Emmanuel Macron : le moment libéral moderniste

Entretien exclusif avec Jean-Marc Daniel sur la création par Emmanuel Macron de son mouvement politique En marche !

Jean-Marc Daniel - Credit Fondapol (CC BY-NC-ND 2.0)
Jean-Marc Daniel – Credit Fondapol (CC BY-NC-ND 2.0)

Alors que les différentes écuries politiques, à droite comme à gauche, préparent les élections présidentielles de 2017 sans faire preuve d’imagination et de changement dans leurs programmes respectifs, Emmanuel Macron lance son mouvement politique, En marche !, afin d’introduire plus de modernité, et peut-être plus de libertés, dans le débat public. Contrepoints a interrogé Jean-Marc Daniel sur le nouveau venu dans le débat public français. Jean-Marc Daniel est économiste, professeur associé à l’ESCP-Europe et directeur de la revue Sociétal. Il est notamment l’auteur de Valls, Macron : Le socialisme de l’excellence à la française (éditions Broché).

Que pensez-vous de l’annonce d’Emmanuel Macron de lancer son propre mouvement politique, vous qui lui lanciez un appel à agir en politique justement ?

Je pense qu’il a raison de se lancer. À un an de la présidentielle, l’offre politique est indigente. À gauche, on subit une domination médiatico-mondaine du discours de l’indignation qui ne propose rien de concret et qui, plus est, devient de plus en plus nihiliste. À droite, on assiste à une fascination mortifère pour le Front national et son projet de repli protectionniste dont tout le monde sent qu’il se traduirait par un appauvrissement du pays. La population, qui est de plus en plus exaspérée, ne veut ni de la posture nostalgique de la gauche indignée, ni de l’imposture nationaliste de la droite souverainiste. C’est le moment de proposer un message libéral moderniste.

Quels sont les enjeux clefs sur lesquels ce mouvement « En Marche ! » devrait se positionner face aux blocages français ?

Ils sont trois.

Le premier est la vérité. Il faut dire au pays à quel effort il doit consentir pour redresser la situation notamment économique. La France a des réserves de croissance insoupçonnées à condition d’identifier ce qui coince. Ce qui coince ce sont ceux qui refusent le progrès technique actuel et la logique qui l’accompagne. La croissance des 30 glorieuses s’est faite dans une économie de monopoles régulée par l’État. La croissance à venir se fera dans une économie d’entrepreneurs régulée par la concurrence. Il faut donner à la population une lecture simple mais claire de ce que cela signifie.

Le deuxième enjeu est celui de la liberté, notamment économique. Mais il est important de rappeler que la liberté ne se divise pas. Il serait inquiétant que davantage de liberté économique s’accompagne d’un recul des libertés publiques. En ce sens Emmanuel Macron avait raison d’exprimer ses doutes dans le sinistre débat sur la déchéance de nationalité.

Le troisième est de substituer à l’égalitarisme et à la culture du nivellement une culture de l’égalité des chances et du respect des talents. De façon concrète il faut revoir une fiscalité devenue confiscatoire et abolir tous les statuts et les privilèges dans le fonctionnement du marché du travail dont Gambetta disait déjà en 1869 qu’ils étaient une prime à l’oisiveté

Vous misez beaucoup sur les « Feuillants » en faisant l’analogie avec la Révolution Française. Y a-t-il d’autres Feuillants en France aujourd’hui, en politique ou ailleurs ?

Les Feuillants modernes sont pour moi les héritiers de Mendès France et de Chaban-Delmas. Ces deux hommes combinaient le sens de la Résistance et celui de la modernité. En dépassant les anachronismes, c’est leur esprit qui doit inspirer l’action à venir.

Cela va donc du François Fillon d’aujourd’hui, en rupture avec le conservatisme passéiste qu’incarnait Philippe Séguin qui fut son premier mentor, à l’Emmanuel Macron de demain, en rupture avec une attitude, que j’appelle brissotine, qu’incarne F. Hollande, attitude qui consiste à tenir un discours électoral révolutionnaire débouchant une fois au pouvoir sur l’immobilisme et les déceptions qui s’en suivent.