Marco Rubio, Président des États-Unis ?

Marco Rubio a de plus en plus de chances de l’emporter lors des prochaines élections présidentielles américaines.

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Marco Rubio Portrait credits DonkeyHotey (CC BY-SA 2.0)

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Marco Rubio, Président des États-Unis ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 14 novembre 2015
- A +

Par Guy Sorman.

Marco Rubio Portrait credits DonkeyHotey (CC BY-SA 2.0)
Marco Rubio Portrait credits DonkeyHotey (CC BY-SA 2.0)

L’élection du président américain n’aura lieu que dans un an mais il n’est aux États-Unis, partout, question que de cela. Les tournois télévisés pour départager les candidats occupent tous les écrans, attirent des millions de spectateurs et distraient énormément les Américains. Ces candidats, il est vrai, sont particulièrement pittoresques surtout au Parti Républicain : des clowns authentiques comme Donald Trump, affrontent de véritables affabulateurs comme le chirurgien Ben Carson, des entrepreneurs déchus comme Carly Fiorina et des politiciens fatigués comme Jeb Bush. Le côté Démocrate paraît plus calme mais en surface seulement : il est désormais envisageable que Hillary Clinton sera inculpée par la FBI, avant l’échéance électorale, pour avoir divulgué des secrets d’État, par pure négligence, sur un téléphone cellulaire non crypté à des confidents non autorisés. Si les faits sont avérés, le FBI n’aura pas d’autre choix que de porter plainte et un juge d’inculper Hillary : c’est la loi et nul ne pourrait y faire obstacle. Les paris aujourd’hui se resserrent autour de deux prétendants, Mario Rubio, Sénateur de Floride pour les Républicains et le Démocrate éternellement non déclaré, Jo Biden, le Vice-Président de Obama, un Obama qui ne pèse plus lourd dans cette campagne.

Ce cas de figure ressort moins des sondages qui reflètent les prestations télévisées plus ou moins scintillantes, que du circuit de l’argent. Il n’est pas nécessaire d’être riche pour devenir Président des États-Unis ; Rubio ne l’est pas et Hillary Clinton n’est pas milliardaire. Mais il faut attirer les dons qui permettront seuls de financer des campagnes hors de prix. Les grands donateurs font la différence. Ce qu’ils obtiennent en contrepartie, reste obscur : une ambassade pour certains, des invitations à diner à la Maison Blanche, un accès au Président, de l’influence sans doute. Mais pas de quiproquo : il n’est pas prouvé que les financiers des campagnes obtiennent des privilèges économiques pour leurs entreprises qui dépendraient de toute manière du Congrès des États-Unis plus que du Président.

Au présent donc, on constate que les grands donateurs, à droite, abandonnent en masse Jeb Bush, leur poulain initial, pour se reporter sur Marco Rubio. À gauche, dans la mesure où le Parti Démocrate est de gauche, Hillary Clinton engrange les motions de soutien des syndicats, des personnalités du Parti plus qu’elle ne draine le trésor de guerre qui lui serait indispensable. À l’évidence, l’ombre du FBI plane, tandis que Joe Biden attend paisiblement son heure : il serait l’ultime recours. Bernie Sanders, challenger Démocrate, seul sénateur socialiste de toute l’Amérique, un peu excentrique, distrait  surtout les étudiants gauchistes.

Les thèmes de la campagne sont à peu près aussi farfelus que les candidats tant ils ont peu de relations avec l’Amérique réelle. À écouter les uns et les autres, l’économie américaine serait sinistrée, quasiment le Tiers-Monde alors que le revenu par habitant reste, hormis le Qatar, le plus élevé au monde et que le chômage est descendu à un niveau si bas qu’il est incompressible. Tous les candidats s’engagent néanmoins à relancer la croissance et l’emploi comme si l’on était encore en 2008, au début de la récession ; elle est terminée mais qui l’admettra ? Tous les candidats s’engagent aussi à réduire les inégalités alors même qu’un Président n’a pas de réels moyens d’agir sur les revenus dans une économie capitaliste. Tous tiennent un discours musclé contre l’immigration clandestine alors que celle-ci, depuis que les États-Unis existent, est un flux spontané, dicté par les opportunités économiques  beaucoup plus que par les lois ; des lois qui là encore, ne dépendent pas du Président.

