Euro 2016 : de quoi a besoin le football en France ?

Publié Par Aurelien Biteau, le dans Sport

Loin d’avoir besoin de plus d’intervention, le football a besoin d’une véritable libéralisation, plaçant le supporter au cœur de son économie.

Un billet d’humeur d’Aurélien Biteau.

Le football, pour la plupart des Français, c’est un sport où des millionnaires débiles courent après un ballon et qu’on regarde à la télé. Bien qu’il y soit l’objet de nombreuses passions et polémiques, et que la politique aime aussi beaucoup s’y mêler, ce n’est pas faire injure que de reconnaître que la France n’est vraiment pas une terre de football, contrairement à ses voisins britanniques, allemands ou encore espagnols. Le football, on en parle, on le voit de loin, mais on n’oublie surtout pas de se pincer un peu le nez et de prendre ses distances avec tous ces beaufs.

Toutefois, pour un certain nombre de véritables fans, le football se vit encore au stade, en tribune, où l’on soutient son équipe, son club, sa ville. Or pour ces gens-là, le monde du football, du moins français, a pris une très désagréable tournure qui ne devrait pas laisser totalement indifférents les libéraux, malgré le mépris général dans lequel est traîné ce si peu connu univers dans ce pays.

Je me sens obligé de faire d’abord part de mon expérience personnelle, tant j’ai eu d’occasions de me rendre compte que si le foot est extrêmement populaire, les tribunes sont la grande inconnue de ce sport. Ceci permettra de donner un peu de concret à cet article qui, au fond, est avant tout un billet d’humeur.

Né à Troyes et ayant grandi bien loin de ma ville natale tout en y gardant des attaches familiales, j’ai été emmené dans mon enfance pour la première fois au Stade de l’Aube par mon grand-père voir jouer l’ATAC, devenue depuis l’Espérance Sportive Troyes Aube Champagne (ESTAC). Mais c’est à Strasbourg que j’ai chopé le virus, après avoir rencontré des Ultras Boys 90que je compte parmi mes amis : j’ai découvert véritablement le football et les tribunes à ce moment-là, et l’ESTAC, que je suivais de loin, et alors qu’elle remontait en première division, est devenue pour moi une véritable passion.

Je suis donc un supporter de l’ESTAC, club de ma ville de Troyes. Que ce club soit en coupe d’Europe, comme au début des années 2000, ou dans l’anonymat de la troisième division, comme en cette triste saison 2009-2010, et bien que je ne sois pas le plus fervent des supporters, il m’est impossible de ne pas penser et parler ESTAC, de ne pas suivre les résultats, de ne pas me rendre au stade de temps en temps, malgré la distance, ni de ne pas faire quelques déplacements et porter fièrement les couleurs de Troyes dans le reste de la France, et encore moins de ne pas assister aux derbies contre les voisins rémois et sedanais.

Pour la plupart des Français, ce sentiment est aussi irrationnel qu’inconnu. Mais malgré des stades à moitié déserts, il est encore partagé par de nombreuses personnes d’horizons divers qui osent se rendre au stade, en Ligue 1, en Ligue 2, en National et même plus bas encore dans le football amateur.

Or les tribunes sont devenues, sans qu’on n’en parle plus que ça, et dans un grand mépris et une heureuse ignorance, un objet essentiel des transformations du football. On le sait, le football d’aujourd’hui ne ressemble pas tellement au football des années 50 ou 60. Les clubs sont devenus des véritables entreprises tandis que les joueurs, moins captifs, se sont mutés en classiques salariés, et peuvent changer de clubs selon les tendances du marché des transferts. Le football est devenu une économie qui draine des millions d’euros, nécessite de la part des clubs une véritable maîtrise du management sportif (communication, marketing, relation client, sponsoring, etc.), et attire de très riches mécènes. Ces mutations ne sont guère surprenantes, mais elles sont la raison d’être de vives critiques contre ce qui est appelé le « football moderne ».

Dans les tribunes, ces critiques sont portées pour l’essentiel par le mouvement Ultra. Ce mouvement, si caricaturé par les médias et sur lequel courent de nombreux préjugés chez celui qui n’a jamais mis les pieds au stade, défend une vision passéiste et un peu mythologisée du football appelée football populaire. Évidemment, la critique faite au football actuel via cette vision n’est pas dépourvue de ce côté gauchisant qui voit le mal dans le capitalisme appliqué au foot, et fantasme des clubs dépourvus de leur dimension économique et plus « authentiques », avec des joueurs absolument fidèles, interdits de changer de club, et des supporters venant voir leur match en masse, casquette sur la tête,  après la sortie de l’usine. J’exagère, mais à peine.

