La France du XXe siècle en sept tableaux

La France du XXème siècle, meurtrie par deux guerres mondiales et des millions de morts, est aussi une France du progrès technique, économique et social. Démonstration en 7 tableaux.

Par Patrick Aulnas.

Paris
Paris By: Moyan BrennCC BY 2.0

Le XXème siècle est le plus contrasté de l’histoire de l’humanité. Guerres mondiales et génocides coexistent avec une élévation du niveau de vie jamais atteinte auparavant pour des centaines de millions de personnes à travers le monde. L’homme a ainsi donné le meilleur et le pire de lui-même. Limitons-nous au meilleur sans oublier l’esprit critique.

Les évolutions économiques et sociales ont bouleversé les conditions de vie depuis 1900. Une société essentiellement agraire a été remplacée par une société industrielle puis fortement tertiarisée. La croissance de la population a été plus élevée que jamais, mais la croissance économique également. Nous nous sommes considérablement enrichis individuellement et collectivement. Nos ascendants de 1900 avaient un mode de vie plus proche de celui du Moyen Âge que du nôtre. Paysans et ouvriers vivaient dans une grande précarité, et certains d’entre eux se trouvaient parfois en situation de survie.

La France du XXème siècle, meurtrie par deux guerres mondiales et des millions de morts, est aussi une France du progrès technique, économique et social.

 

Beaucoup plus nombreux

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La population française a augmenté de plus de 50% depuis 1900. Mais jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, on observe une quasi-stagnation. Le fameux baby-boom de l’après-guerre a conduit à une augmentation très rapide de la population et à son rajeunissement. Un fort ralentissement apparaît à la fin du XXème siècle et au début du XXIème, mais la croissance de la population se poursuit.

 

Beaucoup plus riches

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La croissance économique, mesurée par l’augmentation du PIB, est phénoménale au XXème siècle. Le PIB de 2010 est 13 fois plus élevé que celui de 1913. La croissance a presque toujours été au rendez-vous, mais avec une période particulièrement faste, que Jean Fourastié avait qualifiée de Trente Glorieuses en détournant l’appellation des trois journées révolutionnaires de 1848 (27, 28 et 29 juillet) connues sous le nom de Trois Glorieuses. La période 1945-1975 représente un épisode historique exceptionnel, avec un taux de croissance moyen annuel dépassant 5%. Nous ne retrouverons pas un tel chiffre dans un avenir prévisible car les conditions qui ont permis cet exploit ne sont plus réunies. Il convient donc de ne pas abuser du mot crise, constamment ressassé, comme si la situation normale était une très forte croissance. Il n’en est rien. Cette posture n’est bien souvent qu’une simple manipulation politique permettant de trouver des excuses à une gestion défaillante. En réalité, nous sommes revenus à des taux de croissance plus bas et plus fréquents historiquement.

 

Évolution du PIB par habitant de la France en euros 2010

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Le PIB ayant augmenté beaucoup plus fortement que la population, chaque habitant dispose en moyenne d’une richesse plus grande. Le PIB par habitant de 2010 est presque 9 fois plus élevé que celui de 1913. Toutes les couches de la population ont bénéficié de cette richesse supplémentaire. Certains économistes spécialisés effectuent des études minutieuses sur les inégalités de répartition sur telle ou telle période. Elles ne manquent pas d’intérêt. Mais il ne faut jamais perdre de vue l’essentiel : la croissance économique ne peut pas être captée par un petit groupe de privilégiés. Il n’y a croissance de la production que s’il y a croissance de la consommation. Là encore, mettre l’accent sur la répartition permet de produire un discours politique et bien souvent même électoraliste.

