Après les blocages, la censure : c’est la CGT qui dirige le pays ?

liberté d'expression By: Taymaz Valley - CC BY 2.0

Grèves, blocage et maintenant censure de la presse : qui doit commander en France ? La démocratie ou une minorité de syndicalistes enragés ?

Par Frédéric Mas.

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liberté d’expression By: Taymaz ValleyCC BY 2.0

La contestation de la loi travail a pris depuis le début de la semaine un tournant rocambolesque. Aux yeux d’une fraction de l’extrême-gauche, la réforme est devenue le symbole de cet « ultra-libéralisme » censé détruire le pays. L’absence de consensus à gauche sur le texte, qui a conduit Manuel Valls à utiliser l’article 49.3, a fini par éclater complètement. La loi réformant le Code du travail n’apporte pourtant rien de vraiment nouveau, et ne promet en aucun cas de sortir la France du marasme.

Peu importe, les éléments les plus radicaux de la gauche de la gauche n’ont pas eu besoin de justification pour mettre à sac le centre-ville de Rennes. Là encore, la violence et la destruction pénalisent les citoyens qui paieront pour les débordements, et cela devant l’impuissance des pouvoirs publics.

Impuissance des pouvoirs publics

Impuissance réelle ou gestion tactique des débordements par le pouvoir ? La question reste posée, tant l’inertie des pouvoirs publics sidère. François Hollande serait-il déjà en campagne ? Espère-t-il faire monter le Front national pour s’assurer plus facilement la division de la droite et une victoire aux prochaines présidentielles ? A-t-il vraiment en tête cette stratégie du pire, c’est-à-dire de l’usage politique de la guerre civile ?

Quelques jours plus tard, ce sont les éléments les plus radicaux du syndicalisme français qui entrent dans la danse : plusieurs raffineries sont bloquées, et maintenant, ce sont plusieurs régions qui doivent gérer la pénurie d’essence. Depuis hier, ce sont des centrales électriques qui se mettent en grève. Une poignée de syndicalistes locaux réussit là le tour de force d’enfoncer un peu plus le pays dans la déprime économique et sociale, le tout pour défendre des privilèges qu’un récent rapport (retiré de manière opportune) proposait d’écorner.

Mais que serait la lutte sociale sans la solidarité ? À la casse, aux blocages, est venue s’ajouter la grève dans les transports, les cheminots de SUD rail et de la CGT Cheminots ne pouvant rester insensibles aux appels du pied des camarades bloqueurs. Le but de l’action semble clair : il s’agit de court-circuiter les canaux habituels du dialogue social afin de pétrifier le Code du travail, dont la lourdeur, l’injustice et la technicité incarnent jusqu’ à la caricature le modèle social que le monde entier nous envie.

Peu importe le chômage de masse, le sacrifice de l’emploi des jeunes, l’émigration de nos forces vives : il faut que rien ne bouge et laisser le pays mourir tranquillement.

Maintenant la censure

Seulement, jusqu’à présent, il s’agissait essentiellement de faire payer aux usagers le droit de garder ses privilèges de caste. Depuis ce matin, la CGT s’est arrogée le pouvoir de censurer la presse. Seule L’Humanité, ce parangon de la liberté de la presse, a été épargné par les censeurs.

La confiscation de la démocratie représentative par certaines classes particulièrement protégées des aléas de l’économie devrait nous conduire à une remise à plat du modèle social et politique français : comment une minorité de privilégiés peut-elle tyranniser la classe des citoyens qui la fait vivre ? Comment expliquer le louvoiement des pouvoirs publics contre ces multiples atteintes à la liberté de circulation, de commerce et d’expression ? Comment tolérer au XXIe siècle l’existence d’une extrême gauche violente qui n’a visiblement aucune intelligence du monde contemporain et persécute les plus faibles ?

Ce n’est pas un nouveau président qu’il faut à la France, mais des institutions libres.