Uber au Kenya : l’État cède aux pressions des taxis

Au Kenya aussi le lobby des taxis appelle l’État au secours. Et l’État cède.

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Uber au Kenya : l’État cède aux pressions des taxis

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 6 mars 2016
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Par Alex Ndungu Njeru1
Un article de Libre Afrique

Uber, leader des VTC en France (Crédits : joakim formo (CC BY-NC-SA 2.0)

L’un des clichés les plus répandus en politique est que « vous ne pouvez pas stopper la diffusion d’une idée qui est dans l’air du temps ». Cette phrase est trop souvent galvaudée dans les discussions politiques, mais peut-être que l’expression est plus vraie dans les sphères économique et commerciale que dans le monde cacophonique et bruyant de la politique. Après tout, la rupture avec le statu quo en Afrique, en particulier en matière de gouvernance, se poursuit à un rythme de tortue.

La semaine dernière, par exemple, le principal syndicat de taxis, « Kenya United Taxi Organisation », a menacé de bloquer le trafic routier, si le gouvernement ne réussissait pas à éloigner Uber, fournisseur de service de taxi basé sur une application téléphonique, en dehors de la ville, en raison « des pratiques commerciales anti-concurentielles ». La semaine précédente, le lobby des taxis avait été accusé d’avoir détruit les taxis roulant sous la bannière d’Uber et menacé leurs conducteurs. Cette semaine, le gouvernement, peut-être dans la perspective d’une élection à l’horizon, a cédé à ses pressions. Ainsi, le secrétaire du ministère des Transports, James Macharia, a déclaré la nécessité de revoir les politiques du secteur des transports pour accueillir et réglementer les innovations. Un tel positionnement est imprudent et soulève quelques préoccupations philosophiques et morales.

Premièrement, le gouvernement a le devoir de protéger la propriété et la liberté de tous les Kenyans. En ce sens, les taxis d’Uber, ses voitures et ses clients ne doivent pas en être exclus. En ne réagissant pas fermement contre la destruction de la propriété des taxis d’Uber, le gouvernement a abdiqué son rôle sacré de maintien de la paix et de protection de la propriété et des droits de tous les citoyens.

Deuxièmement, les services de taxi ne sont pas un bien public, en ce sens que la plupart des Kenyans ne l’utilisent pas régulièrement. À ce titre, ce n’est pas une prérogative légitime du gouvernement de tenter de réglementer un espace et une industrie qui ne sont pas une préoccupation pour beaucoup de Kenyans. En fait, l’industrie des services de taxi n’est pas en faillite, et il est assez surprenant que dans ces très longs débats, personne ne semble penser que la liberté du choix du consommateur doit être prise en considération.

Le marché, à travers les consommateurs, a la capacité de réguler les services de taxi, et cette régulation invisible est déjà en vigueur ; mais ce n’est pas Uber qui est régulé, ce sont les chauffeurs de taxi traditionnels. Les consommateurs envoient un message selon lequel ils sont fatigués et en ont assez de leurs pratiques et de leurs services.

Bien que la guerre autour des taxis Uber semble une affaire anodine, elle traduit bien l’arbitraire dans la gestion et la réglementation gouvernementales. Les organismes de réglementation, en l’occurrence le ministère des Transports et le ministère de l’Intérieur, ont été « capturés » par ceux qu’ils cherchent à réguler. Ce phénomène n’est pas spécifique au Kenya, bien qu’il soit assez récurrent dans ce pays, comme c’est le cas de la Commission de la régulation de l’énergie dans le secteur du pétrole. Adam Smith en son temps aurait sûrement rétorqué que « les gens du même métier se rencontrent rarement, mais quand ils le font la conversation se termine par une conspiration contre le peuple ».

La guerre contre Uber représente un microcosme des problèmes qui minent le développement économique de l’Afrique. Dans la plupart des cas, l’Afrique est toujours en mode rattrapage. Le Rapport sur le développement dans le monde en 2016, récemment publié par la Banque Mondiale, dresse un triste constat de la façon dont les pays en développement ne parviennent pas à faire fructifier les dividendes numériques du progrès technologique. Cela correspond bien à « mettre la charrue avant les bœufs » : poser des mesures réglementaires avant même l’arrivée des innovations, définir l’espace innovant plutôt que de se borner à en repousser les limites afin de favoriser les entreprises innovantes.

Dans ces guerres actuelles de taxi, le gouvernement devrait prendre du recul et observer comment les forces de la destruction créatrice posent les jalons d’une véritable industrie prometteuse, qui offrira de la satisfaction aux clients et créera de la valeur, à la fois pour les chauffeurs et pour les autres opérateurs. Cela devrait être vrai pour la plupart des autres industries.

D’ailleurs, Uber et d’autres services basés sur la technologie comme Air BnB, aident à résoudre certains des vieux défis économiques, à savoir l’asymétrie d’informations. De nos jours, un client potentiel n’a pas à perdre un temps précieux à attendre un taxi. De même un conducteur Uber ne passera pas des heures à vanter ses services à tous les passants. La technologie Uber permet la coordination en facilitant la rencontre entre le chauffeur de taxi et l’usager. C’est ça le progrès, et nous en avons besoin non seulement dans notre secteur du Matatu (minibus de transport de 13 à 19 passagers, très personnalisés par leurs propriétaires, peints avec des graffitis, voire bardés de tubes fluorescents), mais aussi dans d’autres secteurs.

Sur le web

  1. Analyste pour Africanliberty.
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  • Amusant cet article, une grande part de ce qu’il dit s’appliquerait très bien à la France, malgré l’éloignement du Kenya. Comme quoi on découvre l’universalité des nuisances gouvernementales.

  • C’est officiel la France est au même niveau que le Kenya! Reste à savoir si c’est bien le Kenya qui a progressé…

  • Les commentaires sont fermés.

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