Les marchés financiers sont-ils efficients ? (1)

Peut-on battre le marché ?

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Marchés financier bourse (Crédits : Rafael Matsunaga, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

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Les marchés financiers sont-ils efficients ? (1)

Publié le 25 octobre 2015
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Par Le Minarchiste
Marchés financier bourse (Crédits : Rafael Matsunaga, licence CC-BY 2.0), via Flickr.
Marchés financier bourse (Crédits : Rafael Matsunaga, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

La théorie de l’efficience des marchés financiers (ou « EMH ») a été développée par le professeur Eugene Fama de l’Université de Chicago dans les années 1960. Cette théorie implique que les prix des titres sur les marchés financiers reflètent toujours toute l’information disponible. L’efficience des marchés fait donc en sorte que les marchés allouent les capitaux de manière « optimale ».

L’implication principale de l’EMH est qu’il est impossible de « battre le marché » de manière systématique et prévisible, après les coûts de transactions, ce qui signifie qu’un investisseur ne peut réaliser un rendement qui sera constamment supérieur à celui du marché en général, car cela impliquerait que cet investisseur dispose d’un avantage informationnel ; c’est-à-dire, des informations qui ne seraient pas déjà prises en compte par le marché, lequel serait par conséquent « inefficient ».

Comment tester la théorie ?

Il n’est pas possible de tester une telle théorie, car pour cela, il faudrait être en mesure d’obtenir la valeur intrinsèque des titres (c’est-à-dire la valeur qui prend en compte toute l’information disponible), que l’on pourrait alors comparer aux prix du marché, mais ces valeurs sont évidemment inconnues.

Il existe cependant un moyen de tester le corolaire de l’EMH : est-il possible de battre le marché ? C’est là que les choses deviennent particulièrement intéressantes !

La grande majorité des fonds communs de placement actifs1 investis en actions n’arrivent pas à excéder leur indice de référence (i.e. le marché) sur des périodes suffisamment longues pour que cela ne puisse pas être attribué à la chance.

FAJ_ active funds beatin benchmark

Pire encore, si vous choisissez un fonds parmi les fonds qui ont obtenu les meilleurs résultats au cours des 5 dernières années (premier quintile), il est très probable que votre fonds figure parmi les pires (dernier quintile) après les 5 années suivantes ! Cela indique que la performance des gestionnaires n’est pas « persistante », c’est-à-dire qu’elle est plus ou moins aléatoire et affiche peut-être même un comportement de retour à la moyenne.

FAJ_Ellis Vanguard

Ces résultats tendent à corroborer l’EMH et sont peu surprenants quand on y réfléchit quelques instants. De nos jours, les investisseurs professionnels représentent 95% des volumes de transactions. Comme la performance relative au marché est un jeu à somme nulle (avant frais), pour chaque gestionnaire qui sur-performera le marché, il y aura fort probablement un gestionnaire qui sous-performera. L’industrie de la gestion de fonds dans son ensemble ne peut donc pas sur-performer le marché puisqu’elle EST le marché !

Qui plus est, les participants à cette industrie sont très bien rémunérés, si bien qu’après les frais de gestion, la gestion active devient un jeu à somme négative ; c’est-à-dire que le rendement espéré sera celui du marché moins les frais, donc une sous-performance.

Bien sûr, quelques gestionnaires semblent déjouer les statistiques et sur-performer le marché de manière plus ou moins constante pendant longtemps (10 ans et plus). Mais le problème est qu’il est impossible de les identifier a priori ! Qui plus est, dans bien des cas, cette sur-performance peut être statistiquement attribuée à la chance.

Il semble donc que l’EMH tienne la route dans la pratique…

À cet égard, j’aime bien l’exemple suivant de Burton Malkiel, mentionnée dans son best-seller « A Random Walk Down Wall-Street ». Imaginez que vous avez un groupe de 100 singes capables de lancer une pièce de monnaie en l’air et que vous les faites jouer à pile ou face. Après le premier tour, vous aurez 50 gagnants, lesquels joueront encore. Au deuxième tour, il vous reste 25 gagnants. Au troisième tour l’un des singes refuse de jouer, mais vous avez tout de même 12 gagnants. Au quatrième tour, il vous reste 6 gagnants, puis 3 au cinquième tour. Pour le dernier tour, vous faites un tournoi duquel un seul singe sort gagnant. Selon vous, est-ce que ce singe est un champion de pile-ou-face ; un génie ayant réussi à percer le mystère de ce jeu ? Ou est-ce seulement le gagnant d’un processus aléatoire ?