Toutefois, malgré leur inaptitude à adopter une attitude réaliste vis-à-vis du sport qu’ils aiment, et leur incapacité à considérer le reste des tribunes et d’autres façons de soutenir leur équipe, les Ultras n’ont pas tort sur tout, loin de là. Vous avez sans doute déjà pu voir, en regardant un match de Ligue 1 à la télévision, lorsque la caméra passe sur ces groupes de supporters, des messages « Liberté pour les Ultras ».

Il se trouve en effet que les tribunes font de plus en plus l’objet d’un étrange étouffement sécuritaire. Je ne pourrais vous citer toutes les lois, les plans et amendements qui sont passés sur les dernières années afin de combattre la violence au sein des stades, mais ils sont nombreux et d’une surprenante démesure, démesure à laquelle les clubs s’adonnent eux aussi avec plaisir.

La tendance va vers une immédiateté des sanctions, un plus grand arbitraire, et un contrôle de plus en plus fort du public des stades. Les Interdictions administratives de stade, par exemple, créées en 2006, sont prises contre des individus par le préfet, donc en dehors de toute institution juridique, sur la considération d’une menace envers l’ordre public. Et de préférence avec un goût pour le flou artistique.

Pareillement, on a pu voir des personnes interdites de déplacement sur la seule base de leur origine : ainsi il fut pendant un temps impossible pour les supporters parisiens, qu’ils appartiennent ou non à des groupes ultras, de se rendre dans les parcages (zone réservée aux supporters adverses) des stades des clubs contre lesquels jouait le PSG. Il faut voir, par exemple, cette vidéo humoristique d’Action Discrète essayant de se rendre à Quevilly-PSG en 2010 et lire cet article du Parisien sur cette rencontre. La République, qui se targue de combattre toutes les discriminations, n’a aucune pitié pour le monde des tribunes au nom de son combat hypocrite contre des violences qui furent certes impressionnantes, mais très localisées et peu nombreuses.

D’autres procédures pourraient être décrites, mais je ne souhaite pas traîner en longueur.

Il ne faut pas croire que ceci ne frappe que les grands clubs. Vous pourrez trouver des interdits de stade dans la plupart des groupes ultras de France, pour des motifs dérisoires, et avec une sévérité démesurée. Et les Ultras ne sont pas les seuls concernés, c’est bien là le problème : tous les supporters sont touchés par ce mouvement extensif de contrôle des tribunes.

Je vais prendre un exemple personnel et récent : le vendredi 30 août, l’ESTAC se rend à Lens pour un match déjà important de la Ligue 2. Affilié à aucun groupe de supporter, je fais le déplacement au stade Bollaert avec ma voiture. Un bus troyen est attendu, plus quelques supporters indépendants comme moi : bref, pas grand monde. De plus, les supporters troyens ne sont pas réputés pour être des vandales faisant les gros titres, ils ne sont donc pas difficiles à gérer. Aucun risque de débordement. On peut donc raisonnablement s’attendre à être accueilli correctement, comme des êtres humains venant assister au match de leur équipe préférée, un spectacle sportif en somme. Que nenni. Pour accéder au parcage, il faut d’abord passer par un corridor sécurisé dans une ambiance camp de concentration, après avoir reçu l’accueil chaleureux des CRS et une fouille des véhicules. Évidemment, l’entrée se fait au compte-goutte avec des stadiers qui n’ont ni amabilité, ni respect à vous montrer, et se font un plaisir de vous fouiller, parfois jusqu’au contenu de vos chaussures comme j’ai eu la chance d’y goûter dans un autre stade, tout en vous privant de votre appareil photo, dangereux projectile – mais pas votre téléphone portable, bizarrement. Pour de la Ligue 2, en réception de Troyes. Du délire.

À domicile, le délire sécuritaire n’est pas aussi grand : les clubs montrent plus de respect pour leurs supporters, ils n’ont pas envie de les perdre. Toutefois, là encore, on trouve des stadiers peu respectueux des supporters, des stadiers très nerveux qui hurlent sur ceux qui oseraient se lever… Les stadiers sont devenus, pour les clubs, les polices de leur stade. Ils filtrent toutes les banderoles, contrôlent tout le public, organisent et restreignent ses déplacements, l’observent, ne le lâchent pas des yeux, ne lui permettent pas la moindre marge de manœuvre.

