Comment l’État-Providence est né

Publié Par Bill Bonner, le dans Histoire de l'économie

Par Bill Bonner.

Bismarck

Bismarck By: www.GlynLowe.comCC BY 2.0

Quelque chose en échange de rien, voilà ce que veulent la plupart des gens.

Les Suisses ont voté contre “un revenu de base garanti”, que les gens travaillent ou non. L’idée elle-même, en revanche, ne disparaîtra probablement pas.

Les deux tiers des électeurs britanniques affirment être pour une telle idée. La province d’Ontario, au Canada, se prépare à tester quelque chose de similaire.

Si vous nous lisez depuis quelques temps, vous savez comment et pourquoi nous avons un État-Providence.

Ce n’est pas parce que nos dirigeants sont plus attentionnés que par le passé. En réalité, les révolutions française et américaine ont montré que la valeur relative des “citoyens” est plus importante que celle des “sujets”.

Lorsque les gens pensaient être en charge d’un gouvernement au lieu d’en être simples sujets, ils ne trouvaient plus absurde de se demander, non ce que le gouvernement pouvait faire pour eux… mais ce qu’ils pouvaient faire pour lui.

Les élites, qui contrôlent le gouvernement, avaient une réponse toute prête : vous pouvez payer des impôts plus élevés ! Et vous pouvez aller vous faire tuer dans l’une de nos guerres égoïstes à l’étranger.

Au lieu d’être incorporés de force dans l’armée du roi, en d’autres termes, les citoyens s’engageaient de leur propre chef. Et parce que l’argent était désormais utilisé uniquement pour des projets qui leur rapportaient — selon leurs représentants élus –, ils étaient d’accord d’en verser plus.

C’est du moins la théorie.

Oui, les électeurs sont bien ennuyeux. Tout de même, laisser les masses croire que ce sont elles qui commandent, ça rapporte : on peut en obtenir plus de cette manière.

Merci, Herr Bismarck !

Sauf qu’au 19ème siècle, le nouveau citoyen avait un fusil, en plus d’un bulletin de vote.

Et s’il pouvait abattre George III ou Louis XVI, il pouvait faire tomber n’importe quel gouvernement.

C’est ainsi que, près d’un siècle après la décollation de Louis, le premier chancelier d’Allemagne, Otto von Bismarck, a trouvé un moyen de s’assurer de la docilité du nouveau citoyen : donnez-lui quelque chose en échange de rien. Donnez-lui une pension !

Grâce à une série de lois dans les années 1880, l’Allemagne de Bismarck a mis en place le premier État-Providence au monde — comprenant l’assurance-santé et un programme de retraites publiques.

Si les gens dépendaient des autorités pour le financement de leur retraite, ils accepteraient à peu près tout ce que les autorités décideraient.

Telle est l’origine de ce que nous connaissons comme l’État-Providence, dans lequel le gouvernement collecte de l’argent auprès des citoyens puis leur en rend une part substantielle.

Certains obtiennent un emploi. Certains obtiennent des allocations santé. Quasiment tous touchent une retraite.

Aujourd’hui, la plupart des gouvernements fonctionnent sur une version ou une autre du modèle de Bismarck, prenant l’argent des citoyens mais leur fournissant aussi des avantages “sociaux”.

Le modèle a parfaitement fonctionné pendant 100 ans.

Les politiciens, en quête de voix, n’ont pas cessé de rendre les conditions plus attrayantes. De droite comme de gauche, ils ont réalisé qu’ils devaient promettre de plus en plus d’avantages pour être élus.

Le véritable conservatisme (c’est-à-dire partisan d’un gouvernement limité) a pratiquement disparu à mesure que les enchères montaient. Les politiciens ont promis à leurs électeurs des allocations chômage, des soins de santé, des médicaments remboursés, des allocations logement…

Mais plus ils promettaient quelque-chose-en-échange-de-rien, plus les gens en voulaient.

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  1. Je ne sais pas si Von Bismarck était un filou ou pas… Un article d’opinion, que je respecte, je suis sur CP, pas sur le site de Marianne… Je voudrais me faire un peu l’avocat du diable quand même. C’est ce qu’on appelle aussi système de redistribution horizontale, si je ne m’abuse… Tout le monde contribue à un service qui profite à tous. Et c’est vrai que le système ne se défend qu’à cette seule condition.
    Je dis que ça se défend en théorie. Mais en pratique, on observe des dérives, des distorsions. Ainsi pour un système qui doit pouvoir profiter à tous, une partie des citoyens contribuent. Et à l’autre bout, certains recevraient plus que d’autres…
    Je suis bien d’accord, qu’il faut être débile ou déconnecté de la réalité pour croire qu’un service public ne peut qu’être « gratuit »… Ou pire, être animé d’une énorme mauvaise foi en sachant que d’autres paieront…

  2. En échange de rien ? Pareto a mis en évidence dès la fin du 19 ème siècle que si les administrés connaissaient le coût réel des « services » » proposés par l’état, ils n’y souscriraient pas. Ainsi fallait-il en dissimuler les coûts.
    Par ailleurs, il est clair que ce sera le plus absurde des prétendants à l’élection qui remportera la palme. Les lois de l’incidence fiscale étant ce qu’elles sont, ils ne volera pas ceux qu’il a désigné, et ce ne seront pas non plus les bénéficiaires décrétés qui récolteront la part la plus importante du butin.
    Donc, en change de rien, en apparence seulement, mais surement pas dans les faits. Cela dit, la manœuvre de Bismark afin de s’assurer de la docilité de ses administrés est magistrale.

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