Et Warren Buffet alors ?

Certains rétorqueront que certains investisseurs, comme Warren Buffet en BitIQ, ont constamment battu le marché sur de longues périodes. Cependant, ceux-ci ont tendance à être l’exception qui confirme la règle. Le cas de Buffet est particulièrement intéressant.

La règlementation des fonds mutuels et des caisses de retraite les empêche de faire deux choses importantes : 1) utiliser du levier financier et 2) vendre à découvert. Or, pour que l’EMH puisse être valide, ces deux stratégies doivent être pleinement allouées, autrement le marché ne sera pas parfaitement efficient.

La sous-utilisation de ces deux stratégies induite par la règlementation a engendré une faille dans le marché boursier que l’on surnomme « low-risk anomaly ». En théorie, plus un titre est risqué, plus son rendement espéré devrait être élevé ; c’est logique. Mais dans la réalité, on constate que les rendements des titres moins risqués sont généralement plus élevés.

Cette anomalie est causée par le fait que les investisseurs compensent leur incapacité à utiliser le levier financier en ajoutant des titres plus risqués au portefeuille, ce qui les amène à surpayer pour les titres risqués. De plus, les investisseurs sont incapables de compenser cette faille en vendant à découvert les titres risqués surévalués pour ensuite acheter les titres moins risqués se transigeant à escompte puisque la vente à découvert ne leur est pas permise. En conséquence, les rendements espérés des titres moins risqués sont plus élevés que ceux des titres plus risqués.

Buffet a, peut-être sans le savoir, exploité à fond cette anomalie. Il a investi massivement dans des entreprises peu risquées en utilisant du levier financier à l’aide de son entreprise Berkshire-Hathaway. C’est ce qui explique la majorité de ses rendements excédentaires.

Est-ce que Buffet lui-même croit en l’EMH ? À vous de juger. Voici un extrait de sa lettre aux actionnaires de Berkshire de 2013, au sujet des instructions qu’il a données aux fiduciaires de son héritage lorsqu’il sera décédé :

“My advice to the trustee couldn’t be more simple: Put 10% of the cash in short-term government bonds and 90% in a very low-cost S&P 500 index fund (I suggest Vanguard’s). I believe the trust’s long-term results from this policy will be superior to those attained by most investors — whether pension funds, institutions or individuals — who employ high-fee managers.”

Vous avez bien lu ! Buffet recommande la gestion passive car il ne pense pas que l’on puisse battre le marché ! Donc Buffet pense que les marchés sont efficients.

Pourquoi la gestion active existe-elle alors ?

À une certaine époque, il y a plusieurs décennies, le marché boursier n’était pas très efficient car la majorité des transactions étaient effectuées par des individus et des caisses de retraite mal administrées. De nos jours, le marché est inondé d’investisseurs professionnels incluant des PhDs en sciences et en mathématiques bénéficiant de puissants ordinateurs et de logiciels très sophistiqués. L’internet permet à l’information de circuler rapidement et l’informatique permet de la diffuser et de l’analyser instantanément. La lucrative industrie de la gestion de portefeuille a attiré une énorme quantité de ressources. Ces ressources immenses ont fait disparaître les inefficiences du marché.

Dans un sens, cela est une bonne chose car l’efficience des marchés assure une allocation optimale du capital dans l’économie et crée de la richesse. On pourrait donc dire que la rémunération de l’industrie de la gestion active récompense cette création de richesse.

Cependant, il y a une limite dans la quantité de ressources optimale à être dédiée à cette tâche. Si l’industrie n’arrive pas à battre le marché après frais, cela signifie-t-il qu’il y a surcapacité ? C’est ce qui semble être le cas, puisque de plus en plus de gens et de caisses de retraite utilisent la gestion passive, qui est moins dispendieuse et assure à tout le moins d’obtenir le rendement moyen du marché (aucun risque de se retrouver dans le dernier quintile).

L’industrie de la gestion active répond à cette menace en abaissant ses frais, mais cela ne sera pas suffisant. L’industrie n’a pas fini de se transformer. Cette tendance est selon moi souhaitable, car la finance a attiré un très grand nombre de cerveaux qui se consacrent alors à prospecter le marché en quête d’inefficiences rentables. Qui sait ce que ces cerveaux auraient pu accomplir dans d’autres industries comme les soins de santé, la robotique, l’énergie ou l’agriculture ?