Tout cela, pour les supporters, devient de plus en plus pesant. Entre groupes de supporters, ultras ou non, et présidents de club, les relations sont tendues et difficiles. On pourra trouver que j’exagère si j’affirme que le supporter ne semble plus être un être humain comme les autres une fois dans le stade. Le soupçon pèse toujours sur lui, il a perdu sa qualité d’honnête homme. Mais il faut le vivre pour s’en rendre compte. Or tout cela pour du football semble bien démesuré.

Les instances du football, enfermées dans leurs tours d’ivoire, leur loges luxueuses, ne semblent plus pouvoir supporter cette populace qui leur sert de public, et applaudissent des deux mains ces tendances. Une économie aussi peu respectueuse de sa clientèle, ayant autant de mépris à l’égard des attentes de ceux qui sont pourtant sa raison d’être, est une économie malade.

Le football, loin de devenir véritablement capitaliste comme le craignent les Ultras, devient de plus en plus une espèce d’administration sportive. Elle traite son public comme les autres administrations traitent leurs administrés : mal et avec une méfiance absolue et un grand besoin de contrôler. Ceci mériterait un article tout entier dévoué à ce sujet. Il faut dire que l’État n’est pas loin, entre financement des stades, subventions des clubs, politique sportive et polémiques politiques aussi régulières que bouffonnes. Certains supporters gauchisants, dans leur touchante naïveté à l’égard de l’État, veulent bien sûr y voir un allié potentiel, comme sur le blog Une Balle dans le pied, lié au Monde. Mais nous pouvons sentir que, loin d’avoir besoin de plus d’intervention, de régulations du sport, de « fair-play financier » et autre délires administratifs, voire gouvernementaux, le football aurait besoin d’une véritable libéralisation, plaçant au cœur de son économie le supporter, avec ses attentes propres. Qu’on nous laisse au moins respirer.

  1. Il n’est pas certain que la libéralisation du foot se fasse dans l’interêt du supporter vu que l’argent des clubs vient essentiellement du marketing et des droits tv. Récemment on a pu lire que le clasico pourrait se jouer à midi car : « En Asie, les gens sont plus fans de Cristiano Ronaldo et Lionel Messi que du Real et du Barça. – See more at: http://www.football365.fr/etranger/espagne/j10-le-clasico-pourrait-se-jouer-a-midi-1057025.shtml#sthash.siUH7ZGb.dpuf« . Libéral non?

    1. Pensez-vous que les télévisions tiennent à diffuser un clasico avec un stade vide ? Si le stade est plein ce jour-là à cet horaire-là, c’est que des gens s’y seront rendus. Notons que le cas concerné doit être à peu près unique, et concerne deux clubs qui peuvent compter sur un large soutien local.

      Canal+ apprécie toujours faire des commentaires sur l’ambiance des stades, et n’hésite pas, dans ses spots publicitaires, à montrer des images de fumigène ou autres animations interdites. La télé ne rêve pas de diffuser des matchs comme à huis-clos…et les téléspectateurs de les regarder…

      Sinon, juste comme ça, le marketing, ce n’est pas libéral, c’est managérial. C’est une affaire de management, pas de politique. Et le marketing, ça consiste aussi à comprendre les comportements du consommateurs, ça ne préjuge pas de ce comportement. Ca signifie par exemple que si la plupart des « consommateurs » sont des ultras, et bien le « produit » s’adaptera à cette clientèle. C’est le public qui décide en marketing. Vous ne trouverez que du bon sens en ouvrant un livre de management sportif.

      Or justement ce public n’est pas vraiment libre – en France en tout cas. Il est trié, contrôlé, fouillé, surveillé, discipliné, maté. L’intérêt du supporter, il est d’abord là : mettre fin au délire sécuritaire et à l’administration des tribunes qui dépassent largement la cible initiale (les violences). Et aussi que l’Etat lâche la grippe au foot et laisse les clubs se démerder seuls, histoire qu’ils reviennent sur terre (pas de financements des stades, pas de subventions, pas de ministre des sports, etc.)

      1. Le public qui va au stade fait partie du spectacle. Au RCT par exemple les chants des supporters (le pilou-pilou) ont été reprise en main par le club pour qu’ils soient à la charge de professionnels. Si on suit la logique actuelle les supporters seront des professionnels, payés par la télé ou les clubs (ce qui est équivalent)… maintenant si il y a suffisamment de gens pour payer leurs places et se soumettre aux clubs de la même façon que des salariés se soumettent à leur employeur, pourquoi se priver ?