Le seul accord entre tous les candidats, Hillary Clinton inclus, Rand Paul, le libertarien exclu, est de préconiser un retour en force des États-Unis sur la scène mondiale, y compris par l’action militaire. Tous estiment donc que le pacifisme d’Obama n’aura profité qu’aux despotes, Poutine le russe et Xi Jinping le chinois en priorité, et aux islamistes du Proche Orient et de l’Afghanistan. Tous les candidats ont donc pris leur distance envers Obama qui sur ce point, restera sans héritier : il aura été le premier Président noir, ce qui n’est pas rien, mais rien de plus.

Ce qui conforte les chances de Marco Rubio, un faucon en politique étrangère, mais tolérant envers les migrants, lui-même fils de réfugiés cubains, pro-capitaliste évidemment, bon chrétien naturellement et généreux envers les plus démunis : un Conservateur généreux, ce qui n’est pas sans rappeler le slogan habile de George W Bush en 2000, Compassionate Conservative.

Rubio, avant tout, serait capable de mobiliser les électeurs « latinos » qui sont devenus le pivot du succès. Ces Latinos, plutôt absentéistes, plutôt Démocrates quand ils votent pourraient être débauchés par l’un des leurs. Or, les élections américaines, l’abstention étant considérable, se jouent essentiellement sur la capacité ou non de mobiliser les électeurs. Obama, on s’en souvient, parvint par son charisme indéniable à arracher les jeunes électeurs à leur console de jeu video et à leur passivité. Rubio pourrait obtenir le même résultat auprès des Latinos. Hillary Clinton, si elle est candidate, ne mobilisera que les Démocrates convaincus et espère-t-elle, les femmes. Joe Biden pourrait compter sur les nostalgiques d’Obama, un dernier carré. Après Obama, le premier Président noir, Rubio sera le premier Président hispanique, plus probablement que Hillary Clinton, première Présidente femme.

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  • Ce serait fabuleux. Il avait l’air si présidentielle durant le dernier débat, tellement Reagan.

  • Hillary n’est pas milliardaire??? derniere nouvelle, !!!

  • Joe Biden a annoncé fin octobre qu’il ne se présenterait pas à l’élection présidentielle. Donc il n’est plus « non déclaré ».

  • Donc, concrètement, c’est mort pour Rand Paul?

  • ahah.Sauf que Trump va gagner.

    • Toute personne connaissant le pays sait qu’il n’a aucune chance, il perd constamment dans n’importe quel sondage face à n’importe quel démocrate..Tu ne gagnes pas une élection en te faisant haïr des latinos, noirs et asiatiques et Trump est sans doute le mec qu’ils haissent le plus. Sans eux tu ne peux gagner la Floride, ni le Nevada ni la Virginie dont tout Républicain a besoin. A partir de là c’est mort. C’est déjà ce qui a plombé Romneey en 2012 qui s’en sortait mieux que Trump parmi les minorités mais restait trop bas (24%, Trump est à environ 12%). Ajoutez à cela que le nombre d’électeurs latinos aura augmenté de 3,5 millions de 2012 à 2016.

      Voilà, un peu de réalité ne fait pas de mal 😉

  • « Mais pas de quiproquo : il n’est pas prouvé que les financiers des campagnes obtiennent des privilèges économiques pour leurs entreprises qui dépendraient de toute manière du Congrès des États-Unis plus que du Président »… sauf par la conjonction évidente entre les sommes versées au titre des campagnes et du lobbying et les avantages reçus en termes de contrats, de sauvetages et autres concepts fumeux (too big to fail par exemple) permettant d’exonérer les concernés du traitement commun.
    Prouvé? Non. Puisque les concernés n’ont aucune intention d’instruire. Au contraire la classe politique dans son ensemble, et à quelques très rares exceptions, a repoussé les limites du périmètre et sanctuarisé y compris les derniers avatars tels que reconnaître la personnalité des entreprises pour leur permettre de financer directement (au nom la liberté d’expression, la même qui est battue en brèche dans tant d’autres circonstances).
    Le reste est à l’avenant question approximations: parler du revenu moyen par exemple alors qu’il ne reflète en rien la situation des concernés. Oublier l’incroyable impact d’Obamacare qui ponctionne une part énorme et ascendante du revenu des américains et ce de manière obligatoire. Que dire également du vote latino quand on sait par exemple qu’il « est plutôt à gauche quand il votent »… par un rapport de 1 à 2.
    Avoir une opinion, désirer la mise en place d’une politique sont évidement légitimes. Mais faire passer pour des évidences des contrevérités n’ont jamais été que de la propagande. Rubio est le candidat de l’establishment républicain, en particulier pour ses positions immigrationistes où il est veut maintenir la politique menée par Obama. A mon sens tout le clivage est là. La base conservatrice veut un retour à l’état de droit (et une bonne partie des démocrates aussi).

