Chômage : Bayes Impact, la startup-ONG qui croit en la data vertueuse

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Big data (Crédits : Infocux technologies, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

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Chômage : Bayes Impact, la startup-ONG qui croit en la data vertueuse

Publié le 28 janvier 2016
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Par Farid Gueham.

Big data (Crédits : Infocux technologies, licence CC-BY 2.0), via Flickr.
Big data (Crédits : Infocux technologies, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Le regard neuf et le parcours hors-norme d’un anti-énarque

Révolutionner les services publics grâce à “data science”. On pourrait presque croire à de l’arrogance s’il l’on ne connaissait pas le parcours de Paul Duan, 23 ans, né près de Trappes, de parents immigrés chinois. Très doué pour les sciences, on lui promettait un avenir brillant, mais qui pouvait prédire que ce génie de la donnée fonderait son entreprise à San Francisco ? Sa startup, Bayes Impact, n’est pas une entreprise comme les autres et il le revendique. Organisée sous la forme d’une ONG, elle s’efforce de « rendre le monde meilleur, à coup d’algorithmes »Paul Duan, c’est l’idéal méritocratique sans le carcan de la reproduction des élites. Pas étonnant que l’État décide de s’allier au jeune entrepreneur pour dépoussiérer Pôle Emploi. Une ONG experte en « data science » pour accompagner les gouvernements dans la suppression de leurs lourdeurs bureaucratiques, afin d’accroître la qualité des services aux usagers. La naissance du projet ? Paul Duan a commencé à travailler comme « data scientist ». Il a rapidement saisi le potentiel de son secteur, qui « pouvait toucher des millions de personnes à la fois. J’y ai vu une véritable opportunité, pour la « data science » de changer la société, de rendre le monde meilleur » ajoute-t-il.

Le choix original de l’organisation non gouvernementale

Une structure qui s’est imposée naturellement au jeune entrepreneur, pour qui la gouvernance moderne passe par une vraie flexibilité, une aptitude à prendre en compte et intégrer la data dans les politiques publiques« Nous travaillons dans le domaine des politiques publiques et la plupart d’entre nous pensent que les questions de société doivent être gérées par des organismes publics, ce qui est faux. Lorsque nous travaillons sur des questions de liberté conditionnelle, on n’imagine pas une seule seconde que les algorithmes qui vont influer sur des vies humaines puissent être la propriété d’une entreprise privée ». Un changement de mentalité est nécessaire, mais loin d’être évident.

Et si la jeune pousse californienne a rapidement convaincu les services de Pôle Emploi, c’est aussi grâce à la reconnaissance de réalisations déjà primées outre atlantique. Bayes Impact a reçu, en 2013, le prix Amazon Access Challenge ainsi que le prix du Quantified Work Challenge de The Economist« Nous sommes au départ une ONG qui vise à résoudre les problèmes des sociétés à l’aide de la Data Sciences. Nous travaillons sur des projets comme l’allocation d’organes, en essayant d’optimiser les pertes dues aux rejets d’organes en partenariat avec le Département de la Santé aux États-Unis. Nous travaillons également avec la ville de San Francisco pour l’optimisation du déploiement des ambulances, de la même façon qu’Uber utilise des algorithmes pour optimiser le « dispatch » des VTC » rappelle Paul Duan.

La mission Pôle Emploi : alléger le travail des conseillers et rendre les process plus performants

Bayes Impact utilise la data pour « matcher » les profils de demandeurs aux offres disponibles et fournir des outils aux conseillers de Pôle Emploi afin qu’ils puissent se concentrer sur leur mission première de conseil. « Ils suivent de nombreux dossiers à la fois et ne doivent pas se disperser. Une grande partie de leur mission peut et doit être automatisée » affirme le dirigeant de Bayes Impact. L’entreprise va créer une plate-forme web, permettant à chaque demandeur d’emploi de mieux s’orienter, dans sa recherche de service, son besoin de formation, vers le bon interlocuteur. La version beta de cette plateforme sera lancée à la fin de mois de mai, pour une version définitive fin 2016.

Optimiser et rentabiliser la data : un partenariat qui affirme la volonté d’ouverture de Pôle Emploi

Pôle emploi avait déjà mis à disposition des jeux de données pour les développeurs dans son récent « Emploi Store ». L’organisme va plus loin avec Bayes Impact, notamment grâce à des jeux de données plus larges. Conformément à la législation française, les données exploitées par l’entreprise seront anonymes. La startup, qui a son siège à San Francisco, va prochainement ouvrir un bureau en France pour faciliter l’exploitation de ces données dans un cadre national.

Entreprenariat philanthrope : Bayes impact veut faire du business différemment

Le slogan de la jeune entreprise « Technology for good », se veut sincère. La technologie pour « faire le bien ». « Nous sommes une équipe d’idéalistes pragmatiques convaincus que la data peut régler les plus gros problèmes du monde », explique Paul Duan. Espérons que la démarche, soutenue par plusieurs géants du numérique dont Bill Gates, puisse rendre à Pôle Emploi un peu de la flexibilité, de la réactivité et de la simplicité que les demandeurs d’emploi appellent de leurs vœux depuis plusieurs décennies. Pour l’heure, l’optimisme et le dynamisme de Paul Duan sont communicatifs.

Pour aller plus loin :

– Site de « Bayes Impact ».

– « Avec Bayes Impact, Pole Emploi va mettre le big data au service des chômeurs », L’usine Digitale.

–  « Pole Emploi s’associe au petit génie des algorithmes », Nouvel Obs.

– « Paul Duan : ce petit génie peut vaincre le chômage », Society.

Sur le web

Lire sur Contrepoints notre dossier spécial Entreprise et management

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  • On peut toujours espérer, mais je vois pas mal de failles dans cette histoire.
    1. Les sociétés à but non-lucratif comme Bayes Impact n’ont jamais autant de punch pour résoudre les problèmes que celles qui attendent un profit concret des résultats.
    2. Le big data collecté via Pôle Emploi intéresserait bien d’autres requins que les stratèges chargés d’orienter l’activité de cet organisme.
    3. Comme dans la lutte contre le terrorisme, ça n’est pas d’automatisation de la paperasse (qui, entre nous, donne surtout de bons arguments pour en augmenter encore le volume) par des algorithmes sophistiqués que nous avons besoin, mais de mettre de l’intelligence et du bon sens humain pour la remplacer par des procédures simples.
    4. « A beau mentir qui vient de loin ». Cette société « à but non lucratif », ce qui se limite en général aux USA à ne pas distribuer les profits sous forme de dividendes, n’aurait pas été choisie plus pour ses belles paroles socialistes que pour des résultats faciles à constater pour un Français peu au fait des algorithmes et des subtilités californiennes ?

  • Hélas le problème du chômage en France n’est dû que marginalement au fait que des offres ne sont pas pourvues…

  • Les commentaires sont fermés.

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