Le FN est il un rempart crédible contre l’Islamisme ?

Voile islamique (Crédits Neil Moralee licence Creative Commons)

Avec un programme économique et social aussi interventionniste que l’UMP et le PS, le FN éprouvera la même impuissance contre l’islam politique.

Par Martin Legendre.

Voile islamique (Crédits Neil Moralee licence Creative Commons)
Voile islamique (Crédits Neil Moralee licence Creative Commons)

La présence d’une certaine proportion de la population musulmane partisane d’un islam politique est une menace. Est-ce seulement le fait d’une « forme de minorité agissante, des groupes (Salafistes) qui sont en train de gagner la bataille idéologique et culturelle », qui « représenterait 1% des musulmans » comme l’a récemment déclaré Emmanuel Valls ?

Une infime minorité, vraiment ?

Rien n’est moins sur. Une étude réalisée en décembre 2013 par le WZP (le plus grand centre d’étude allemand en science sociale, fondé en 1960 par tous les partis du Bundestag) estime que le fondamentalisme religieux n’est pas du tout un phénomène marginal en Europe. Une étude portant sur près de 9 000 entretiens téléphoniques en Allemagne, France, Hollande, Autriche, Belgique et Suède auprès d’immigrés turcs et marocains établit que près de 60% d’entre eux estiment que les musulmans devraient revenir aux racines de l’Islam, 75% qu’il n’y a qu’une seule interprétation du Coran possible à laquelle chaque musulman doit rester fidèle et 65% que les règles religieuses sont plus importantes pour eux que les lois du pays dans lequel ils vivent.

Ces chiffres ne portent certes que sur l’opinion d’immigrants et pas des populations musulmanes autochtones, mais il sont compatibles avec la perception croissante qu’ont beaucoup de Français qu’une part croissante de la population musulmane ne veut pas séparer statut civil et religieux et n’est pas d’accord de pratiquer sa religion dans un cadre respectueux des non-musulmans.

Ils confirment également l’existence d’une opposition fondamentale et irréductible de cette fraction des musulmans à certains principes et valeurs essentielles des sociétés civiles européennes : autonomie de la femme, liberté sexuelle, liberté d’orientation sexuelle, liberté religieuse, liberté d’opinion, laïcité, combat contre le racisme et l’antisémitisme.

Dans ce contexte, savoir si ce conflit provient du Coran ou simplement d’une « mauvaise lecture » de celui-ci est un faux débat. Vouloir débattre si l’Islam pourrait dans certains conditions se réformer et être pratiqué dans le cadre de la laïcité sans prendre en compte l’opinion de certaines des personnes les plus intéressées par ce débat relève du déni, voire d’une certaine forme de condescendance (« penser pour l’autre » constitue d’ailleurs une forme de colonialisme).

De même vouloir faire la distinction entre une minorité ultra violente qui passerait à l’acte terroriste au nom d’un islam politique et une partie significative, voire peut être une majorité, des musulmans européens qui la soutient silencieusement est irréaliste. Les réseaux de complicité dont a bénéficié Salah Abdeslam à Molenbeek illustrent parfaitement la perméabilité entre ces deux groupes.

Comme le rappelle Alain Finkielkraut en citant cette phrase de Julien Freund,  « Ce n’est pas nous qui désignons l’ennemi, c’est l’ennemi qui nous désigne ». Et le philosophe ajoute : « Et cet ennemi veut la peau de cette composante de la civilisation européenne qu’est la civilisation française. Il y a hélas des gens prêts à mourir pour ça, ainsi que des sympathisants, d’où le désarroi que je ressens aujourd’hui. »

Peut-être peut-on aller plus loin que les propos d’Alain Finkielkraut, qui sont antérieurs aux attentats de Bruxelles, et se demander si la menace que fait peser l’islam politique en France n’est pas de « prendre le pouvoir dans la rue », de prendre un ascendant déterminant sur la société civile française, pour la faire taire et la soumettre.

Face à cette menace, beaucoup de Français se demandent si le programme du Front national représente le meilleur rempart possible contre l’Islam politique. Après tout, ce parti a historiquement  été le premier à tenir un discours sur les dangers de l’immigration musulmane.

Le FN est il un rempart crédible contre l’Islamisme ?

Posons donc la question : le Front national propose-t- il un programme crédible de lutte contre l’Islamisme ?

Remarquons tout d’abord que pour lutter contre un Islam politique aussi agressif que celui auquel nous faisons face, les sociétés européennes ont avant tout besoin de, considérablement, renforcer les fonctions régaliennes de l’État (police justice armée). Comme le souligne justement notre Premier ministre, il y a besoin d’augmenter massivement les budgets de sécurité et de justice, pendant sans doute des années ».

Or cette nécessité politique fait face à un obstacle majeur auquel aucun parti politique ne peut se soustraire : le sur-endettement de l’État qui restreint considérablement, si ce n’est interdit, toute possibilité d’augmentation des budgets de sécurité et de justice sans un désinvestissement concomitant de l’État vis-à-vis de ses fonctions non régaliennes (école, sécurité sociale, santé etc.). Il est totalement irréaliste de penser que l’État français puisse continuer ainsi à s’endetter et vivre au dessus de ses moyens pendant encore une longue période, comme en témoignent les difficultés vécues par nos voisins du sud de l’Europe.

Or, Marine Le Pen et le FN n’ont montré AUCUNE velléité de réduire le volume de l’État. Bien au contraire, Le FN milite pour un État fort : une éducation nationale forte, une intervention massive dans l’économie, le renforcement de l’assistanat social. Quand le FN déclare vouloir simultanément « contenir les féodalités et les communautarismes, anéantir la tribalisation, aménager notre territoire et offrir progressivement à tous une éducation, des soins, une sécurité et des services publics de qualité », il n’énonce pas un programme politique qui se donne les moyens de financer le combat contre l’islam politique.

