L’Europe va mourir, vive l’Europe !

Europe-dominique cappronier-Creative Common

Le temps n’est plus au colmatage des brèches mais à la réflexion sur un autre projet européen !

Par Martin Silvestre
Un article de Trop Libre

Europe-dominique cappronier-Creative Common
Europe-dominique cappronier-Creative Common

L’Union Européenne est née le 1er novembre 1993. Elle a déjà presque 23 ans, rassemble 28 pays et plus de 500 millions de citoyens. Il a fallu près d’un demi-siècle pour la construire. Au fil des décennies, elle est devenue un symbole de liberté, de coopération entre les peuples, de paix entre les nations. Une prouesse presque inespérée tant le vieux continent s’est déchiré dans la première partie du XXème siècle. Pourtant, si nous n’y prenons pas garde, l’Europe va mourir. Il est temps de prendre du recul et de construire une autre Europe.

L’Europe de la défiance

La raison principale ? Des crises à répétition depuis 2008 qui ont ravivé les comportements égoïstes des pays-membres et menacent aujourd’hui tout le projet européen. D’abord économique, la crise est devenue sociale puis institutionnelle. Il fallut sauver la Grèce. Première dissonance. Doucement, rampante dans l’ombre, mais largement pressentie, la crise s’est muée en une crise de défiance à l’égard des institutions européennes. Lassés d’avoir le sentiment d’être abandonnés, galvanisés par les discours eurosceptiques de partis nationaux qui surfent sur la vague de la misère, les Européens font de l’Europe le bouc émissaire idéal. Aujourd’hui, la menace terroriste et la crise des migrants parachèvent des années de lâcheté politique. Quand tout semble perdu et incontrôlable, le chacun pour soi l’emporte.

Reprendre le projet européen

Le temps n’est plus au colmatage des brèches, elles sont déjà trop grandes. Il est maintenant nécessaire de réfléchir à un autre projet européen, à un autre Schengen, à une autre coopération entre les pays du vieux continent quitte à reculer de deux pas pour sauter plus loin. L’Europe doit prendre le temps de regarder dans son rétroviseur et de réfléchir aux règles qui la régulent, aux institutions qui la composent, aux objectifs qu’elle s’est donnés. D’abord économiquement parce que l’Europe ne peut pas être l’Europe de la misère. De nombreux pays, dont la France, doivent engager des réformes courageuses pour que le vieux continent soit le cœur névralgique d’une nouvelle croissance durable, circulaire et numérique. Mais surtout politiquement car la crise des migrants ne pourra se résoudre qu’avec la coopération des 28 États-membres.

Reprendre le projet européen et réfléchir à son but. Car on ne peut fondamentalement être contre. L’Europe est née de deux guerres mondiales qui ont prouvé, s’il fallait le faire, que la coopération était plus forte que l’opposition. Seul, on va plus vite, ensemble on va plus loin. En plus de préserver la paix, l’Europe a permis de porter nos voix sur la scène internationale, de faire du vieux continent un acteur incontournable de la scène géopolitique mondiale, de faciliter les échanges commerciaux entre nos pays, de supprimer des droits de douane au bénéfice du consommateur, d’adopter une monnaie commune réduisant les coûts de transaction, de voyager et d’étudier facilement tout en conservant une Sécurité sociale efficace, de nous ouvrir sur le monde, de découvrir d’autres cultures… Pouvons-nous concevoir de perdre tout cela ?

Malheureusement, comme dans tout projet, aller d’un point A à un point B ne se fait pas d’une traite. Il faut savoir faire des compromis, passer par un point C et parfois reprendre une étape entièrement. Il ne sert à rien d’essayer d’aller plus loin si on ne sait pas comment on y va. C’est pourtant ce que fait l’UE aujourd’hui, préférant sauver les meubles. Il est temps de marquer une pause dans le projet européen et de réfléchir, ensemble à ce qui nous rassemble, ce que doivent être les missions de l’Europe et avec quelles règles. Sans feuille de route à long terme, nous nous arrêterons à la prochaine aire d’autoroute qui pourrait bien porter le nom de « Brexit ». Il faudra du courage mais c’est indispensable car nous avons l’obligation de réagir pour faire renaître le désir européen.

Sur le web