        1. Ca ne risque pas d’arriver. D’abord parce que les clubs qui feraient ça nuiraient gravement à leur réputation et se mangeraient des murs de contestation, même auprès de ceux qui ne vont pas au stade. Les clubs perdraient toute crédibilité à se détacher de leur assise locale, même les plus grands clubs. D’ailleurs ces clubs là respectent beaucoup leurs supporters et les intègrent (Bayern, Barcelone, etc.) Encore une fois, le marketing, même en sport, ça consiste à prendre en compte les attentes de ses clients, et les amateurs de ce sport attendent beaucoup d’authenticité dans la pratique.

          Je vous invite à voir ce qu’il s’est passé en Ligue 2 l’an dernier avec les horaires à 18H45 le vendredi et qui ont fini par être repoussé à 20H sous la pression du collectif SOS Ligue 2 et la colère des supporters.

          Ensuite, financièrement, c’est une idée absurde. Vous voyez sérieusement des clubs – qui ne sont pour la plupart que des PME, et sont financièrement tendus ces temps-ci – ou des télés débourser les salaires de dizaines de milliers de personnes chaque semaine, avec tout ce que ça implique en termes de gestion de personnel ?

          Le pilou-pilou n’a pas été « repris en main », il est juste devenu une véritable institution et fait partie intégrante de l’identité du club. Et c’est parce que c’est un chant authentique et reconnu que le public le reprend.

          Oui, le public fait partie du spectacle télévisé. Non, il ne risque pas de devenir professionnel. Parce que ce n’est pas ce que veut la clientèle, et parce que c’est absurde, tout simplement.

          1. Nous verrons bien. C’est une dynamique naturelle de ce que vous décrivez selon moi. Sans remplacer les spectateurs qui vont au stade, l’ASM pourrait tout à fait vouloir le « bourrer » dès maintenant, en lançant des invitations au moins, dans un premier temps. Et si ça marche vouloir « animer » un peu les tribunes remplies de toutes ces personnes (apriori moins motivées que celles qui achètent des places d’elles-même) qu’on pourrait facilement déguiser en gagnants à divers tirages au sort, avec des chauffeurs de public professionnels. Ça serait moins absurde que des tribunes vides, et tout le monde n’y verrait que du feu si c’est bien fait. Après, encore une fois, tant que des gens payent là où d’autres voudraient être payés, les clubs n’ont en effet pas de raison de se fatiguer de trop, et tant qu’il y a plus de gens qui veulent rentrer dans le stade que de places pour les accueillir ils auront tout intérêt à faire des filtres sur les critères qui les arrangent.
            Vous dites « Tout cela, pour les supporters, devient de plus en plus pesant. » ; je ne vois pas. Je serais même prêt à parier qu’un système de franchises permettrait d’avoir des affluences plus grandes qu’aujourd’hui avec le semblant de compétition actuel. Un petit peu comme en NBA : si la victoire est belle la bonne santé des franchises se construit sur un critère d’utilité sociale déterminée par le marché.

            Je ne suis pas certain qu’il n’y ait qu’un seul modèle économique dans le football. Mais même en ligue 2 je doute que, aujourd’hui, flatter le collectif SOS Ligue2 soit la meilleure stratégie commerciale. Ainsi le choix pour une marque de laisser tomber ses clients habituels pour atteindre une cible plus large est très risqué mais quand c’est bien fait, ça marche.
            Pour reprendre la comparaison avec la NBA, la délocalisation des Supersonics de Seattle à Oklaoma City et le changement de nom en Thunder est une réussite commerciale (et sportive)… et si les anciens supporters ne sont plus là, il y en a de nouveaux. Et je suis certain que les habitants de Seattle aiment toujours le basket, même.

          2. « Tout cela est pesant » : c’est l’étouffement sécuritaire qui est pesant, la façon dont on cherche à discipliner, policer, contrôler les tribunes dans une méfiance absolue. Et encore une fois, pas seulement au sujet des Ultras, mais de toutes les personnes en tribunes (donc les familles aussi).

            Je n’ai jamais vu le moindre livre de management sportif conseiller de bourrer son stade à coup d’invitations. A la manière des promotions en grande consommation, ça dévalorise totalement le produit : les gens ne se rendent au stade que si on les invite et avec l’idée que le spectacle qu’ils vont voir ne vaut pas grand chose. Peut-être que ça peut marcher dans certains cas très particuliers, comme Monaco qui n’a pas d’assise locale et compte la plupart de ses supporters dans toute la France (d’où des parcages bien remplis à l’extérieur), mais j’en doute. A Troyes en tout cas où c’est pas mal pratiqué, ça ne marche pas, le public n’est pas fidèle et ça met en colère les supporters assidus qui paient leur place à chaque match, et qui ne sentent pas récompensés pour leur fidélité. On ne fait pas ce genre de pratiques dans les pays qui remplissent leurs stades d’ailleurs.