Néanmoins, probablement à cause du biais de sur-confiance, la plupart des administrateurs de caisses de retraite, des consultants institutionnels et des planificateurs financiers croient être capables de dénicher les gestionnaires qui battront le marché… ce qui permet à l’industrie de la gestion active de perdurer.

Sur le web

  1.  La gestion active vise à obtenir des rendements boursiers supérieurs aux indices de référence tels que le S&P500. La gestion passive se contente de répliquer les indices de références de manière à obtenir les mêmes rendements que le marché boursier, mais à coût inférieur.
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  •  » . Il a investi massivement dans des entreprises peu risquées en utilisant du levier financier à l’aide de son entreprise Berkshire-Hathaway.  » Non seulement Buffet n’utilise pas de levier mais actuellement sa trésorerie net est colossale.

    • Non, selon l’étude Académique « Buffet’s Alpha », Buffet a bénéficié d’un levier moyen de 1.6x au cours de son histoire. Par ailleurs, le coût moyen de cette dette n’est que de 2.2% puisque ce sont les opérations d’assurance qui « subventionnent » les investissements.
      Vous pourrez facilement trouver cette étude sur le web, mais aussi lire le résumé dans The Economist (The Secret of Buffet’s success).

      Présentement, Berkshire a $64B de cash et $86B de dette.
      L’acquisition de Precision Castpart soustraiera $23B au cash et ajoutera $10B à la dette.

  • très instructif pour un béotien, toutefois, j’ai du mal à imaginer qu’il soit toujours possible dévaluer le risque d’un investissement; spécialement dans la recherche et l’innovation, et j’ai un peu de mal à comprendre un truc, il me semble que le fait que les fonds finissent par revenir à la valeur du marché indique plutôt que les fonds agissent très majoritairement aléatoirement dans leurs décisions d’investir.. ça dit les investisseurs sont clairement une bande de singes… mais je dois me tromper…

    • En fait on peut évaluer tout type d’entreprise à l’aide d’outils statistique (donc c’est une évaluation a postiori), comme la covariance de la rentabilité de l’actif avec la rentabilité du marché (de l’indice de référence). En gros plus la rentabilité est éloigné de celle de marché (quelque soit le sens) et plus cet actif est dit volatif et donc risqué

    • Comme vous le dites, évaluer le risque est difficile. Et même en supposant que vous le fassiez ça ne vous avancera pas trop sauf à avoir une approche purement statistique. En effet votre investissement risqué est une variable aléatoire et le risque est une mesure (et laquelle ? il peut y en avoir potentiellement une infinité) de la variabilité « pertinente pour une investisseur » donc liée à la psychologie humaine.

      Mais même si vous évaluez bien la variabilité de la variable en question (pas simple du tout, les distributions sont très « tordues » et on a probablement des phénomènes non iid) vous n’avez aucune idée de ce que le prochain tirage dans la dite loi, la prochaine valeur de la variable aléatoire, pourra être. Enfin, si vous avez des idées mais pas de certitudes. Ce qui fait que tout bon que vous puissiez être, votre fond sera lui même une variable aléatoire avec une distribution tordue… Qui pourra donc être parfois au dessus de sa moyenne, parfois en dessous…

      Donc en « au dessus » ou « en dessous » de la moyenne, vos investisseurs sont des singes. Mais la distance à la moyenne change (si on se restreint à l’écart type pour la mesure de risque) en fonction de leur travail… Et ça les singes…

  • Commençons d’abord par une remarque préliminaire de vocabulaire. Il me semble indispensable de commencer par préciser le sens qu’on accorde au terme « efficient » en économie qui n’a rien à voir avec son sens commun, tout comme le sens du mot « corde » en physique théorique. Dans le langage courant, on emploie le terme « efficient » en général pour qualifier une opération exécutée avec un effort réduit, un coût réduit, une consommation réduite. Etant donné que les bourses modernes, les plate-formes d’échange sont connectées, informatisées, pour le commun des mortels non familier à l’économie, il lui semble raisonnable d’affirmer que les marchés sont efficients. Cependant, en économie, le terme efficience a un tout autre sens. Pour les économistes, un marché est efficient s’il fixe avec précision le prix des actifs sur la base de leurs gains futurs inconnus. Plus précisément, un marché d’action est efficient si (1) le prix des actions reflète pleinement toute l’information pertinente sur les profits futurs des sociétés, (2) les variations des prix des actions sont entièrement dues à des variations dans l’information pertinente sur les perspectives futures et cette information arrive de manière imprévisible et aléatoire, (3) les prix des actions suivent une marché aléatoire de telle sorte que les mouvements des prix passés ne donnent aucune information au sujet de ce que seront les mouvements futurs. Avec cette acception, l’efficience des marchés devient alors moins évidente et installe le débat entre économistes.

