Montebourg : le PS deviendrait-il libéral ?

Arnaud Montebourg (Crédits Philippe Grangeaud-Parti Socialiste licence Creative Commons)

Pourquoi Montebourg se trompe quand il accuse de PS de devenir libéral.

Par le Parisien libéral.

Arnaud Montebourg (Crédits Philippe Grangeaud-Parti Socialiste licence Creative Commons)
Arnaud Montebourg (Crédits Philippe Grangeaud-Parti Socialiste licence Creative Commons)

Non, le paysage politico-médiatique français n’en a pas fini avec Arnaud Montebourg. Après tout, pourquoi pas, la liberté d’expression fait partie des valeurs fondamentales du pays, y compris quand on raconte des bêtises des contrevérités.

Ainsi, on apprend que le PS (gouvernemental, au pouvoir) deviendrait libéral.

Sacré Montebourg !

Passons sur la relation que le vice-président développement d’Habitat, anti-libéral donc, doit entretenir avec ses patrons et employeurs.

Non, concentrons nous sur l’analyse de l’ancien ministre de Hollande.

Comment peut-on renvoyer dos à dos les deux formations UMP/ les Républicains et Parti Socialiste, « des partis dirigés par une sorte de bourgeoisie d’État, haut fonctionnarisée, qui mènent exactement les mêmes politiques, en connivence avec Bruxelles » ou évoquer un « sarkhollandisme économique », et ensuite parler de libéralisme au Parti Socialiste ?

Pour le « sarkhollandisme économique », il n’y a pas de surprise. Les libéraux savaient, dès 2012, qu’il n’y aurait pas de changement majeur entre l’étatisme de Nicolas Sarkozy et l’étatisme de Hollande. 

 

 

Tout au plus pouvait-on deviner que François Hollande, poussé par ses hommages au communisme lors de sa campagne électorale en 2012, serait encore plus enclin à se montrer ultra-étatiste et dirigiste.

Quant à dénoncer la « haute bourgeoisie d’État, haut fonctionnarisée, qui mènent exactement les mêmes politiques, en connivence avec Bruxelles », c’est certes noter qu’il importe relativement peu que le pays soit dirigé par l’UMP/Les Républicains ou le PS quand l’administration (et donc le périmètre de l’État) ne change pas, mais pourquoi y associer Bruxelles, quand la France se montre incapable de respecter le traité de Maastricht ou la Convention Européenne des Droits de l’Homme ? Pour un pays soi disant sous la coupe de Bruxelles, que d’écarts vis-a-vis des traités signés par la France et défendus, à l’époque, durant les années 1990, par des gens comme François Hollande ou Manuel Valls !

Les libéraux, monsieur Montebourg, en ont assez d’être insultés par des gens qui, pourtant, ont dû suivre, dans leur cursus universitaire, un cours des idées politiques. Montebourg n’a t-il vraiment  pas lu Frédéric Bastiat, Jean-Baptiste Say ou Turgot ? 

Le libéralisme, c’est quoi ?

Le libéralisme est un ensemble de courants de philosophie politique visant à faire reconnaître la primauté des principes de liberté et de responsabilité individuelle sur l’autorité du souverain (que ce souverain soit un monarque ou le peuple). Le libéralisme est une opposition à la dictature de l’absolutisme du souverain. Le libéralisme est une théorie du droit.

Les valeurs libérales sont la liberté individuelle, la créativité individuelle, la responsabilité individuelle, l’indépendance personnelle, le respect des droits individuels. On définit souvent le libéralisme par ces quelques principes, que l’on retrouve dans la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen :

Actualisé avec les problématiques françaises d’aujourd’hui, le libéralisme a pour priorité la redéfinition du rôle de l’État (limité à ses fonctions régaliennes), la restauration du libre choix de dépense de la part du contribuable (et donc la baisse de la fiscalité), et le respect du préambule de la Constitution et de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 (dont la liberté d’opinion par exemple). C’est la base du programme du seul parti libéral en France, le Parti Libéral Démocrate.

Il existe de nombreux auteurs et essayistes français plus contemporains que Locke ou Bastiat, qui permettent de prendre conscience de ce qu’est le libéralisme.

Quelle a été la politique menée par le Parti Socialiste depuis 2012, alors qu’il contrôle l’Elysée, les principaux ministères régaliens et, avant ses défaites électorales récentes, la majorité des collectivités territoriales ?

  • dépense publique : elle a progressé en valeur absolue. Depuis 2012, il y a eu plus d’impôts, plus de dépense publique.
  • périmètre de l’État : aucune mission publique n’a été remise en cause
  • démocratie : les parlementaires n’ont même pas le droit de se prononcer pour ou contre les guerres de Hollande, au Mali ou en Syrie.
  • libertés civiles : la Loppsi est maintenue, la Hadopi aussi, l’extension du champ d’application du secret défense aussi, la Loi Renseignement est passée, ainsi que la Loi de Programmation Militaire

Human Rights Watch, l’Index of Economic Freedom, la Ligue des Droits de l’Homme ou l’association Contribuables Associés sont formels : les libertés reculent en France.
On peut donc logiquement en conclure que puisque les libertés reculent, Valls n’est pas un libéral. C’est un autoritaire.

Oui, on peut placer le Parti socialiste et les Républicains sur le même plan. Mais ce plan n’est certainement pas libéral, Monsieur Montebourg !

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