Programme économique de Donald Trump : du bon et beaucoup de moins bon

Donald Trump (Crédits : Gage Skidmore, licence CC BY-SA 2.0), via Flickr.

Les 4 principales propositions du programme économique de Donald Trump analysées à la loupe.

Par le Minarchiste

Le programme économique de Donald Trump est perfectible
Donald Trump (Crédits : Gage Skidmore, licence CC BY-SA 2.0), via Flickr.

Le candidat à l’investiture républicaine Donald Trump dispose présentement d’une avance confortable sur ses rivaux, mais occupe aussi une place de choix dans l’espace médiatique. Cependant, si les médias s’efforcent de rapporter ses déclarations les plus incendiaires et maladroites, ils négligent souvent d’analyser l’impact économique de ses propositions. C’est ce que je propose de faire ici.

À ce jour, le programme économique de Donald Trump est incomplet, mais son site web présente tout de même 6 propositions tangibles. Je ne m’attarderai pas sur celle portant sur le deuxième amendement (droit de port d’arme à feu) ni sur sa réforme de l’administration des vétérans de guerre. Voici les grandes lignes des quatre autres propositions.

Réforme fiscale 

  • Diminuer les impôts pour la classe moyenne :
    • aucun impôt pour les individus gagnant moins de $25k et les couples gagnant moins de $50k (73 millions de personnes),
    • 4 fourchettes fiscales : 0%, 10%, 20% et 25%, plutôt que 7 fourchettes présentement.
  • Simplifier la loi sur l’impôt : éliminer les « loopholes » permettant aux riches et aux entreprises d’économiser de l’impôt.
  • Supprimer toute taxe sur les successions.
  • Décourager les inversions fiscales (qui consistent à ce qu’une entreprise américaine achète une entreprise basée dans un pays où le taux d’imposition est plus bas de manière à y relocaliser son siège social et sa propriété intellectuelle) :
    • notamment en plafonnant le taux d’imposition sur toutes les entreprises à 15%,
    • fin de l’impôt corporatif sur les profits générés à l’étranger (comme dans la plupart des pays autres que les États-Unis),
    • possibilité pour les entreprises américaines de rapatrier leur argent de l’étranger au taux d’imposition favorable de 10%.
  • Prévoir aucun déficit fiscal.

Je suis entièrement d’accord avec la réforme fiscale de Trump, qui serait selon moi un pas dans la bonne direction. Les particuliers et les entreprises locales paieraient moins d’impôts, ce qui serait financé par la récupération d’impôts corporatifs des multinationales qui évitent présentement l’impôt américain par des stratagèmes. Cette réforme permettrait aussi de réduire les coûts reliés à la préparation des rapports d’impôts.

Cependant, il y a un problème majeur : cette réforme fiscale est impossible sans couper drastiquement dans les dépenses, chose que Trump ne semble pas enclin à faire ! Le résultat plus probable sera un immense déficit…

Réforme de la santé 

Encore une fois, je pense que Trump avance d’excellentes idées en santé. Cependant, je ne pense pas que cela permettra de réduire les coûts autant qu’il l’affirme. Il n’y a effectivement pas de raison pour que les assureurs soient cloîtrés dans un État en particulier, ce qui diminue leur capacité à engendrer des économies d’échelle. La transparence des prix est selon moi une mesure importante. Voir le paragraphe intitulé « Le Système Américain » dans ce billet.

Commerce avec la Chine 

  • Selon Trump, les États-Unis ont complètement ouverts leurs frontières aux biens chinois, mais la Chine n’en a pas fait autant.
  • Faire de la Chine un « manipulateur de devise », car le yuan serait sous-évalué de 15% à 40%.
  • Bloquer les importations de biens produits par des entreprises chinoises bénéficiant de subventions aux exportations et qui ne respectent pas certains standards environnementaux.
  • Dénoncer l’intolérance des politiques chinoises forçant le transfert de propriété intellectuelle à des entreprises chinoises pour pouvoir accéder au marché.
  • Augmenter la présence militaire américaine en mer chinoise du Sud.

En ce qui concerne l’antagonisme exprimé par Trump envers la Chine, je pense qu’il fait fausse route et fait largement dans le populisme avec ces arguments fallacieux.

