Pour une démocratie 2.0

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La démocratie ne devrait-elle pas utiliser les nouveaux modes de communication pour être vraiment « participative » ?

Par François Brault.

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La démocratie représentative a été inventée comme alternative à la monarchie (pouvoir de droit divin) ou à la dictature (pouvoir par la force). À  Athènes la démocratie était basée sur le tirage au sort des représentants, mais la cité était petite.

La démocratie représentative (parlementaire) a permis de représenter des territoires éloignés par des élus, en principe plus disponibles que tous les citoyens.

La France, une oligarchie de facto

Mais si les élus viennent toujours du même groupe, et ont la possibilité de se maintenir indéfiniment, alors on a une oligarchie de fait.

Les élus (politiques et syndicalistes) forment une communauté soucieuse d’abord de leurs propres intérêts (se faire réélire pour continuer à bénéficier du pouvoir et de ses divers avantages). Ils élèvent toutes sortes de barrières à l’entrée pour protéger leur groupe (désignation des candidats par les partis, accès aux médias, organisation du financement des campagnes, cumul des candidatures pour en démissionner tout juste élu..). Ils organisent aussi le recyclage des battus mis au placard doré en attendant de se représenter.

La politique est devenue une affaire professionnelle

De représentants du peuple ils sont devenus professionnels de la politique.

Toujours plus de lois, toujours plus de complexité, toujours plus besoin d’avocats et de comptables, plus de fonctionnaires, plus d’impôts. Les peuples en ont assez, et de toute manière l’effondrement du communisme en 1989, l’année de naissance du web, a montré que c’est intenable sur le long terme.

Alors se passer des politiques ? Peut-être pas. Ils savent écrire les lois, dégager des compromis, administrer l’État régalien.

Mais il n’ont pas assez de contre-pouvoirs, “responsables mais pas coupables”, et restent soumis aux lobbies pour générer leurs idées (nul ne peut être expert dans tous les domaines).

Refonder la démocratie : ce qu’Internet a permis et n’a pas permis

Alors il faut refonder la démocratie. Permettre à chacun d’émettre des idées, de commenter celles des autres, d’observer les avis des experts (et pourquoi pas des élus), de voter.

Avant Internet la diffusion des idées se faisait principalement par la presse. Il est un fait reconnu que les propriétaires de médias n’y gagnent pas d’argent mais continuent à y dépenser (investir à perte) en raison de bénéfices indirects d’influence. L’auteur et le directeur en contrôlent l’accès et donc le contenu.

Puis, à la fin des années 1990, vinrent les blogs permettant un accès gratuit et des commentaires ouverts. Tout de suite l’impunité offerte par les commentaires anonymes a favorisé les commentaires négatifs, l’expression de “trolls” démolisseurs d’idées ; et donc les auteurs ont mis en place le filtrage des commentaires.

Internet a permis la création de plateformes de savoir et d’idées, comme par exemple Wikipedia.

Chacun peut créer une page, ou en modifier une existante. Là aussi un contrôle existe par une oligarchie de contributeurs fréquents et influents qui contrôlent de facto les commentaires, les pages, et peuvent même en exclure les contributeurs.

Certains proposent de rendre responsables les contributeurs en interdisant les comptes anonymes, au prix d’une transparence totale, de confier son identité à un organisme central, supposé garant fiable, en pratique plus proche de Big Brother.

Les blockchain comme solution ?

Une autre solution de confiance existe depuis peu : la technologie blockchain.

Un domaine qui nécessite la confiance est la monnaie.

À la Préhistoire, les échanges étaient régis par le troc. Pour obtenir un bien ou un service il fallait trouver un vendeur, qui, de plus, devait désirer quelque-chose dont l’acheteur disposait en excès. Très difficile !

L’invention de la technologie des marchés a permis une forte augmentation de la circulation des biens par la réunion dans un même espace-temps des acheteurs et des vendeurs. La découverte des cours d’échange (le prix) se faisant par la communication, orale ou écrite. Plus de liquidité, moins de frottements, plus d’échanges, plus de création de richesse économique.

Pour “connecter” les marchés les intermédiaires sont apparus, les marchands qui font le lien entre producteurs et consommateurs.

Toujours pour faciliter les échanges, et dans le cas où vendeur et acheteur ne peuvent trouver deux marchandises à échanger, est apparue la monnaie, marchandise d’échange intermédiaire.

Pour fonctionner, cette monnaie a besoin de plusieurs caractéristiques. Elle doit être intemporelle (stockable, impérissable), non falsifiable (identifiable) etc… En résumé elle repose sur la confiance dans l’émetteur (central).

