« La nouvelle Ferme des animaux » d’Olivier Babeau

Le roman de Georges Orwell revisité et appliqué aux systèmes démocratiques et à leurs perversions. Évocateur.

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« La nouvelle Ferme des animaux » d’Olivier Babeau

Publié le 24 janvier 2016
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Par Johan Rivalland

41BC+Ja5k6L._SX319_BO1,204,203,200_Très bonne idée de la part d’Olivier Babeau que de rendre hommage à ce monument qu’est « La Ferme des animaux » de Georges Orwell, modèle de dénonciation du totalitarisme, en cherchant à en proposer « une peinture nouvelle », plus proche de ce qui est à l’œuvre aujourd’hui ici-même. Avec l’idée lumineuse selon laquelle « le chemin a beau être différent, nous empruntons toujours la route de la servitude ».

Le souffle de la liberté

Même situation globale de commencement, avec le départ forcé du fermier, contre lequel de sérieux motifs de mécontentement montaient. Et même enthousiasme des premières heures, avant de se trouver confronté aux réalités de la difficulté d’administrer une ferme.

S’ensuivent les premiers débats sur la manière de concevoir cette nouvelle organisation et le vote des premières grandes lois, celles qui fondent cette toute nouvelle république.

Les principes de liberté et d’égalité (des droits) sont mis en avant. Une véritable économie de marché en miniature est mise en place, de type libéral, assise sur quelques règles fortes, l’institution progressive d’une monnaie pour faciliter les échanges et assurer plus facilement une gestion efficace de l’épargne, un déploiement des échanges, facilités par la mise en oeuvre qui se fait naturellement d’une certaine division du travail et la stimulation de l’activité, qui entraîne une hausse importante de la productivité et de la richesse.

Le temps de la politique et du dévoiement progressif du système

Mais rapidement, la politique s’en mêle et va prendre le pas sur le bon fonctionnement de cette société en miniature.

Les discours pleins de mauvaise foi, la perversion lente et insidieuse du système, la création de l’impôt pour financer la mise en place d’une fonction publique, destinée à « coordonner les actions individuelles (…), organiser les choses, piloter la production, orienter les actions » font leur apparition. En effet, affirme Platon (le cochon particulièrement opportuniste qui s’est fait élire représentant de la ferme), inspiré par son conseiller et mentor non moins opportuniste Goupil, le renard, rusé et habile à mettre au point ce qui pourra assurer la réélection de son poulain, « si nous laissons faire chacun à sa fantaisie, la société ne sera plus que chaos ». Il s’agit donc là d’un devoir.

Et des raisonnements fallacieux sont développés par Platon (toujours sous la plume de Goupil). Du type :

« La liberté des plus faibles est malheureusement un risque pour eux, un fardeau que nous devons les aider à porter. Il est malheureusement dans la nature animale de poursuivre son propre intérêt. Cette tendance égoïste est mauvaise pour la collectivité, puisque les intérêts sont antagonistes. Ce que l’un gagne est toujours perdu par l’autre, et l’on ne parvient jamais à ses fins qu’en désavantageant d’une façon ou d’une autre l’un de ses compatriotes. Il est du devoir de la Ferme de canaliser, contrôler et réduire cette tendance égoïste afin d’assurer l’intérêt général. »

Le temps des désillusions

Et je vous laisse deviner la suite… (je pense que vous n’en aurez aucun mal). Ou plus exactement, je vous conseille ardemment cette lecture stimulante et tout en détente. Tout y est (liens troubles entre décisions politique et soif de réélection, arbitraire, État de connivence, bureaucratie, corruption qui se fait de plus en plus grande, inefficacité grandissante, démotivation, clientélisme, démagogie, propagande, contrôle de l’information, inflation de textes et règlements, petits et grands profiteurs, effet Laffer, anticipations adaptatives, déficits, crise, planche à billets, débats truqués et impostures, régime semi-autoritaire, interrogations sur le sens de la démocratie et les dérives auxquelles elle mène, etc.). Sans oublier la réelle perspicacité de l’auteur et l’humour dont il fait preuve (passage sur la fascination des femelles pour le pouvoir et les favorites du moment, quelles que soient les qualités physiques de celui qui est au pouvoir. « Merci pour ce moment » glissait-il à la femelle étourdie par la brièveté de l’assaut avant qu’elle ne sorte »).

Et, puisque je n’y résiste pas, encore un petit passage pour finir, au sujet de la réélection (et la crainte de ne pas être réélu, perdant ainsi les avantages liés à la fonction), avec ici les conseils avisés de Goupil à Platon :

«  (…) l’envie est le levier dont nous devons nous servir pour détourner l’esprit des animaux vers d’autres objets qui n’altèreront pas votre crédit mais au contraire serviront votre image. Ne voyez-vous pas que, depuis que chacun est rémunéré à hauteur de son travail, des inégalités croissent ? Ce sont elles qui doivent être désormais notre point d’entrée dans le cœur des animaux. »

Goupil disait vrai. Depuis que chacun travaillait pour lui-même et était rétribué en fonction de ses efforts et de ses talents, on avait vu croître les différences entre les situations des animaux – cette différence, il est vrai, partait de zéro puisqu’auparavant nul ne possédait rien. (…) »

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