            Par contre, pour aller dans votre sens, on a effectivement remplacé le public du Parc des Princes en dégoûtant et en chassant les Ultras. C’est le club qui organise les « tifos » et tente de développer des nouveaux symboles tels que Germain le Lynx. Résultat : tout le monde trouve la nouvelle ambiance pitoyable et ces symboles aussi ridicules que bouffons tandis que le nouveau public préfère parodier les ultras en reprenant leurs chants et en jouant les durs avec son célèbre :  » -Equipe adverse- enculé ». Il faut croire qu’on ne change pas la nature des supporters de foot français à coup de gouvernementalisation des tribunes. A voir sur le long terme cependant.

            Autre cas, celui des Croix de Savoie, investi par Danone, faisant deux montées d’affilée pour se trouver en Ligue 1 et change complètement son identité pour devenir Evian Thonon Gaillard FC, abandonne ses couleurs au profit du rose des bouteilles Evian et quitte Thonon pour la ville d’Annecy. Peu de public avant la Ligue 1, peu d’histoire, ce changement d’identité n’a pas été si douloureux (sauf bien sûr pour les quelques passionnés qui suivaient ce club depuis des lustres). C’était presque une page blanche. Je ne sais toutefois pas trop comment se développe et se comporte le public de ce club.

            Le sport européen, ce n’est pas le sport américain, pas la même culture, et évidemment on ne vend pas le même produit aux USA qu’en France, malgré les similitudes.

  2. ce qui m’embete avec le football, c’est les millions degager par ce sport

    1. oups, partie tout seul…

      je disais donc, les millions dégager par ce sport…
      alors qu’a coter, les stades municipaux et clubs de foot locaux, qui permettent d’entretenir cette passion pour ce sports, sont financer par l’argent publique.

      ça devrait être aux organisation du foot de financer tout ça, et pas les contribuable.

  3. Difficile de libéraliser le football lorsque les revenus principaux de cette industrie viennent de droits télévisés. La télévision, on le sait, est trés bien contrôlée par l´Etat. Pour avoir un foot libre, il faudrait au préalable une télévision et une radio libre.

    1. A priori aujourd’hui chacun d’entre nous a les moyens (pas forcément la compétence, mais ça c’est le jeu de la concurrence qui le détermine) de faire de la télévision ou de la radio, et on n’appelle plus ça comme ça. En fait ce qu’on appelle « télévision » ou « radio » est devenu antinomique avec le libéralisme.

  4. Soi je ne m’abuse, en Allemagne, les supporters ont leur mot à dire, notamment dans la gestion des clubs?

  5. Le spectacle sportif, et notamment le football, est de plus en plus télévisuel. Les « spectateurs » qui sont dans le stade sont de plus en plus des acteurs du spectacle, qui jouent le rôle de la présence physique pour les vrais spectateurs, ceux qui sont dans leur salon devant la télévision. On a pu le voir notamment pendant la coupe du monde en Afrique du Sud avec la tentative de faire interdire les vuvuzelas, cet écart dans les intérêts des uns et des autres est de plus en plus grand.

    La « libéralisation » du football me semble ainsi passer par la fin de l’exclusivité des retransmissions… le « droit à l’image » étant une invention complètement stupide.
    Plutôt que le subventionnement actuel d’entreprises privées par des institutions publiques (comme si le PSG avait quoi que ce soit à voir avec la vie de la Cité à Paris, ou l’OM avec celle à Marseille), il pourrait y avoir un intérêt pour la fédération, relativement à une pédagogie et une volonté de recrutement de sportifs dans les clubs, à retransmettre gratuitement les différents matchs sur le web. Les clubs de leur côté pourraient en effet se recentrer sur l’organisation d’évènements vivants, en mettant l’accent sur l’expérience du spectateur au stade (comme Guazzini a essayé de le faire au Stade français en rugby).

  6. « Certains supporters gauchisants, dans leur touchante naïveté à l’égard de l’État, veulent bien sûr y voir un allié potentiel, comme sur le blog Une Balle dans le pied, lié au Monde. »

    Houla, beau contresens cher Aurélien. Certes, les Cahiers du foot et Jérôme Latta penchent légèrement à gauche. Mais Latta considère que les Etats n’ont pas à s’endetter pour du football, et vous avez raté ce billet notamment où le surendettement en avance est fustigé: http://latta.blog.lemonde.fr/2012/02/20/euro-2016-le-milliard-des-stades/

    Voyez-vous, il y a un point où gauchistes et libéraux (du moins vous, supporteur ultralibéral) sont d’accord: les clubs doivent rester la propriété de leurs supporteurs, à l’image par exemple du FC Sankt Pauli, gauchiste mais clairement dirigé par ses supporteurs: http://www.cahiersdufootball.net/article.php?id=3603

    Et loin de la politique, ce qui était reproché dans le billet de Jérôme Latta était justement que l’Etat puisse faire une table ronde en ignorant les supporteurs. Après, mêmes les libéraux ne remettent pas en cause les fonctions régaliennes de l’Etat, et si Mme Fourneyron souhaitent améliorer la sécurité autour des stades, pourquoi pas, mais au moins qu’elle convoque les premiers intéressés (pas facile, certes, car qui choisir comme interlocuteur?).

