Une poutinisation de la Pologne ?

Ne soyez pas aveuglés par les réformes les plus discutées depuis l'arrivée au pouvoir de Droit et justice en Pologne !

Par Kacper Zajac, depuis le Royaume-Uni

Poutine credits Platon (licence creative commons)
Poutine credits Platon (licence creative commons)

Ces dernières semaines, la Pologne a été le pays dont on a le plus parlé au sein de l’Union européenne. Depuis que le parti Droit et justice a remporté les élections législatives à l’automne dernier, une vague de quasi-réformes a balayé le pays. Pour la plupart des observateurs étrangers, on le comprend, un tel empressement de la part du nouveau gouvernement est suspect, en particulier lorsqu’on étudie les domaines sujets au changement.

Des décisions hautement polémiques

La décision la plus polémique prise par la nouvelle majorité du parlement polonais est relative à l’élection des juges de la Cour constitutionnelle. D’après la constitution polonaise, la cour examine la conformité des lois avec la constitution. En théorie, elle est censée être un corps indépendant. Malheureusement, ses juges sont élus par le parlement et notoirement très politisés.

Rien de neuf sous le soleil ?

Précédemment, lorsque Plate-forme civique contrôlait le parlement, sachant la défaite inévitable aux prochaines élections, celui-ci avait fait voter l’ajout de nouveaux juges « pour plus tard ». La constitutionnalité de cette décision était au mieux contestable. À la suite des élections, le parlement contrôlé par Droit et Justice avait fait invalider cette décision et fait élire de nouveaux juges. Le principal objectif de ces changements était de s’assurer que la cour ne sabote pas les réformes à venir que le parlement nouvellement élu souhaiterait faire passer. La réalité est que la cour n’a jamais été véritablement indépendante et que Droit et justice ne fait que poursuivre une tradition bien établie.

Contrôle des médias

Les autres changements notables introduits par la nouvelle majorité du parlement polonais concernent TVP, la radio et la télévision publiques. TVP est un média extrêmement politisé puisque tous les gouvernements poussent leurs confidents au sein du conseil des programmes. Par voie de conséquence, au cours des huit dernières années, TVP a été très favorable au gouvernement de Plate-forme civique. La loi votée par le parlement change le mode d’élection du président de TVP. De cette manière, Droit et Justice a pu immédiatement choisir Jacek Kurski comme président de TVP. Kurski est un politicien professionnel qui a rapidement remplacé tous les journalistes importants de TVP pour assurer une couverture médiatique favorable des actions du nouveau gouvernement. TVP a toujours diffusé des vues pro-gouvernementales, quel que soit le parti au pouvoir. Cependant, ce qui aggrave nettement les choses est que Droit et Justice compte mettre en place une contribution obligatoire visant à financer le média public TVP. C’est de la pure tyrannie que d’obliger un individu à financer des opinions politiques avec lesquelles il se trouve en désaccord.

Des changements moins graves que prévus ?

Ainsi, les deux « réformes » mises en œuvre par le nouveau gouvernement ne consistaient en rien de plus que de remplacer des personnes qui avaient été nommées par le précédent gouvernement par d’autres qui avaient plaidé allégeance aux nouveaux maîtres. En ce sens, ce n’est en aucun cas une bonne pratique. Le précédent gouvernement de Plate-forme civique avait fait exactement la même chose lors de son arrivée au pouvoir en 2007. En réalité, c’est une pratique regrettable de tous les gouvernements polonais que de remplacer tous les hauts fonctionnaires et magistrats avec leurs proches immédiatement après avoir remporté les élections.

La vraie question est ailleurs

Cependant, ne soyez pas aveuglés par ces changements largement discutés. Bien que l’opinion publique se soit concentrée sur les réformes des médias et de la cour constitutionnelle, elles ne sont pas les plus dangereuses. De fait, au même moment, le nouveau gouvernement a demandé la mise en place de nouvelles taxes. Le parlement Droit et justice a déjà voté une nouvelle taxe sur les activités bancaires. De surcroît, une autre taxe sur les activités commerciales est en cours de préparation.

Par voie de conséquence, les frais bancaires ont déjà largement augmenté et le crédit est plus difficile à obtenir. Malheureusement, ce n’est que le début. Le gouvernement a déjà annoncé son souhait de mettre en œuvre de nouvelles prestations sociales basées sur le nombre d’enfants. C’est une très regrettable tendance de notre époque que de se concentrer sur les problèmes liés au fonctionnement de l’État alors que l’économie subit des attaques successives. Indéniablement, le service public, la télévision et la radio publiques ainsi que la Cour constitutionnelle sont des sujets importants mais c’est la politique économique qui devrait être examinée en premier lieu. Malheureusement, le parti Droit et Justice ne croit pas dans la liberté économique. C’est ce dont nous devrions avoir le plus peur.

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Traduction de The new Polish government and the alleged putinization of Poland par Victoria Melville pour Contrepoints.

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