En 2008 la monnaie Bitcoin a été inventée avec une caractéristique essentielle, la confiance ne réside pas dans un émetteur central mais dans un réseau distribué. Grâce à la nouvelle technologie Blockchain les transactions sont signées, vérifiables, infalsifiables, non-répudiables. Plus besoin de banque centrale ni de registre dépositaire. (Par commodité on ne discutera pas ici de la problématique de la création de monnaie).

Donc, Blockchain permet d’établir la confiance, sans registre central.

Les applications du blockchain

Alors justement imaginons la combinaison d’une plateforme de style Wikipedia, sécurisée par Blockchain, et appliquée à la démocratie.

Au départ un espace vide. Quelqu’un dépose une idée. Tout le monde peut commenter, modifier, liker ou disliker. Mais à la différence de Wikipedia, toutes les modifications sont parfaitement tracées, identifiées et liées de manière certaine et publique au compte de l’avatar. Chacun peut explorer toutes les contributions de cet avatar et se faire une idée sur ses contributions utiles ou destructrices, si l’auteur est un esprit libre ou le représentant d’un lobby.

Il manque à la construction un mécanisme de censure ouvert, transparent, public, digne de confiance, donc distribué !

Je propose la création d’une monnaie (le Voton) qui sera le “coût de transaction” des échanges d’idées.

Recommençons :

Un auteur inconnu (avatar) dépose une idée ce qui lui coûte un Voton (donc il lui faut quelques Votons à l’ouverture de son compte). Un autre avatar décide de commenter, ce qui lui coûte un Voton. Où va le Voton dépensé ? Dans la poche de l’auteur bien sûr !

Comment contrôler les commentaires destructeurs ? En les mettant à l’amende ! Un arbitre peut choisir de dépenser un Voton, non pour récompenser l’auteur mais pour pénaliser le destructeur (deux Votons détruits). Si cet acte citoyen est approuvé par d’autres, ils peuvent commenter cette censure, en l’approuvant (ce qui enrichit le censeur d’un Voton) ou en le censurant à son tour (ce qui appauvrit le censeur). Le système devrait ainsi permettre de réguler les interventions des participants.

On peut prévoir des Votons gratuits, par exemple un Voton bonus pour l’auteur à chaque 5 commentaires.

Au bout d’un certain temps il est facile de se faire une idée de la personnalité de l’avatar, créateur d’idées ou critique inutile ; se faire une idée de ses influences et centres d’intérêt. Certains pourront choisir de révéler le nom de leur avatar, d’autres pourront sans dommage pour la plateforme rester anonymes, voire même entretenir plusieurs avatars sur différents sujets…

Bien sûr on pourra connaître la richesse de chaque avatar donc obtenir une première mesure de son utilité sociale !

Toujours pour fluidifier le système et éviter la disparition des participants par manque de Votons on peut prévoir l’attribution d’un nouveau Voton par semaine ou toutes les 5 connexions à la plateforme.

Petit à petit on pourra construire des groupes d’idées par thème (évidemment il y aura un moteur de recherche) puis s’en servir comme plateforme d’élaboration de lois. On verrait d’où viennent les articles, qui les soutient, quels autres articles sont soutenus par cet avatar, bref un aperçu global de la pensée et de l’influence de cette personne !

On pourra aussi implémenter le système de follow de twitter qui permettra aux utilisateurs de suivre plus facilement leurs contributeurs favoris, lesquels pourront éventuellement recevoir des Votons bonus.

De manière intéressante le système s’accommode bien de plusieurs versions contradictoires d’un texte ou d’une proposition. Chaque version peut se préciser et vivre sa vie jusqu’à un vote final, ou pas. La plateforme n’est ni de droite ni de gauche, ni libérale ni conservatrice, juste démocrate et républicaine.

On passera d’un système opaque où les propositions de lois sont générées, amendées et votées dans l’obscurité des lobbies, des partis, des groupes parlementaires à un système ou chaque étape est documentée, transparente et publique.

Facile alors de voir qui a voté,ou non, qui a proposé, qui a soutenu, qui a changé d’avis, ainsi que les commentaires associés.

Pour le passage dans la loi, les élus gardent leur savoir-faire de synthèse et de rédaction, mais désormais deviennent redevables de leurs actions devant les citoyens.

On pourra réintroduire les codes de lois existants, vérifier avec les moteurs de recherche juridiques l’utilité ou non de ces articles, proposer leur réforme.

Reste à trouver un nom pour cette nouvelle plateforme, et réunir les informaticiens de talent dont la France est richement dotée pour que naisse la nouvelle démocratie !