    Au passage, vous avez conscience que toutefois, dans un système ultralibéral, il sera bien plus facile à Marseille ou au PSG qu’à Troyes de lever les fonds nécessaires…

    1. Bonjour,

      Il n’y a pas de contresens. J’ai bien vu que les Cahiers du Foot et Latta, que j’apprécie par ailleurs lire, ne sont pas favorables au financement du football par l’Etat.

      Mais pardon, réclamer une « politique de gauche » des tribunes, ou bien, lorsqu’un réunion au nom bouffon est organisée par une politicienne tout aussi bouffonne, ne s’offusquer que du fait que les supporters ne soient pas représentés plutôt que de bien voir que tout ceci n’est qu’une farce politique grotesque, c’est bien ce que j’appelle voir en l’Etat un allié potentiel. Et j’insiste sur le mot « potentiel ».

      Et excusez moi, mais quelqu’un qui emploie le mot « ultralibéral » entre chez moi directement dans la catégorie « profondément inculte ». Un peu comme un journaliste qui parlerait de « voyous », de « casseurs » ou de « hooligans » pour désigner les ultras hein…Je vous invite à revenir quelques fois sur ce site, vous en apprendriez un peu sur le libéralisme…

      (Par exemple, si, il y a des libéraux qui remettent en cause les fonctions régaliennes de l’Etat et l’Etat tout entier, ça s’appelle l’anarcho-capitalisme.)

      Je n’ai jamais dit que les clubs devaient appartenir à leurs supporters. C’est un modèle, pourquoi pas, mais ce n’est pas la règle. Ce que je souhaite, moi, c’est que l’Etat lâche le foot et que la Fifa, l’UEFA, la Ligue et co cesse de devenir des espèces de « gouvernements » du football, avec sa bureaucratie et son administration.

      Cool, le PSG est plus riche que Troyes. Et alors ? Vous croyez qu’en tant que supporter de Troyes, j’en ai quelque chose à faire ? Le supporter de Paris est ému quand son club gagne le championnat. Et bien moi je suis ému quand mon équipe bat le grand Lyon de l’époque avec un but à la toute dernière minute, ou bien gagne l’Intertoto contre Newcastle, aussi ridicule soit cette coupe pour les autres. Emotion du pauvre si vous voulez, mais dans mon cœur, il n’y a que Troyes et je prends ce club comme il est. Paris peut gagner la CL en investissant des millions : rien à foutre.

      1. Je crois que votre sentiment de trahison n’est pas du tout relatif à une économie malade, mais découle du changement de cible marketing des clubs de foot.
        Il y a un public, nul si vous voulez, qui ne se sent pas venir assister aux matchs si le stade est rempli d’ultras, et j’ai entendu dernièrement que les ultras « en grève » regardaient de toutes façons leur équipe favorite à la télévision : ce sont des clients quasiment impossibles à perdre. Le calcul de virer les ultras des stades me semble économiquement correct. Il est même possible (je n’en sais rien) de gagner ainsi un public qui dépense plus d’argent.

        L’état aujourd’hui n’intervient que par la convocation des directions de club. La farce politique est rentable, l’authenticité ne l’est apparemment pas plus que ça. Le fait que le PSG soit plus riche que Troyes fait qu’il a des moyens plus importants pour influencer l’économie du foot, les actionnaires de l’OL ne sont certainement pas « émus » par le but de Troyes.
        La FIFA et l’UEFA me semblent être avant tout des entreprises commerciales. Je ne vois pas bien pourquoi il faudrait défendre les intérêts particuliers des ultras ou même des « supporters », ni l’autorité qui devrait le faire : elles s’intéressent à leur produit et aux clients qui les achètent. Si le foot français me semble être en retard relativement à certains pays, c’est par rapport à un déficit de spectacle et par l’exploitation encore trop importante du sentiment d’appartenance territoriale de son public (la baisse du sentiment d’appartenance territoriale étant sans doute une contingence), par un trop grand soin, justement, apporté à leurs supporters historiques.
        Il y a à évidemment des stratégies commerciales alternatives aux actuelles, mais il faut les vendre aux clubs.

