L’Iran pacificateur du Proche-Orient ?

Verra-t-on l’Iran, allié à la Turquie, réconcilié avec l’Occident, exercer à nouveau sur le monde musulman une hégémonie morale et politique ?

Par François de Laboublaye.
Un article de Trop Libre

Iran, le sens de l'histoireL’avocat au barreau de Paris né à Téhéran Ardavan Amir-Aslani se félicite, dans l’essai Iran, le sens de l’Histoire, des conséquences vertueuses de l’accord signé en 2013 avec la communauté internationale sur le nucléaire. Selon l’auteur, la levée des sanctions internationales va entraîner un tournant stratégique majeur pour le Proche Orient.

L’Iran, ce  « géant en sommeil » dont, signe d’une société moderne, la séparation entre le religieux et le politique s’affirme et dont l’identité est incontestablement riche, peut, dès lors, remplir le rôle central de pacification civilisatrice du Proche Orient malgré les craintes d’Israël et les manœuvres de l’Arabie Saoudite.

Iran : le réveil d’un géant

Que ce soit le taux d’alphabétisation, la féminisation du monde du travail ou le degré d’industrialisation du pays, l’Iran est à rapprocher en termes de masse économique de « l’ensemble des nations qui constituaient le bloc de l’Est » sans la Russie. L’enjeu est de taille.

Un pays où la séparation entre le religieux et le politique s’affirme

Propre à un pays développé, la société civile est divisée en groupes politiques rivaux que l’auteur, pour des raisons didactiques, rassemble pertinemment en deux camps.

La présence de membres du clergé chiite un peu partout témoigne que la séparation du religieux et du politique est bien avancée. En effet, la logique religieuse ne recoupe pas exactement une logique politique ce qui est une preuve de leur divergence d’intérêts, de leur séparation et du jeu qu’il y a entre ces institutions.

D’un côté, se trouvent un clergé chiite libéral, partisan d’une séparation stricte entre le politique et le religieux, à l’instar du très populaire Ayatollah Irakien Al-Sistani, et les progressistes ouverts à un rapprochement avec l’Occident et Israël. De l’autre, un clergé composé « d’islamistes dogmatiques », à l’instar de l’Ayatollah Al-Khatami, partisan d’une alliance avec tous les musulmans, qui prône la « Vilayat », la primauté du religieux sur le politique et les partis conservateurs, antilibéraux et parfois anticléricaux comme le parti de l’ancien maire de Téhéran Ahmadinejad.

Cette capacité de dialogue intérieur donne une vraie légitimité à l’Iran pour exercer un rôle central au Proche Orient qui, grâce à la richesse de son identité, peut être facteur de pacification.

La richesse de l’identité iranienne peut jouer un rôle pacificateur au Proche Orient malgré les manœuvres de l’Arabie Saoudite et les craintes d’Israël.

D’après l’auteur, l’Iran peut jouer un rôle pacificateur dans tout le monde chiite, qui s’étend jusqu’en Inde. Son influence s’exerce aussi à travers sa langue. L’Iran a, ainsi, soutenu le commandant Massoud, un tadjik de langue perse, contre les talibans. Pour ces mêmes raisons les liens sont amicaux avec les kurdes d’Irak. Le passé turc des anciens dynastes iraniens faciliterait logiquement un rapprochement avec la Turquie. Enfin, les partisans d’une pacification des relations avec Israël peuvent, eux, compter sur une communauté juive prospère de 50 000 individus environ.

Mais l’Arabie Saoudite qui craint la constitution d’un « axe chiite » dont l’auteur, à tort ou à raison, minimise le risque, et influencée par son clergé wahhabite, privilégie une guerre sans concession contre les chiites. De même, Israël, celui « de Netanyahou », et non celui « de Sharon », est lancé dans une « course en avant » contre un ennemi Iranien dont la menace, selon l’auteur, permet de garder à la fois la protection des États-Unis et la même politique offensive avec ses voisins les plus proches : l’autorité palestinienne et les pays arabes qui l’entourent et ce, malgré le rôle pacificateur que ce pays pourrait jouer au Liban.

Verra-t-on l’Iran, allié à la Turquie, réconcilié avec l’Occident, exercer à nouveau sur le monde musulman une hégémonie morale qui pourrait enfin « changer le visage de l’Islam » en faisant refluer le salafisme dans les marges du monde civilisé ? C’est ce que souhaite vivement, dans sa post-face, le politologue et ami de l’auteur, dont il partage l’enthousiasme, Alexandre Adler. Espérons que ses prédictions ne soient pas, comme souvent, contredites par les faits.

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