Québec : arrêtons de politiser les rachats d’entreprises

Le plus important n’est-il pas que le consommateur soit satisfait ?

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Québec : arrêtons de politiser les rachats d’entreprises

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 4 avril 2016
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Par Mathieu Bédard.

London Summit(CC BY-NC-ND 2.0)
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Un fleuron qui s’en va

Les restaurants St-Hubert ainsi que leur ligne de produits vendus en supermarché ont été rachetés par Cara Operations, une entreprise ontarienne. Tous ceux qui tendent l’oreille depuis cette annonce peuvent entendre des « malheur ! », des  « un autre fleuron qui s’en va ! », des « ça va donc ben mal au Québec ! ». Ces réactions sont démesurées et oublient certains faits et certaines vérités à propos de la cession de l’entreprise et à propos des achats d’entreprises québécoises.

Il pourrait être tentant de se lancer dans un débat à propos des mérites ou démérites de la transaction ou de faire une analyse stratégique de la croissance de St-Hubert et de ses perspectives d’avenir. Le fond du problème n’est toutefois pas là.

Oui, c’est vrai, St-Hubert a cherché un repreneur québécois, sans réussir à en trouver, en partie à cause du manque de relève entrepreneuriale au Québec, dû à nos impôts élevés et notre réglementation étouffante.

Oui, c’est vrai, au Québec avec le revenu disponible, c’est-à-dire après impôts, le plus bas au Canada, St-Hubert a probablement déjà saturé le marché québécois. Si elle veut faire croître ses restaurants et ses produits d’alimentation, elle devra se tourner vers l’extérieur du Québec.

Mais tout ça passe à côté de l’essentiel.

Et le libre choix du propriétaire ?

L’essentiel, c’est qu’il revient à Jean-Pierre Léger, le président et propriétaire de St-Hubert, de juger s’il s’agit d’une bonne offre. Pas à notre classe politique. C’est plus qu’un droit légal, c’est un droit moral. Monsieur Léger est propriétaire de l’entreprise, il est le fils des fondateurs et c’est à lui qu’on doit l’immense succès et croissance de St-Hubert. Sans son travail, cette entreprise ne représenterait rien pour l’identité et la culture québécoises. Personne n’a plus de légitimité pour décider de l’avenir d’une entreprise que son propriétaire, a fortiori lorsqu’il fait partie de la famille directe du fondateur.

La réalité : les entreprises québécoises rachètent beaucoup d’entreprises étrangères

Ensuite, rétablissons les faits à propos des entreprises québécoises. On a pu par exemple lire ces derniers jours qu’on était en voie de devenir, ou redevenir, une économie de succursale, de « porteurs de poulet » pour l’Ontario. Encore une fois, certains faits contredisent ces affirmations, mais le cœur du problème est ailleurs.

Oui, c’est vrai, comme le rappelle Alec Castonguay dans un excellent article, les entreprises québécoises ont acheté beaucoup plus d’entreprises à l’étranger, qu’il n’existe de « fleurons » que nous avons perdus. Entre 2001 et 2013, presque un tiers de plus d’acquisitions à l’extérieur a été réalisé par des entreprises québécoises, davantage que d’entreprises québécoises acquises par des entreprises de l’extérieur. Entre 2010 et 2016, c’est trois fois plus. Nos entreprises acquièrent beaucoup plus, et de façon beaucoup plus agressive, que le reste du monde ne le fait avec nos entreprises. Pour tous les St-Hubert et les Rona, il y a plusieurs Saputo et Couche-Tard.

Un magasin = une nationalité ?

Mais au-delà de ces faits, de façon générale, on accorde beaucoup, beaucoup trop d’importance à la nationalité des actionnaires. Qu’est-ce que cela change pour vous, en tant que consommateur, en tant qu’employé, si le magasin de souliers au coin de la rue appartient à un Ontarien, un Américain ou un Australien ? Absolument rien ! Les impôts sur les sociétés sont dus en fonction du lieu où sont réalisées les ventes et où sont les employés. Mais, surtout, tant que vous êtes satisfait, que l’entreprise est honnête et qu’elle remplit ses responsabilités, vous êtes toujours gagnant dans vos transactions. C’est là toute la beauté de l’économie de marché.

Il faut donc arrêter de politiser des transactions qui sont privées et qui n’ont aucune importance en termes de politiques publiques. D’une part, monsieur Léger est l’une des seules personnes véritablement concernées par cette transaction. D’autre part, le Québec profite très largement de l’ouverture des frontières pour acquérir des entreprises à l’extérieur. Arrêtons de nous apitoyer sur le sort du Québec Inc. et célébrons plutôt le succès des 25 ans de monsieur Léger à la tête de ce « fleuron » !


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  • Pour ajouter une couche de ridicule au nationalisme, rappelons que l’Ontario et le Québec sont des provinces appartenant au même pays.

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