[Replay] Brétigny, les déclarations du procureur Éric Lallement

Eric Lallement

Brétigny : pourquoi des personnes au sommet de notre Etat ont-elles émis une version des faits avant une collecte d’informations suffisante ? Pourquoi les médias se sont-ils alignés ?

Par Charles Boyer

Récemment, l’éditorialiste de Contrepoints, le blogueur H16, exprimait une certaine surprise face au traitement de quelques événements en France par la presse et les médias. Un de ceux-ci est la question des incidents qui se seraient produits en périphérie de la catastrophe de Brétigny, le déraillement d’un train ayant fait des morts.

Pour rappel, et avec toutes les réserves qui s’imposent vu un accès limité à l’information, peu après la catastrophe, une policière du syndicat de police Alliance a déclaré à la radio Europe1 que des personnes avaient jeté des pierres sur les secours et volé des affaires appartenant aux victimes. Quelques heures après, un démenti des autorités était arrivé, à la suite duquel la presse et les médias ont nié, ou plutôt amoindri, ce premier témoignage. En substance, on nous a dit qu’il n’y avait eu qu’un vol de portable d’un secouriste. Et le ton nous indiquait que c’était anodin. Qui trouve anodin même une seule attaque sur un secouriste en train de porter secours aux victimes d’une catastrophe ? Par la suite, il n’y a plus eu de nouvelles sur cette question.

C’est en parcourant une page Facebook liée à LibertarienTV hier que je suis tombé sur la vidéo de BFM TV contenant les déclaration du 24 juillet du Procureur de la République d’Évry, Éric Lallement.

Alors que la nouvelle selon laquelle il ne s’était presque rien passé a été largement reprise et mise en avant par la presse et les médias, ces déclarations d’un procureur de la République, qui contredisent la version jusqu’ici établie des événements, a eu un retentissement bien plus confidentiel : BFM TV a diffusé cette séquence, et Le Parisien en a parlé, le JDD en a tiré le titre Pas de pillage selon le procureur, sans lier la vidéo, et France TV et Le Figaro ont donné l’information sur deux vols confirmés avec certitude.

La remise en cause qu’on aurait aimé voir davantage diffusée est finalement celle de RMC, qui parle de tentative de relativiser.

Que déclare le procureur ?

  • Qu’il y a bien eu des vols de victimes.
  • Qu’un médecin du SAMU a subi des violences et s’est fait voler son portable. Que des gens ont voulu le détourner de sa mission de secours.
  • Qu’il y a bien eu des jets de pierres sur des pompiers portant secours aux victimes de la catastrophe.

 

Dans mon esprit, ces éléments soulèvent, avant tout, trois questions.

Premièrement, comment et pourquoi ne pas voir et dire clairement l’inhumanité de ces actes ? Pour rappel, tirer sur l’ambulance est, en temps de guerre, considéré comme un crime de guerre. Pourquoi cette règle a-t-elle été édictée ? N’est-ce pas parce que s’en prendre aux secours nous frappe comme un extrême d’inhumanité ?

Deuxièmement, pourquoi des personnes au sommet de notre État ont-elles émis hâtivement une version des faits, avant une collecte d’informations suffisante ?

Troisièmement, pourquoi la presse et les médias ont-ils changé leur version et se sont-ils rangés à la version des autorités ? Quels faits recoupés et vérifiables – la matière professionnelle qu’il revient aux journalistes de nous présenter – les ont-ils convaincus que des déclarations de ministres étaient la bonne information ?

Autant rien n’est généralisable à partir d’un événement aussi abject soit-il, autant répondre à ces questions serait sain pour lever des ambiguïtés inconfortables, et même inquiétantes, sur les personnes qui se seraient abaissées à de tels actes, sur nos dirigeants, et sur nos journalistes.