        Pour ce qui est de l’anarchisme, et de l’anarcho-capitalisme, je pense qu’il s’agit d’une remise en cause de toute organisation hiérarchique. En remettant en cause celle de l’état, y compris de sa réduction à ses fonctions régaliennes, je ne remet en cause qu’une organisation parmi d’autres, pas le principe même d’organisation ni celui de fonction régalienne.

        1. Je crois que vous ne savez pas vraiment de quoi vous parlez : vous racontez n’importe quoi.

          Je prends l’exemple des Ultras parce que parmi les supporters c’est le cas qui fait le plus de bruit et qui représente le plus les contestations vis à vis du « foot business ». Mais les Ultras, ils vont disparaître, c’est une évidence, et moi je m’en moque un peu, ils sont à la ramasse sur les évolutions du foot et enchaînent pas mal les bourdes. De plus je ne suis pas Ultra, je suis un supporter lambda, et encore une fois, l’objet de l’article, c’est le délire sécuritaire en tribune qui frappe tout le monde. Maintenant, quand les Ultras on les vire à coup de dissolutions abusives ou d’IDS à la volée, je ne crois pas qu’on est dans un changement classique de cible.

          Ensuite, pardon, mais non non non, l’Etat ne se contente pas de convoquer les clubs. Financement des stades, subventions des places et des clubs, politique sportive, ça fait vraiment beaucoup. Il y a même investissement direct d’Etats dans certains clubs comme le PSG, géré par un fonds souverain quatari. Et c’est bien les Etats qui mettent leurs gros doigts dans l’organisation des événements sportifs au grand bonheur des fédérations internationales (UEFA, FIFA, etc.) qui reçoivent en masse de l’argent public.

          (D’ailleurs, là en passant, vous dites n’importe quoi, les fédérations ne sont pas du tout des entreprises commerciales, mais des associations sportives. Et tout club professionnel doit être lié à une association sportive qui est un peu la « matrice » du club. Exemple pour l’ESTAC : il y a une association sportive ESTAC qui est liée à la FFF, à laquelle se rattache une société anonyme sportive professionnelle (SASP) qui disparaît si le club perd son statut professionnel.)

          Si tout ce que j’ai répertorié, ce n’est pas le capitalisme de connivence qu’on critique ici, je ne vois pas ce que c’est. Je croyais être sur Contrepoints, le site libéral.

          C’est facile, à ce moment là, de court-circuiter le consommateur final, et de se foutre royalement de ses attentes. Public des stades comme téléspectateurs. Tout en insistant, de manière paradoxale, pour que le public du club soit chaud (oui oui, je ne sais pas où vous avez rêvé que les clubs cherchaient à virer le public habituel – surtout en France d’ailleurs, parce qu’il n’y en a pas des masses, des gens prêts à aller au stade, même avec une modernisation des infrastructures) : à Lens, où je me suis donc rendu, le capo est invité par le speaker à faire participer toute la tribune. Ce n’est pas du contrôle des activités des supporters, c’est une espèce de partenariat complètement informel.

          Le truc sur l’appartenance territoriale, j’imagine que c’est une énorme blague. Il n’y a que quelques grands clubs qui peuvent s’en passer. D’autres peuvent en jouer partiellement. Même dans les très grands championnats, on y tient. Vous croyez que Norwich a un public ailleurs qu’à Norwich ? Même chose pour Mayence ou la Real Sociedad. Alors je ne parle même pas de la seconde ou troisième division anglaise, allemande ou espagnole, où les stades sont pourtant bien remplis. En tout cas, bonne chance pour exporter l’AJ Auxerre à l’internationale.

          Même dans les grands clubs, on insiste énormément sur l’attache locale (peut-être que ce n’est que de la communication, mais à Barcelone, Münich et d’autres encore, j’en doute très fortement).

          Bref, vous ne maîtrisez pas bien le sujet. Manifestement le foot n’est pas votre truc. J’insiste : les mutations actuelles, ça n’a rien à voir avec le développement d’une économie de marché dans l’univers du foot ou bien un simple changement de clientèle, ça a tout à voir avec de l’intervention lourde des puissances publiques à tous les échelons et une bureaucratisation des instances. Le pire, c’est que vous n’avez même pas compris que j’étais hyper favorable à l’utilisation d’un management sportif beaucoup plus formel, poussé et développé. Mais ce n’est pas ce qui se passe.