    Entrons maintenant dans le vif du sujet. On peut faire remonter l’hypothèse de l’efficience des marchés financiers non pas à Fama mais à Irving Fisher (en tout cas avant la crise de 1929 qui l’amènera à réviser totalement sa théorie notamment pour la raison prosaïque que cette crise l’a ruinée), mais surtout à W. F Sharpe. La preuve de l’hypothèse d’efficience des marchés financiers (HME) repose sur trois postulats : (a) tous les investisseurs ont des anticipations identiques à propos des perspectives futures de toutes entreprises, (b) ces anticipations identiques sont toujours correctes, (c) tous les investisseurs ont un accès égal et illimité au crédit. Pour résumer, si les investisseurs sont tous des clones et tous Dieu, alors l’HME est vraie !

    On peut également faire quelques critiques plus techniques de la théorie de Sharpe, notamment la confusion entre risque et incertitude. Le risque peut se calculer (même si Sharpe utilise l’écart-type qui n’est pas la meilleure mesure du risque, mais passons), au casino, au black jack, au poker, vous pouvez calculer, mesurer le risque de perdre ou de gagner et adapter votre jeu en fonction de ce risque et de la rentabilité que vous espérez. On peut le mesurer parce qu’il existe une certaine régularités, l’observation d’un grand nombre de phénomènes passés nous permet d’en tirer des probabilités qui nous permettront d’évaluer les résultats futurs. Les prévisions futures sont basées sur nos connaissances passées. C’est tout autre dans le cas de l’incertitude, l’incertitude justement se caractérise par le fait que les évènements futurs ne peuvent être prévus par notre connaissance du passé, c’est le fameux cygne noir, ou encore le poulet de Russel. Or il semble évident qu’en matière économique c’est bien d’incertitude dont il est question : par définition, les innovations, les découvertes qui garantiront les profits ou les pertes des entreprises actuelles ne sont pas prévisibles, évaluables en regardant les évènements passés. Dernière critique mais non des moindres : la théorie de Sharpe-Fama repose sur un postulat dont je n’ai pas parlé avant tant il est évident pour les économistes orthodoxes, l’objectivité des préférences. Selon ce postulat, les individus prennent leurs décisions uniquement en fonction de leurs préférences et du prix affiché sur le marché, ils ne se préoccupent pas de ce que pensent les autres, des décisions qu’ils vont prendre, ce comportement est censé garantir la stabilité de l’équilibre, et ainsi rendre impossible les bulles, effondrement, dépressions, etc. On comprend que ce postulat est vraisemblable lorsqu’on parle de biens et de service, si A doit choisir entre acheter du pain, des bananes, des biscuits, on voit mal pourquoi il s’occuperait des choix de B. Par contre, c’est tout autre lorsqu’on s’intéresse aux titres financiers. Ce qui compte pour un agent ce n’est pas tant ce qu’il pense être la valeur d’un titre, son écart avec sa valeur fondamentale, que ce qu’il pense de ce que les autres vont penser de la valeur de ce titre. Cela change tout car on est là en plein mimétisme qui lui peut conduire à des bulles, des effondrements, des dépressions.

    Notons pour finir sur le modèle Sharpe-Fama que Fama a lui-même désavoué ce modèle : « L’attraction du CAPM repose sur le fait qu’il offre des prédictions puissantes et intuitivement séduisantes sur la manière de mesurer le risque et la relation entre rendement espéré et risque. Malheureusement, l’analyse empirique du modèle est plutôt décevante – suffisamment pour invalider la manière dont il est utilisé dans ses applications. Les problèmes empiriques du CAPM [capital asset pricing model] reflètent peut-être des échecs théoriques, conséquence de nombreuses hypothèses simplificatrices […]. In fine, nous affirmons que si les problèmes du modèle reflètent des faiblesses de la théorie ou de sa mise en pratique empirique, l’échec du CAPM dans les tests empiriques implique que la plupart des applications du modèle sont invalide. »( Eugene F. Fama, « Efficient capital markets: a review of theory and empirical work », Journal of Finance, vol. 25, no 2, 1970, p. 416.)

