til de parler encore moins bien francais ?Pourquoi se centrer sur les langues d’origine et non les langues qui permettent de développer l’économie ( chinois, japonnais, russe, etc..) Ce qui est louche est de ne pas avoir démontré l’intérêt stratégique d’une telle mesure et c’est peut être parce qu’il n’y a que des objectifs cachés et inavouables?

  7. Notre ministre, marocaine, veut nous faire apprendre l’arabe.
    Au même moment les marocains arrêtent d’enseigner l’arabe au profit du français… Raison invoquée (LeMonde) « arabisation et islamisme vont de pair ». Ça tombe pas pile poil avec l’actualité ? (Ça va forcément bien se terminer..)

    1. Commentaire déplacé, et idiot.

        1. C’est la référence à une Ministre « marocaine » qui est idiote, et déplacé.
          Quand Mme Belkacem parle d’un enseignement de la langue d’origine ( ou maternelle), presque tout le monde comprend  » enseignement de l’Arabe ». Et tombe dans le  » piège  » supposé ou fantasmé, en hurlant à l’infamie.
          Or cette proposition est complètement irréaliste, car on ne saurait garantir l’enseignement de toutes les langues d’origine, et on rentrerait rapidement dans un conflit insoluble si certaines langues étaient enseignées, comme l’Arabe, et pas d’autres. Techniquement, cette proposition est inepte.
          Alors réagir en disant « Arabe », « Marocaine », c’est tomber dans un piège sémantique assez grossier.

  8. C’est une proposition de Terra Nova. Certainement une des moins pertinente du rapport sur l’éducation, accessible sur leur site. Et celle qu’elle a retenue, donc…
    Il y a pourtant d’autres propositions plus intéressantes : décentralisation, évaluation des programmes,, indépendance du CSP ( réclamé ici même sur un autre fil), etc…

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