Suisse : haro sur le spéculateur !

Monopoly crédits Thomas Hawk (licence creative commons)

La spéculation sur les produits alimentaires doit-elle être interdite en Suisse ?

Par Frédéric Jollien

Monopoly crédits Thomas Hawk (licence creative commons)
Monopoly crédits Thomas Hawk (licence creative commons)

L’ignorance et le militantisme ne font pas bon ménage. Il est des activismes politiques qui pavent nos enfers et qui bénéficient, encore et toujours, de nos méconnaissances sur des sujets précis et complexes.

Cette année, les jeunes socialistes nous proposent de voter, à nouveau, sur une réforme fondamentale de notre économie. Drapés de la cape à la rose et au poing levé, ces chevaliers de la vertu se lancent en bataille contre les boucs émissaires de la faim dans le monde. L’ennemi est désigné : c’est le spéculateur ! Vil bourgeois à cigare, cette crapule jouerait sur la famine des plus pauvres et s’enrichirait en écrasant au passage ses frères d’humanité. Ignorant tout des raisons sous-jacentes aux crises alimentaires, ces initiants s’attaquent à l’action humaine la plus élémentaire : la prévision.

Partageant leur souci, je ne peux que me désoler d’une chose : ces paladins se trompent de moulin. Ils chassent des acteurs qui n’ont pour seul vice que l’utilisation d’une politique monétaire expansive, destructrice de prix et de repères. Les libéraux partagent cette observation d’une finance chaotique portant préjudice à la création de richesse. Mais ils ne portent pas le même diagnostic.

L’idée du contrôle des prix est une vieille illusion socialiste. Il est évident qu’il ne suffit plus aujourd’hui d’afficher les multiples échecs sanglants de la planification centrale pour convaincre de cette folie. C’est de l’histoire ancienne, ces régimes sont tombés et ne sont plus discutés. L’idée est cependant restée : il y aurait en ce monde des forces obscures de l’argent qui affaiblirait les masses et qui devraient être contrôlées par l’État afin de rétablir le bien-être général de la société.

Ces discours ô combien entendus et partagés ont le défaut d’ignorer certains faits : la finance est déjà le domaine le plus réglementé au monde, elle base son activité sur des monnaies qui sont toutes sous contrôle des États, et l’économie n’est pas un jeu à somme nulle où l’un ne peut posséder que ce qu’il a volé à l’autre. Ces connaissances permettraient de lever certains voiles, de rechercher réellement à comprendre les marchés financiers et politiques et à s’attaquer aux problèmes institutionnels qui grèvent la production, créent les cycles et les crises économiques et maintiennent des populations dans la pauvreté.

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