    Cependant, même si le cadre théorique semble très bancal, les postulats faux, cela ne signifie pas logiquement que la conclusion est fausse. Revenons alors empiriquement à la question posée par l’auteur : peut-on battre le marché ?

    La réponse est oui. Citons par exemple la manipulation de cours des matières premières :un exemple historique bien connu est celui des frères Hunt et du marché de l’argent, plus récemment un rapport remis au sénat américain intitulé : « The role of market speculation in rising oil and gas prices : a need to put the cop back on the beat » en 2006 puis en 2008 l’audition devant le Committee on Homeland Security and Governmental Affairs de Michael W. Masters, ancien trader, ancien dirigeant de hedge fund, ont montré que la spéculation faussait le jeu du marché, les prix augmentant de manière disproportionnée par rapport à l’écart entre offre et demande.

    Autre type de manipulation du marché, qu’on a pu voir aussi bien dans les années 80 lors de la crise des Saving and Loan (caisses d’épargne américaine) que lors de la crise des subprimes : la surévaluation artificielle et même frauduleuse de biens immobilier ou des revenus des emprunteurs pour gonfler artificiellement le bilan des instituts financiers, accorder des crédits aux emprunteurs, en gros continuer de faire fonctionner la bulle. On pourrait ajouter à cela le rôle des agences de notation et de leurs conflits d’intérêt voire corruption, patents dans la manipulation du marché.

    Un autre exemple de fraude : la filialisation dans les paradis règlementaire permettant aux entreprises de faire fonctionner à plein le hors bilan, à faire disparaître de leurs comptes leurs pertes, leurs actifs pourris, paraître ainsi en bonne santé financière et voir leur cours se maintenir et même croître alors que dans si le marché fonctionnait correctement, leur valeur aurait tout bonnement fondu (l’exemple paradigmatique étant celui d’Enron).

    Le trading haute fréquence permet également de nombreuses manipulations du marché : gonfler (ou baisser) artificiellement le prix d’actions, connaître avant tout le monde le prix jusqu’où les investisseurs sont preneurs de certains actions (ou vendeurs), en profitant d’un avantage de quelques microsecondes. Enfin un mot sur les dark pool où on atteint peut-être le sommet de l’absurde. Pour le commun des mortels, pour qu’un marché soit efficace, il doit être transparent, plus l’accès à l’information est facile, plus on se rapproche du marché idéal. Cela semble évident. Et bien, ces messieurs de la finance n’ont rien trouver de mieux que de créer des plateformes nommées dark pool dans lequel les parties sont anonymes, mais également le prix auxquels celles-ci sont prêtes à acheter ou vendre. Quel est l’intérêt me direz-vous ? Prenons un exemple : je suis un investisseur, je souhaite vendre 50 000 titres d’une entreprise, si je fais cela sur un marché éclairé, lorsque je publie cet ordre, il va avoir une influence sur le cours de mes titres à la baisse, je vais donc perdre de l’argent, même si c’est peu sur un titre sur un tel volume je vais perdre beaucoup. D’où l’intérêt d’aller sur un dark pool, je mets mes titres en vente au prix indiqué sur le marché éclairé, mais cet ordre n’apparaît pas sur la plateforme, plusieurs investisseurs viennent sur la plateforme pour acheter pour 50 000 titres eux aussi au prix indiqué par le marché, la transaction se fait sans qu’aucune partie ne sache qui est l’autre au prix du marché éclairé d’où un gain pour le vendeur qui vend plus cher que ce qu’il aurait vendu sur le marché éclairé. Mêlez alors dark pool et trading haute fréquence et vous obtenez un cocktail explosif qui nous éloigne de l’efficience des marché et de l’aphorisme « on ne peut battre le marché ».

  • « Vous avez bien lu ! Buffet recommande la gestion passive car il ne pense pas que l’on puisse battre le marché ! Donc Buffet pense que les marchés sont efficients. »

    Exemple typique d’un raisonnement circulaire qui n’a que pour seul vérité de révéler les présupposés de celui qui l’énonce.

    Si Buffet ne pensait pas pouvoir battre le marché (ce qu’il a toujours fait), il aurait adopté lui même une gestion passive de son patrimoine.