Premièrement, la devise Chinoise n’est pas sous-évaluée, sinon pourquoi le gouvernement chinois épuiserait-il présentement ses réserves de change à tenter de la soutenir ? D’ailleurs, nommez-moi un pays, incluant les États-Unis, qui ne manipule pas sa devise d’une manière ou d’une autre.

rené le honzec TrumpDeuxièmement, les États-Unis demeurent un pays protectionniste. Il est faux de prétendre que les « frontières sont ouvertes ». De plus, du point de vue de l’investissement, le gouvernement a bloqué des acquisitions d’entreprises américaines par des intérêts chinois.

Troisièmement, Trump fait erreur en affirmant qu’imposer des tarifs sur les importations chinoises aidera l’économie américaine et, encore moins, ramènera des emplois manufacturiers au pays. Comme bien d’autres, Trump s’égare dans le culte des exportations. Ces tarifs ne seraient qu’une taxe défrayée par les consommateurs américains, qui devront par conséquent diminuer leur niveau de vie. Si la production manufacturière quitte la Chine, ce ne sera pas pour les États-Unis, mais tout simplement un autre pays à faible coût de production. Trump oublie que plus il y a de commerce, mieux c’est, même si l’une des deux parties de l’échange applique des mesures protectionnistes. Les États-Unis n’ont rien à gagner à lancer une guerre tarifaire contre la Chine.

Réforme de l’immigration 

  • Construire un mur à la frontière mexicaine.
  • Mettre fin au droit à la citoyenneté par la naissance.
  • Déporter les immigrants illégaux.

Les pires propositions de Donald Trump concernent sa réforme de l’immigration, qui est une grotesque parodie de populisme de droite. M. Trump voudrait bien que l’on oublie que son grand-père a immigré aux États-Unis à partir de l’Allemagne. Il oublie lui-même que ce pays a été bâti par des immigrants ! Il oublie aussi qu’une très grande quantité d’entreprises américaines a été fondée par des immigrants, sans compter toutes les inventions brevetées par des immigrants. Dans un contexte de vieillissement démographique, les immigrants sont une source de richesse.

Les immigrants représentent généralement environ 10% de la population américaine, mais 40% des entreprises du Fortune 500 ont été fondées en partie par des immigrants ! Les fondateurs d’Oracle, Yahoo, IBM, AT&T, Goldman Sachs, Radio Shack, Kraft, Pfizer, Comcast, Procter & Gamble, Nordstrom, Kohl’s et de Home Depot sont soit immigrants, soit des enfants d’immigrants. Steve Jobs, fondateur d’Apple, était un fils d’immigrants, sans parler de Google et Ebay.

Quand un enfant naît aux États-Unis de parents étrangers, il obtient effectivement la citoyenneté américaine, tel que le prévoit la constitution. Cependant, cet enfant ne pourra pas parrainer ses parents avant l’âge de 21 ans ! Les « anchor babies » de Trump ne sont donc qu’un mythe. D’ailleurs, plusieurs Chinois ne viennent aux États-Unis que pour l’accouchement, paient les frais médicaux de leur poche, ne serait-ce que pour obtenir de bons soins médicaux et fuir les politiques de natalité chinoises, et repartent en Chine tout de suite après.

De plus, une étude a démontré que les immigrants à faibles revenus utilisent moins les programmes publics que les citoyens natifs. Il est donc faux de prétendre que les immigrants viennent aux États-Unis pour abuser des programmes sociaux aux frais des contribuables. Les immigrants, légaux et illégaux, viennent aux États-Unis pour y travailler, et les emplois qu’ils occupent n’intéressent aucunement la grande majorité des Américains. Ils ne viennent donc pas voler les emplois non plus.

Selon le American Action Forum, un think-tank de droite, la réforme de l’immigration de Trump réduirait la quantité de travailleurs de 11 millions aux États-Unis et réduirait le PIB de $1.6 billion. Ai-je besoin d’ajouter quoi que ce soit ?

Conclusion 

Même s’ils ne s’attardent pas sur ses politiques économiques, les médias ont bien raison de présenter Trump comme une catastrophe pour la politique américaine. J’aime bien sa réforme fiscale et je reconnais qu’il amène certaines idées intéressantes en santé, mais le reste est vraiment un désastre.

Sources

Sur le web