          Analogie : Ok, Orange ressemble à une entreprise capitaliste. Mais quand le client se barre chez Free, ça vient pleurer dans les culottes de l’Etat. Vous croyez qu’en tant que libéral, en contestant cette attitude, je m’exprime contre le capitalisme ?

          Sur l’anarchie, c’était un HS qui ne méritait aucune réponse. D’autant, j’en suis désolé, que je sais très bien ce qu’est l’anarcho-capitalisme et n’ai fait aucune confusion (voyez le sens du mot régalien).

          1. Vous vous énervez pour rien. Je suis tout à fait d’accord pour critiquer le capitalisme de connivence, mais vous êtes ennuyé parce que vous n’êtes pas la cible marketing des clubs de foot. Pourquoi feraient-ils un effort avec vous puisque vous êtes un client qu’ils ne peuvent pas perdre ? C’est ça que je dis.
            Pour l’attachement territorial c’est pareil : ce n’est pas en le cherchant qu’on trouvera de nouveaux clients, ça ne s’invente pas. La stratégie du club-terroir ne fonctionnera pas partout et ne remplira pas forcément les objectifs.

            Si je reprenais l’analogie avec Orange vous semblez plutôt regretter le temps des PTT pour l’authenticité que représentaient les bonnes cabines téléphoniques.

            Enfin bon, je n’y connais rien, les entreprises privées n’y connaissent rien, les publicitaires n’y connaissent rien, les clients n’y connaissent rien… mais le libéralisme et la vérité vaincront, et alors vous pourrez aller au stade voir les matchs dans l’ambiance qui vous plaira (parce que tous ceux qui iront avec vous, par magie, voudront tous la même ambiance que vous). Vous pariez sur un revirement de la stratégie commerciale des clubs de foot, peut-être relativement à des difficultés financières, qui irait dans votre sens ? ma foi, si vous avez raison vous serez heureux et si vous avez tort vous ne le serez pas moins qu’aujourd’hui, alors pourquoi ne pas rêver.
            Personnellement j’espère plutôt en la fin du capitalisme de connivence qui est le véritable fondement de l’économie du foot professionnel : au niveau du mass-media… mais moi aussi je prends peut-être mes rêves pour la réalité.

  7. le supporter est devenu l’idiot utile, les instances dirigeantes du football, qu’elles soient nationales ou de clubs, en ont besoin pour assurer l’ambiance et contribuer au spectacle sportif qui perdrait une partie de sa saveur sans, mais ne tolèrent aucun risque de débordement aussi minime soit-il qui pourrait écorner l’image du football qu’ils essaient de développer dans une optique plus financière et marketing de ce sport, les présidents, les comité de direction, les actionnaires de clubs ne sont pas les derniers à réclamer un football suffisamment aseptisé et contrôlé pour ne pas aller à l’encontre du développement de marques que sont devenus les clubs aujourd’hui et de sa forte participation à l’économie de marché sous forme publicitaire. L’Etat prend sa part dans ce délire sécuritaire certes, mais il serait naïf de lui faire porter tout le chapeau.

  8. ps/ tout ça pour dire que l’économie capitaliste, dans lequel le football s’inscrit de diverses manières, s’est toujours fort bien accommodé d’un ordre social stricte, voire autoritaire, suffit de scruter l’histoire.

    1. Figurez-vous que chez les libéraux, on appelle ça du capitalisme de connivence, et qu’on n’est pas franchement ami-ami avec ça.

      Et relisez l’article et les commentaires, il n’y a pas que l’Etat qui est visé.

      Sinon, comme beaucoup, vous avez un drôle de problème avec le marketing. Le marketing, ça ne présuppose de rien et ce n’est pas synonyme d' »aseptisé ». Même les Ultras font du marketing, peut-être sans s’en rendre compte, mais ils en font auprès de leurs membres. Pté, ils font même beaucoup d’efforts en communication, ces salauds de capitalistes aseptisés !

      1. Ben si les ultras n’arrivent pas à se faire choyer par les clubs, alors peut-être devraient-ils eux-même changer de stratégie, non ?

  9. Le football c’est le plus bel argument que j’ai jamais vu pour comprendre que l’utilité est subjective.

    Sérieusement, de penser qu’il est possible que des gens hurlent de joie ou pleurent dépités, parce que onze crétins en sueur -qu’ils ne connaissent ni d’Adam ni d’Eve- poussent un objet sphérique en cuir plus souvent que onze autres derrière une ligne blanche tracée à la craie sur du gazon durant un temps limité, tout ça selon si le hasard les a fait naître dans le même pays ou pas que les onze crétins en question, m’émerveille à chaque fois.

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