Les gourous de Wikipédia

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L’encyclopédie en ligne est tendancieuse. Mais son pouvoir d’intimidation est tel que nul n’ose le penser, encore moins le dire, surtout pas l’écrire, et cela ôte toute capacité à le théoriser…

Par Marc Crapez.

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« C’est le 15e anniversaire de Wikipédia ! Dites-nous ce que Wikipédia signifie pour vous »… À mon avis, 99 % de Wikipédia est valable et la plupart des contributeurs sont sincères. Mais le 1 % restant, ou le 0,1% peu importe, en particulier sur le Wikipédia francophone, est la proie d’une politisation d’autant plus efficace qu’elle est insidieuse.

La politisation à gauche de Wikipédia est indéniable. Il suffit de constater (en laissant de côté les néo-nazis et autres staliniens) qu’il existe des dissidences de droite, Wikibéral, WikiKto, Conservapedia, ou encore le satyrique Gauchopedia, mais pas de dissidences de gauche, Anarchopedia est davantage une excroissance qu’une dissidence, puisqu’elle « se limitera au sujet de l’anarchisme » et que « les articles proviennent, pour une partie, de l’encyclopédie Wikipédia ». Cela prouve que les gens de gauche y trouvent davantage leur compte que ceux de droite. Si le public de gauche et d’extrême-gauche est légaliste, lui qui se veut si souvent « alternatif », c’est bien parce que le plateau de la balance penche outrageusement d’un seul et même côté.

Le fameux entrisme trotskiste ne s’exerce plus à l’ancienne, au sein de partis politiques, mais là où l’on peut le plus influer sur l’opinion, là où les activistes peuvent duper des foules inorganisées.

Ce constat est factuel, quasi mathématique. À ce titre, il devrait d’ores et déjà figurer sur Wikipédia. Le fait qu’il n’y figure pas est un indice supplémentaire de cette politisation qui, comme toute bonne politisation, dissimule les preuves de son existence. À l’instar du crime parfait, il s’agit d’un forfait parfait, ou d’une partialité subtile, peu importent les termes.

Les cinq facteurs de domination de la gauche

On peut en expliquer les causes par une série de facteurs.

  • la gauche et l’extrême-gauche ont à voir avec la fonction publique. Or, l’emploi public ou parapublic laisse davantage de temps libre, et tend à politiser et syndicaliser.
  • la gauche est liée à l’Éducation nationale. Ce qui laisse aux enseignants encore plus de temps libre qu’aux autres fonctionnaires et, de surcroît, une motivation et un certain savoir-faire rédactionnel.
  • la gauche est plus associative que la droite. Le fait est à comprendre dans les deux sens : elle compte davantage de permanents d’associations, disponibles, politisés et motivés ; et cultive une attitude plus associative, plus coopérative dans le périmètre de la famille politique de gauche.
  • c’est le nouveau terrain de chasse de l’extrême-gauche. Le fameux entrisme trotskiste ne s’exerce plus à l’ancienne, au sein de partis politiques, mais là où l’on peut le plus influer sur l’opinion, là où les activistes peuvent duper des foules inorganisées, c’est-à-dire sur les réseaux sociaux en général et sur Wikipédia en particulier. Anonymat et opacité décuplent la puissance de l’entrisme : les loups se rallient pour chasser en meute et trancher toujours dans le même sens litiges et controverses. Cet art de noyauter les organisations, de coloniser les institutions et de constituer des cartels idéologiques a été mis en lumière par Péguy, Augustin Cochin, Auguste Le Flamanc, Jean-Paul Aron ou Mancur Olson.

Les fakirs de Wikipédia font semblant de trouver légitimes toutes sortes de critiques, à condition qu’elles ne touchent pas au cœur du réacteur : la jubilation des gauches rassemblées pour s’octroyer la part du lion et berner les droites divisées.

  • Wikipédia est investi par l’intellectualisme, une recette que maîtrisent à merveille le clergé universitaire et les militants de gauche de formation universitaire… À preuve, de discutables notices de revues (Réformistes et solidaires, Collectif carré rouge, Vacarme, Lignes) ou de politologues (Érik Neveu, Gabriel Périès, Frédérique Matonti, Olivier Le Cour Grandmaison, Johanna Siméant, Bernard Pudal).

Les wikipédiens censurent les canulars dont ils sont victimes

En face, la droite reste inhibée par des comportements plus individualistes, une moindre disponibilité professionnelle, une moindre motivation à l’activisme intellectuel, enfin une intériorisation de la culpabilisation par les paradigmes adverses. Mentionnons, à cet égard, l’article Wikipédia rédigé par les libéraux convaincus de Wikibéral : ceux-ci restent déférents envers le grand frère qui les tourmente. Il n’y a pas de véritable autonomie de pensée à l’endroit de Wikipédia. D’autant que ce dernier ne rend pas la pareille en mentionnant ses concurrents, et tend à présenter ceux qui lui adressent des critiques comme des hurluberlus ou des grincheux : « Toute communauté génère son lot d’insatisfaits, de mécontents et de protestataires », lit-on d’emblée sur la page Wikipedia : espace de libres critiques

Ne manquent plus que « les frustrés et les frileux » pour compléter ce vocabulaire connoté qui dévalorise d’emblée le contradicteur… tout en affectant tolérance et équité ! Cette sorte de prestidigitation drape dans un langage libertaire ses penchant dogmatiques ou autoritaristes. La « Liste des canulars » ne plaisante d’ailleurs pas. Elle censure le canular des libéraux (qui inventèrent une pseudo-Nouvelle alternative prolétarienne) comme celui de l’imaginaire conflit Bicholim en Inde… Les fakirs de Wikipédia font semblant de trouver légitimes toutes sortes de critiques, à condition qu’elles ne touchent pas au cœur du réacteur : la jubilation des gauches rassemblées pour s’octroyer la part du lion et berner les droites divisées.

Wikipédia est le petit livre rouge des jeunes générations, des élèves, des étudiants et, au-delà, des curieux. Aucun n’a l’idée de problématiser ce qui paraît aller de soi. Comme si une forme de servitude ou de soumission intériorisée dissuadait de se poser des questions. Quant aux wikipédiens, ils n’ont même pas généré en leur sein une instance déontologique un tant soit peu indépendante, comme toute communauté soucieuse de transparence, de pluralisme et de contre-pouvoir. Ils ne s’inclinent que devant la hiérarchie, des plus anciens contributeurs, et l’argent, de ceux qui ont un bon avocat. Jamais dans l’histoire, encyclopédie si monopolistique n’était parvenue à ôter à la critique toute légitimité.