Baisser les allocations chômage fera-t-il réellement baisser le chômage ?

Michel Sapin (Crédits Parti Socialiste, image libre de droits)

Pourquoi la courbe du chômage ne s’inverse pas ?

Par Jacques Garello.

Michel Sapin (Crédits Parti Socialiste, image libre de droits)
Michel Sapin (Crédits Parti Socialiste, image libre de droits)

Michel Sapin, ministre des Finances Publiques, a présenté la réforme des indemnités versées aux chômeurs comme « une des pistes » pour réduire le chômage. Il y a moins d’un mois, une autre piste était ouverte : la formation de 500.000 chômeurs, il semblerait qu’elle aboutisse à un cul-de-sac… La réforme envisagée maintenant consiste à rendre les indemnités perçues par le chômeur dégressives : versées moins longtemps, mais surtout diminuant au fur et à mesure. Que trouver au bout de cette nouvelle piste ? Sans doute pas grand-chose.

Le chômeur français, le mieux indemnisé d’Europe

Le taux de chômage français avoisine maintenant 11 % de la population active. Il est l’un des plus élevés d’Europe, il est l’un de ceux qui ne diminuent pas. D’autre part, le chômeur français est le mieux indemnisé d’Europe. Le syllogisme s’impose : ce serait la générosité dont jouit le chômeur français qui expliquerait que la fameuse courbe ne s’inverse pas. Les signes de la générosité abondent. L’indemnité de chômage peut atteindre la somme mensuelle de 6.165 euros, triple du plafond allemand (2.215), et très supérieure à la moyenne européenne autour de 1.200 euros. Pour accéder à l’indemnisation, le Français doit avoir travaillé 4 mois au cours des 24 derniers mois, contre 6 mois au cours des 2 dernières années en Allemagne et 2 ans au cours des 2 dernières années en Italie. Enfin, et c’est sans doute l’essentiel, en France, l’indemnité est versée depuis 4 mois jusqu’à 2 ans, voire 3 ans pour les chômeurs de plus de 50 ans, le double de durée par rapport à l’Allemagne, et en Angleterre le chômeur n’a plus rien au-delà de 6 mois.

L’UNEDIC en faillite

L’Unedic gère l’indemnisation du chômage, elle a été créée à l’initiative des partenaires sociaux, syndicats (FO, puis CFDT) et patronat (CNPF puis Medef) Mais en 2007, le gouvernement modifie les structures. L’UNEDIC aura pour partenaire Pôle emploi, né de la fusion des ASSEDIC avec l’ANPE. Cela n’a pas résolu le problème de l’UNEDIC, indemnisant de plus en plus de chômeurs et encaissant de moins en moins de cotisations. La dette actuelle est de 24 milliards d’euros, elle devrait atteindre 29,4 milliards d’euros fin 2016, et même 35 milliards d’euros fin 2018. La Cour des comptes relève que le nombre de chômeurs indemnisés s’est gonflé de 750.000 personnes depuis trois ans et que le montant des indemnités a augmenté de 7,8 % en cinq ans. La dégressivité des indemnités est donc une mesure d’assainissement financier : le régime d’assurance-chômage n’a pas les moyens de sa générosité.

La dégressivité facteur d’emploi

Sachant que ses indemnités vont rapidement diminuer, le chômeur serait disposé à mettre fin plus vite à sa recherche d’emploi et se montrerait moins exigeant sur les conditions de sa réinsertion. Cette logique est connue depuis des années sous le nom de Théorie du job search : la recherche d’emploi est considérée comme un investissement volontaire du chômeur, il est d’autant plus rentable que les indemnités sont plus importantes et plus longues. Les Anglais n’acceptent pas l’idée que le chômeur investisse aux frais du contribuable ou des cotisants employés, et formulent deux exigences : d’une part, que le chômeur n’ait pas le droit de refuser plus de deux propositions d’emploi ; d’autre part, qu’il accepte d’assurer des travaux d’intérêt général en attendant de retrouver un emploi. Si ces exigences ne sont pas satisfaites, l’indemnité n’est plus versée, et de toutes façons la date butoir est de 6 mois. Est-ce à cela que les Anglais doivent un taux de 6 % de chômeurs, en diminution permanente ?

La vraie solution : la création d’emplois

On peut douter de l’effet de la dégressivité sur la courbe du chômage. La dégressivité a été en place en France de 1992 à 2001 sans que le nombre de chômeurs ait diminué, loin de là. D’autre part, les Pays Bas et le Danemark, pays à faible chômage, sont aussi généreux que la France (90% et 75% du dernier salaire).

C’est qu’il ne sert à rien de regarder du côté de la demande d’emplois, si le problème est celui de l’offre d’emplois. Sans doute, comme on l’a dit, la qualification des chômeurs a-t-elle quelque importance, sans doute la générosité est injustifiée au-delà d’un certain seuil, et subventionne le job search mais aussi la tricherie. Mais c’est surtout la création d’emplois nouveaux et l’embauche des entreprises qui réduisent le chômage. Or, on sait que la France est bonne dernière dans cette voie et les pauvres 250.000 emplois créés l’an dernier l’ont été pour trois quarts dans le secteur non marchand. Le traitement social du chômage demeure une erreur, c’est le traitement économique qui s’impose : flexibilité du marché du travail, fiscalité des entreprises et des entrepreneurs, charges sociales élevées par un système de protection sociale stupidement ruineux.

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