  • Au moins, aux US, ils ne connaissent pas les noms des candidats 2 ans à l’avance …

  • La récession terminée?
    C’est un point de vue. La raison indique qu’elle a à peine commencé, nous ferons le point dans un an.

    Obama premier président noir?
    C’est un point de vue. Il est métis.

    • Nan ce sont les faits : chômage à 5% et PIB au-dessus du niveau d’avant crise ($18 000 milliards cette année contre 14 300 milliards juste avant la crise financière.

      • Non SW. Malgré toute votre bonne volonté vous ne pouvez faire passer ces resucées de données torturées pour des faits. N’oubliez pas que la majorité des « faits » que vous défendez sont révisés jusqu’à 5 fois (parfois plus) et sont pour la plupart des sondages (au sens exact).

      • Quand on crée de la fausse monnaie pour masquer l’endettement insolvable, on crée mécaniquement de l’apparence de croissance.
        Et quand cette croissance instantanée ne suit même pas le rythme de création de fausse monnaie, il n’y a pas besoin d’avoir fait polytechnique pour comprendre que le château de cartes va s’effondrer et d’autant plus violemment qu’on aura tardé à réagir dans le bon sens qui est de se désendetter au lieu de tricher.

        Une autre façon de s’en sortir est la méthode Roosevelt: transformer une crise modérée en une crise majeure jusqu’à ce qu’une bonne guerre permette de rebattre les cartes en faveur du plus fort.
        C’est peut-être ce qui se prépare …

    • un « noir américain » est un métis. L’auteur du roman « roots » raconte sa « honte » (textuellement) en comparant son teint de peau à celui des noirs lors d’un voyage en Afrique.

  • C’est quoi cet article??? Sans intérêt…

    Pour avoir suivi tout les débats républicains, je trouve ça très intéressant.

    Quand je vois le niveau du débat et des candidats réplublicains, je me dis que la France est à des années lumières.

    La crise est peut etre passé mais les américains ne veulent pas se contenter des 1,5% de croissance, il voit grand EUX.

  • Le problème, complétement occulté dans l’article, et qu’avant la présidentielle, il y a des primaires. Rubio est certes troisième dans les sondages mais loin derrière Trump et Carson, autant dire que ce n’est pas gagné.

    J’ajoute que l’électorat latino est loin de lui être acquis. Rubio est d’origine cubaine, ce qui le déconnecterait de la réalité des autres latinos dans la mesure où les personnes fuyant le régime castriste bénéficient d’emblée du statut de réfugié politique. Les Mexicains, Péruviens, Colombiens, etc…Sont très loin d’avoir les mêmes facilités pour obtenir le droit de rester aux USA et Rubio est un peu vu comme un « vendu » dans ces communautés.

    Enfin, difficile de ne pas envisager que des électeurs ne votent pas par principe pour quelqu’un qui n’est pas blanc.

  • Candidat complètement anti avortement (même en cas de viol).

    …et qui s’est prononcé récemment en faveur de la déportation massive des clandestins latinos.

    Libéral vous avez dit ? Les mots ont un sens.

    Meme s’il a une chance pour la nomination (il était le favori secret des milliardaires en 2012), il n’a mathématiquement aucune chance à la présidentielle avec un tel palmarès.

    Mr Sorman, vous ne nous avez pas habitué à autant de wishful thinking.

    Soyez lucide : la primaire républicaine 2016 est un Freak Show d’inéligibles et personne ne sait lequel de ces dingues remportera le chapeau de clown.

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