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Les salaires nets augmentent moins vite que le PIB par habitant. La principale raison se situe dans la captation par l’État d’une partie croissante du PIB sous forme d’impôts, taxes et cotisations sociales (46% aujourd’hui). Pour être juste, il faudrait tenir compte des salaires indirects que représentent les prestations sociales financées par prélèvements obligatoires (couverture maladie, maternité, retraites, prestations familiales, prestations chômage). Macro économiquement ce sont des montants considérables. Il n’empêche que l’impression de stagnation des revenus ressentie aujourd’hui résulte largement du poids des choix collectifs, qui, par définition, limitent d’autant la capacité de choix individuels.

 

Une pathologie contemporaine : l’hypertrophie de l’État

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Cette évolution concerne tous les pays riches. De 1900 à 2010, les États-Unis passent de 6% à 31%, la Suède de 9% à 54%. La forte croissance a conduit à des dépenses publiques nouvelles (infrastructures de transport, éducation, santé, retraite,  etc.) nécessitant une augmentation des impôts, taxes et cotisations sociales. Passer d’une société agraire à une société industrielle et tertiaire suppose en effet des investissements multiples pour amener les infrastructures (routes, chemin de fer, aéroports, télécommunications, production d’énergie, etc.) mais aussi le capital humain (santé, éducation, etc.) au niveau requis.

Libéraux et sociaux-démocrates se sont opposés sur le statut juridique de ces investissements : publics ou privés ? En réalité, les deux ont coexisté. Nous sommes sans doute au bout du chemin pour le poids relatif des prélèvements obligatoires. Aller au-delà conduirait nécessairement à une société du tout collectif où l’individu ne serait plus qu’un élément du groupe, une sorte de particule élémentaire. Cette question de philosophie politique n’est pas vraiment abordée dans les campagnes électorales. Personne ne s’en étonnera étant donné le niveau des débats. Elle constitue pourtant la question fondamentale des temps présents.

Les dépenses publiques ont augmenté plus rapidement que la richesse du pays, représentant ainsi une fraction croissante du PIB. D’environ 10% du PIB en 1900, elles sont passées à 57% aujourd’hui. Cette croissance de l’État représente aussi une croissance du politique. Tout est désormais politique car santé, éducation, retraites, transports, énergie, banques sont dépendants financièrement de la puissance publique. De très nombreuses entreprises ont à leur passif de bilan des subventions publiques représentant une ressource non négligeable. Beaucoup de PME vivent des commandes des communes, des départements, des régions, des établissements publics.

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Composition des dépenses publiques en pourcentage

L’avènement de l’État-providence après la seconde guerre mondiale se manifeste par une augmentation considérable des dépenses de protection sociale (santé, maternité, retraite, famille, chômage). Ce sont désormais les dépenses publiques les plus importantes, représentant plus de 45% du total. Leur gestion très électoraliste a empêché leur maîtrise après le ralentissement de la croissance économique dans le dernier quart du XXème siècle. Les dépenses de retraite et de santé ne sont plus couvertes par les cotisations et sont donc financées par l’endettement. Les dépenses de l’État, elles non plus, ne sont pas couvertes par les impôts et taxes, les déficits succédant aux déficits depuis des décennies.

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Aucune justification sociale ou économique de cette dérive ne peut être fournie. Comment expliquer que l’un des pays les plus riches de la planète se laisse aller à accumuler de tels déficits publics ? La seule réponse réside dans les pouvoirs financiers exorbitants que se sont octroyés les politiciens et dans l’absence totale d’encadrement juridique de l’endettement public. Cette lacune gravissime conduit la classe politique à user et abuser de l’argent public, c’est-à-dire de notre argent, à des fins démagogiques. Il s’agit de promettre toujours plus pour conquérir ou retrouver un siège de député, de sénateur ou un mandat de Président de la République. Une question essentielle n’a toujours pas trouvé de réponse : quand adoptera-t-on une règle constitutionnelle, effectivement contrôlée par le conseil constitutionnel, encadrant strictement le pouvoir des élus de nous endetter ? Quand pourra-t-on juridiquement ramener à la raison la cohorte d’irresponsables qui accumule sur les épaules de nos enfants une dette sans cesse croissante ?