Le trumpisme est-il un conservatisme ?

Donald Trump (Crédits : Gage Skidmore, licence CC BY-SA 2.0), via Flickr.

Donald Trump snobe Fox News et donne des boutons aux conservateurs américains.

Par Frédéric Mas.

Gage Skidmore Donald Trump(CC BY-SA 2.0)
Gage Skidmore Donald Trump(CC BY-SA 2.0)

C’est la dernière ligne droite avant le caucus de l’Iowa pour le parti républicain, et le débat télévisé organisé par la chaîne Fox News à Des Moines devait rassembler tous les candidats de droite. Seulement, Donald Trump a décliné l’offre, et organisé son propre meeting à trois kilomètres de là. Après un échange tendu avec l’une des présentatrices vedettes de la chaîne réputée conservatrice, Donald Trump a purement et simplement décidé de boycotter ses caméras.

Trump serait-il trop à droite, même pour la célèbre chaîne américaine ? Le populisme du candidat plait aux électeurs, mais a réussi à susciter une réaction de rejet dans l’establishment conservateur, parmi les journalistes et les analystes de la vie publique américaine. Ce n’est pourtant pas pour son « conservatisme » outrancier qu’il est rejeté, mais pour son… gauchisme !
Le 21 janvier dernier, la National Review a organisé un colloque réunissant des conservateurs contre Donald Trump. Parmi eux, des journalistes du Weekly Standard et de Commentary Magazine, des personnalités comme William Kristol, Glenn Beck mais aussi David Boaz du très libertarien Cato Institute. Tous se sont accordés pour dénoncer dans le populisme politique de Trump une atteinte au principe de gouvernement limité défendu par le courant conservateur américain.

En effet, Glenn Beck a pu rappeler que Trump avait soutenu le stimulus économique après la crise de 2008, ainsi que les politiques de soutien aux banques en faillite : en ceci, il s’était clairement situé dans le débat public pour l’interventionnisme étatique et contre les recommandations proposées par les économistes libéraux qui ont pour la plupart les faveurs des conservateurs américains.
David Boaz a mis en garde contre le césarisme et le nativisme de Trump, qui tend à renforcer l’impérialisme de l’exécutif et fait des étrangers –en particulier des musulmans- des bouc-émissaires faciles pour la vindicte populaire.

Enfin William Kristol a quant à lui insisté sur la vulgarité du personnage, aux antipodes de ce que le conservatisme américain a toujours défendu.

Partisan, sans programme fixe et hâbleur, Trump serait donc aux antipodes de ce que le mouvement conservateur a toujours défendu. L’alliance de circonstances de la National Review, de certains néoconservateurs et des libertariens peut faire sourire : Glenn Beck ne s’est-il pas posé par le passé comme le héraut du Tea Party ? Le néoconservatisme n’a-t-il pas soutenu sous l’administration Bush l’émergence d’un pouvoir exécutif délié de toute responsabilité vis-à-vis des autres branches de la représentation ? Que font les libertariens dans cette galère républicaine ? Tous vénèrent la figure de Reagan et conspuent la vulgarité du nouveau venu ?

Un chien ne fait pas un chat, et si Donald Trump aujourd’hui se présente aux primaires républicaines, il ne fait aucun doute que ses intellectuels organiques en ont préparé l’apparition depuis plus de 10 ans. À quand l’exercice d’introspection ?

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