La femme traditionnelle fut-elle soumise ?

Girl crédits James Vaughan (CC BY-NC-SA 2.0)

Les rapports d’antan entre hommes et femmes peuvent-ils avoir été plus harmonieux que nous le pensons ? Une réflexion sceptique.

Par Gabriel Lacoste.

Girl crédits James Vaughan (CC BY-NC-SA 2.0)
Girl crédits James Vaughan (CC BY-NC-SA 2.0)

Au passage de l’ère moderne, de nombreuses femmes rejetèrent leur rôle de bonne épouse. Il signifiait être soumise aux caprices d’un mâle. Cette femme traditionnelle était forcée de le nourrir, de l’entretenir, de veiller sur ses enfants, puis de faire l’amour avec lui. Elle dépendait de ses revenus. Elle n’avait pas le droit de parcourir le monde, de prendre part aux grands débats de société ou d’afficher une autorité en public. Bref, elle était soumise.

Vint alors le jour où un grand mouvement d’émancipation brisa ses chaînes. Depuis ce jour, la femme moderne a une dette. Elle l’honore en prenant sa place partout où il y a du pouvoir.

La chicane

Voilà un récit qui prête à la chicane. C’est maintenant cool d’appartenir à un groupe de victimes pour combattre : employés contre patrons, pauvres contre riches, citoyens contre gouvernement, noirs contre blancs, Français contre Anglais, peuple contre élite. Ne voulant pas être en reste, quelques-unes sautent dans la mêlée, puis jouent femmes contre hommes. Pour le conservateur, cela mène au désordre, au chaos, à l’anarchie. Les vieux rôles ont une raison d’être. C’est alors qu’intervient le macho, un peu déphasé, qui se fait une gloire de remettre ces hystériques à leur place.

Le doute

Le sage se questionne. Il y détecte de l’agressivité et y soupçonne des préjugés. Il craint que les autorités saisissent l’affaire, puis la tranche avec des lois. Il préférerait que ces histoires se règlent entre adultes consentants. Donc, il doute.

S’occuper du foyer était-il une soumission ? Dans l’absolu, peut-être. Mais aller à l’usine ou dans les champs était-il une libération ? Est-ce que des hommes voulaient parfois changer de rôles ? Probablement. Seulement, ils avaient la force qui paye : les muscles. Donc, ils s’y résignaient. La précarité contraignait les deux de s’arranger ainsi. Voilà une hypothèse raisonnable et sans malice.

La femme était-elle démunie ?

Certains principes trompent. L’homme était le plus fort physiquement, donc il en abusait. Pourtant, peu de gens réussissent leur famille de cette manière. Nos grands-pères ne pensaient pas c’est normal de frapper nos femmes. Celui qui le faisait s’en cachait. Bref, les muscles ne comptaient pas souvent dans l’équation du pouvoir.

La femme avait une arme : les relations. Une mère, traditionnellement, était experte à communiquer. Elle supervisait des enfants, puis négociait avec le voisinage. Si elle était contrariée par son époux, elle pouvait déployer cette force contre lui. Comment ? En solidarisant la famille contre lui. À ce jeu, l’homme est plus bête.

Bref, la femme n’était probablement pas démunie. Les deux devaient collaborer pour fonctionner. Voilà qui est plausible.

L’absence des femmes de la vie publique comptait-elle vraiment ?

Les féministes parlent comme si voter, manifester, s’organiser politiquement, débattre, diriger un ministère constituaient les biens suprêmes. Elles méprisent la vie privée. Éduquer des enfants, faire la vaisselle, repasser le linge, aller au marché, parler de tout et de rien, faire l’amour, ne comptent pas autant. Pourtant, les femmes d’antan en souffraient-elles ? Aujourd’hui encore, qui pense que participer à une réunion du Parti socialiste compte plus que de contempler au quotidien ses enfants grandir ? Les fous !

Bien que jouissant d’une vie publique plus grande, les hommes souffraient d’une absence de vie privée. Devant suer au travail, ils étaient si rarement auprès des leurs. La femme traditionnelle avait ce privilège. D’un point de vue raisonnable, elle avait le beau rôle.

Les injustices de genre étaient-elles typiquement féminines ?

Le sage reconnaît des injustices typiquement féminines. Leur infidélité était jugée plus sévèrement. Elles ne pouvaient pas sortir seules à certains moments. Des lieux leur étaient interdits. Nul doute là-dessus.
Par contre, ce n’est pas suffisant pour que le caractère féminin aggrave l’injustice subie en général. Des injustices visaient spécifiquement les hommes, même si elles étaient commises par d’autres hommes. Ce sont eux qui étaient enrôlés de force dans les armées, puis qu’on massacrait en premier. Les travaux risqués leur incombaient. Ils mouraient plus tôt en raison de leur labeur. Ils n’avaient pas choisi, mais assumé ce destin.
Les femmes jouissaient parfois d’une immunité à l’injustice. Il y a des choses que les puissants faisaient seulement aux hommes.

En quoi les conservateurs avaient-ils raison ?

Nos ancêtres croyaient que le monde ne fonctionnait pas en vain. Si une règle existait, il y avait une raison. Le fou pensait pouvoir s’en passer. Il s’attribuait le pouvoir de les réinventer, péchant par orgueil. En agissant ainsi, il s’attirait les foudres des éléments.

La compréhension actuelle des rapports hommes et femmes par une élite morale belliqueuse, avide de combats sociaux, l’illustre à merveille. L’instinct de ces Don Quichotte est de rechercher un chaos pour y semer de l’ordre. Ils fouillent le passé en espérant y trouver un mal à repousser. Forts de cette conviction, ils y concoctent leurs nouvelles tables de lois.

En agissant ainsi, ils créent des conflits qui n’ont pas lieu d’être. C’est ainsi qu’hommes et femmes se combattent à coup de pensions familiales, de procès alambiqués, de taxes, de ratio à l’embauche et de débats stériles pour avoir le dessus sur l’autre. Oui, le conservateur qui cherchait l’ordre plutôt que le chaos était sage.

En quoi les machos ont-ils tort ?

Cela dit, le sage se méfie du macho. Lorsqu’il veut remettre les femmes à leur place, le macho fantasme sur un monde qui n’a jamais vraiment existé. Il y a eu peu de lieux où imposer aux femmes ses caprices était la norme. Cela arrivait en des confins barbares, mais non comme un phénomène régissant la chrétienté. La division des tâches n’existaient pas pour soumettre les femmes, mais pour fonder efficacement des familles dans un contexte précaire. Les forces de chacun devaient être capitalisées judicieusement, sous peine de famine.
En fait, le macho projette dans le passé ses propres pulsions adolescentes modernes. Au temps de nos grands-parents, il n’aurait probablement pas fait long feu.

Faire la part des choses

Grâce au capitalisme, la force musculaire n’est plus la principale manière d’obtenir de l’argent. Le lave-vaisselle, la sécheuse, la laveuse, puis les plats préparés ont été inventés. Les ressources sont désormais suffisantes pour que les deux parents travaillent en payant des gardiennes et des enseignantes. Nous n’avons plus besoin d’avoir autant d’enfants à notre service lorsque notre âge nous affaiblit.

Pour toutes ces raisons, de vieilles règles sont maintenant dépassées. Vouloir les ramener est un archaïsme. Les progressistes ont raison là-dessus. Seulement, ces changements ont peu à voir avec les combats de sociétés. Ils se sont effectués largement dans l’harmonie.

Le sage fait la part des choses.

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