    La seule chose que Buffet dit c’est que la plupart des gestionnaires de fonds n’arrivent pas à battre le marché sur du long terme, ce qui est statistiquement vérifié. Nulle confirmation ou infirmation de l’hypothèse de l’efficience des marchés ici.

    Par ailleurs, les indices utilisés comme référence du « Marché » dans ces études sont déjà en eux même le fruit d’un arbitrage et ne représentent pas fidèlement l’ensemble du marché.

    L’incapacité des gestionnaires à battre les indices peut tout simplement signifier que leur stratégie patrimoniale est inférieure aux critères de sélection des actions qui forment les indices.

    • @François

      Non, les indices représentent bien le marché et représentent la vaste majorité de la capitalisation boursière totale d’un marché donné.

      En réalité, la performance de Buffet est de moins en moins spectaculaire. Il réalise pleinement que la plupart des investisseurs n’ont pas accès à ces connections. Par exemple, le fameux deal d’actions privilégiées avec Goldman Sachs, ou encore son investissement dans une entreprise ferrovière juste avant le refus de Barrack Obama d’approuver un oléoduc.

      Il sait probablement aussi que sa performance relative passée ne sera pas reproduisible dans le futur vu l’efficience des marchés, qui est de loin supérieure de nos jours versus il y a 40 ans.

  • Fama a fini par désavouer sa théorie en ajoutant un chapitre « le prix n’est pas le bon » et dans une note de synthèse publiée en 2004 avec Kenneth R French (The Capital Asset pricing Model: theory and évidence) – Journal of Economic Perspectives, vol18, n°3, 2004, p25.
    Cette théorie suppose que les investisseurs fassent des anticipations exactes et précises sur le futur et disposent de crédits infinis. Cela n’existe pas dans le monde réel. Si les marchés étaient véritablement efficients, les krachs seraient impossibles. Cette théorie mélange également la notion de risque (mesurable) et d’incertitude (non mesurable).

    En fait les courbes de l’offres et de la demande n’ont rien de droites et peuvent donc se croiser à plusieurs endroits, ce qui fait que plusieurs prix sont possibles.
    Cette théorie est assez perverse, car elles tend à démontrer qu’une régulation n’est jamais nécessaire. Steve Keen écrit : « les marchés financiers ne peuvent pas être efficients, de sorte que la finance et la dette affectent véritablement l’économie réelle »

  • Bonjour,

    J’apprécie vos articles, bien documenté, rationnels …

    Mais d’après ce que disent certains gérants, ils ont obligation pour beaucoup d’entre eux d’acheter des indices et ne peuvent pas tous se composer un portefeuille en stock-picking comme si ils étaient dans un buffet (sans mauvais jeu de mot).

    Ceci étant, cela biaise le résultat non ?

    Une des raisons c’est que les gens pour diluer le risque achètent de tout et donc forcément ont une pondération des actifs similaires à celle du marché.

    Ce qui pourrait être intéressant, ce serait d’étudier les fonds qui font mieux sur le long terme et de regarder comment ils ont fait.

    Vous avez un adepte de l’Ecole de Chicago et élève de M. Friedman qui s’inscrit en faux contre la gestion indicielle :

    http://www.gemway.com/2014/07/15/un-commentaire-passionnant-contre-la-gestion-indicielle-par-charles-gave-de-gavekal-dragonomics/

    http://institutdeslibertes.org/tout-ce-que-vous-avez-toujours-voulu-savoir-sur-les-indices-boursiers-sans-jamais-oser-le-demander/?print=print

    Et aussi il dit que les banques centrales lancent des assouplissements quantitatifs pour soutenir les cours de marchés car à cause des leviers, des fonds d’investissement et des banques ne peuvent se permettre une dégradation de leurs actifs financiers.

    • @Kaiser

      Des études récentes démontrent que les fonds qui font mieux ont un « activeshare » plus élevé, c’est-à-dire qu’ils s’éloignent davantage de l’indice de référence.
      C’est d’ailleurs l’approche que j’emploie (ratio activeshare élevé).

      Les fonds dit « closer-indexer » sont voués à disparaître en premier.

      • …correction, je voulais écrire « closet-indexer », c’est-à-dire les fonds qui ont un faible ratio activeshare.

      • Donc vous confirmez qu’il faut se détacher des indices composer son portefeuille soi-même et que cela peut permettre de battre le marché ? Mais est-ce que cela ne remet pas en cause votre article ?

        Merci pour votre réponse.

  • Je viens de publier la partie 2 sur mon blogue…

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