Il est plus que probable qu’un tel programme amènera le Front national à davantage s’attacher à un compromis rétablissant la paix apparente, c’est-à-dire éviter les troubles à l’ordre public, qu’à un combat frontal, contre une partie d’ailleurs fortement croissante de la population, qu’il n’aura pas les moyens de faire financer, fut-ce un combat uniquement défensif. Exactement comme les actuelles gauche et droite traditionnelle françaises.

Mettez-vous deux secondes à la place du FN : vous avez promis un État fort, très social (soin, service public, éducation, etc) et vous avez également promis de lutter contre l’Islamisme. Petit problème : vous savez que vous ne pouvez pas financer les deux. Que faites vous ? Si vous ne renforcez pas l’assistanat et investissez toutes vos ressources dans le combat contre l’Islamisme, non seulement les gens qui attendaient le « sauvetage social » que vous avez si explicitement promis ne seront pas contents, mais de plus, vous risquez une guerre civile frontale contre les Islamistes. Si par contre vous répondez, tant bien que mal, aux demandes d’assistanat que vous avez encouragées, et que parallèlement, vous cherchez un compromis avec certains représentants de l’Islam politique qui vous permette de préserver les apparences d’une maîtrise de l’incendie Islamiste, vous augmentez sérieusement vos chances de rester au pouvoir…

N’ayons aucun doute : c’est ce qui se produira. En France, l’appareil de l’État n’hésite pas à agir contre la nation pour maintenir son pouvoir, et ceux qui sont favorables à un État omniprésent ne sauront pas défendre les intérêts fondamentaux de la nation française.

La France ne pourra pas lutter contre l’Islamisme sans une société civile forte, prospère et en croissance. L’exemple d’Israël, dont 20% de la population est arabe, est éloquent puisque une part notable (pas la totalité, bien sûr) de cette population est également attachée à l’existence d’Israël. La raison en est toute simple et nullement idéologique : Israël est probablement l’endroit où les minorités arabes, toutes religions confondues (nous parlons ici des Arabo-Israéliens) bénéficient des plus grandes libertés civiques auxquelles renoncer serait impensable ; notons en passant que rien dans cet constat ne constitue un commentaire en faveur ou en défaveur de la politique israélienne dans les territoires dits occupés.

Quand la société civile est forte, autonome, prospère et que par ailleurs les fonctions régaliennes de l’État sont pleinement assurées, alors on se rapproche de la possibilité de coexistence civile entre religions. Or, ceci ne ressemble pas à la société que le Front national appelle de ses vœux.

Le secteur caritatif, tête de pont de l’Islam politique

L’hypertrophie de l’État, ainsi que le développement de l’assistanat généralisé que le programme du Front national met en avant, créent un risque additionnel : l’Islamisme prospère sur la demande d’assistanat. Cela est illustré par la montée politique de Frères musulmans en Égypte, ou les Hezbollah dans le Sud Liban : ces deux partis doivent leur force politique au fait d’assumer des responsabilités caritatives. Or plus les gens sont dépendants économiquement, plus sera fort le potentiel de développement de ce genre d’association caritative à visées Islamistes.

L’État socialement fort que le FN veut créer quand il sera au pouvoir ne peut que rendre les Français encore plus dépendants de l’État. Un raisonnement, un peu court, serait d’envisager cela comme une chose positive : à tout prendre ne vaut-il pas mieux que ce soit l’État français qui satisfasse cette demande caritative plutôt que les mouvements Islamistes ?

Le problème est que nous ne sommes pas à l’abri de la faillite de l’État français surendetté, quand bien même peu de politiciens ou de médias osent l’évoquer. Et cette faillite serait une aubaine majeure pour ceux qui veulent instaurer l’Islam politique en France en leur donnant la possibilité de substituer  leur soutien caritatif à celle de l’État déchu.

Il n’y a là aucune “politique fiction” : Il faut lire « Comment Hitler a acheté les Allemands », de Götz Aly (2005), pour comprendre que la satisfaction des demandes d’assistanat des Allemands a été le fil conducteur de toute l’ascendance et du maintien au pouvoir du nazisme. L’assistanat est un cancer qui peut rapidement jeter une nation dans les bras de tout mouvement organisé pour répondre à la demande de dépendance économique des assistés. L’Islam politique, avec la confusion qu’il entretient entre la sphère civile et religieuse saura s’emparer de cette opportunité si elle se présente.

L’image venant en tête est celle des centrales nucléaires : tout se passe bien jusqu’à ce qu’un problème survienne, et alors tout se passe très mal. Un parti qui promet aussi ouvertement le renforcement des interventions sociales de l’État, au mépris de notre stabilité financière, augmente la probabilité de faillite de l’État tout en réduisant l’immunité de la nation contre le développement de l’Islam caritatif… un cocktail explosif qui ultimement rend plus probable un développement majeur de l’Islam politique en France.

En conclusion, en ayant un programme économique et social aussi, si ce n’est davantage, interventionniste que l’UMPS, le FN éprouvera la même impuissance contre l’Islam politique et devra, nécessairement, composer avec lui plutôt que de combattre efficacement son expansion.

La nation française a besoin que sa société civile retrouve sa force et sa prospérité, non seulement pour contribuer au redressement durable de notre pays, mais aussi pour renforcer son immunité contre toute forme de totalitarisme, et en particulier contre l’Islam politique. Le parti politique qui saura restaurer les prérogatives et l’autonomie de la société civile, non seulement contribuera durablement à ce renforcement, mais trouvera aussi les moyens financiers et intellectuels de combattre efficacement la violente menace que constitue la présence de l’Islamisme en France. Ce n’est clairement pas la direction que prend le Font National.