Pourquoi êtes-vous encore dans une banque en dur ?

Comment se fait-il que vous soyez toujours client d’une banque de réseau ?

Par Théophile Gacogne.

Banques argent finance (Crédit : 401(K) 2013/Creative Commons)
Banques argent finance (Crédit : 401(K) 2013/Creative Commons)

À l’heure où j’écris ces quelques mots, les banques en ligne doivent encore gagner quelques parts de marché. Doucement, certes, mais très sûrement. Il faut dire qu’il est 18 h 27 à l’horloge de mon PC, et qu’à cette heure, si l’on veut joindre son banquier, il est préférable d’être client d’un pure player. Car oui, on peut joindre son conseiller financier après 18 h en France. Et si vous n’y parvenez pas, c’est que vous êtes resté à l’ancien modèle, celui des banques dites physiques ; celui des banques traditionnelles, dans lesquelles il vous faudra plus d’une semaine et trois relances pour obtenir un rendez-vous urgent ou une simple réponse à votre question non moins urgente ; celui des banques qui ne cessent d’augmenter leurs frais, faisant fi de votre condition de client aux fins de mois parfois délicates…

Personnellement, lassé des montagnes de frais et d’intérêts sur frais payés année après année, j’ai opéré le changement en 2008, en octobre 2008 très exactement. J’ai clôturé mon compte définitivement chez mon banquier mutualiste, dont je tairai le nom, pour rejoindre un banquier en ligne. Et j’ai constaté la différence. Je ne dirais pas que tout y est parfait, non. Mais d’environ 20 % de satisfaction à plus de 500 € de frais divers par an, je suis passé à 90 % de satisfaction à moins de 100 € de frais annuels. Parce que c’est quand même bien là que se situe la grande différence.

Avant, pour joindre mon banquier, il me fallait le relancer plusieurs fois, et essayer de le joindre dans ses créneaux horaires à lui. Maintenant, j’adresse un mail et j’ai ma réponse le lendemain au plus tard. Mieux, je peux le joindre tous les jours par téléphone, entre 8 h et 21 h, y compris le lundi. Sincèrement, ça facilite grandement le contact, la compréhension, la communication entre nous. Mes amis arguent du fait que de leur côté, ils aiment pouvoir rencontrer leur interlocuteur physiquement. Je peux le comprendre. Mais je m’étonne toujours du temps qu’il leur faut pour pouvoir le rencontrer justement. Et eux s’étonnent toujours du turn-over dans leur agence, devant sans cesse recommencer à s’expliquer et à se justifier des événements les ayant entrainé dans la situation qu’ils connaissent aujourd’hui. Et si le feeling est mauvais…

J’ai beau leur expliquer que depuis plusieurs années les algorithmes ont pris la place des conseillers ; que ces derniers ne sont plus aujourd’hui que des commerciaux ; et qu’au final, c’est l’étude mathématique de leur cas, avec une empathie réduite à sa portion la plus congrue quant à sa part dans la décision finale, qui décidera de leur sort, ils hésitent encore à tout changer. Ils ont peur.

Pourtant, ils me voient bien payer et retirer de l’argent dans les mêmes distributeurs qu’eux, et avec la même carte bleue qu’eux. Et ils constatent que je n’ai aucun souci à récupérer mon argent. Et ils ragent même, quand je leur dis que ma carte, à moi, elle ne m’a rien coûté, et que je n’ai pas à me soucier du nombre de retraits dans le mois ou du distributeur automatique dans lequel je retire mes billets puisque je n’ai aucun frais. Aucun frais. Même pas d’abonnement, ni de tenue de compte ou que sais-je encore. Tous mes services bancaires du quotidien sont gratuits ; paiements, cartes, retraits, virements, oppositions… Même en ce qui concerne mes placements ou mon épargne, je ne paye rien ; pas de droits d’entrée, pas de frais de clôture, pas de droits d’arbitrage, et j’en passe…

Alors oui, vient inévitablement la question : « Mais comment est-ce possible ? Es-tu devenu client VIP ? » Pas du tout. Je suis simplement client d’une banque en ligne. C’est vrai que dans un passé récent, ces établissements tentaient plutôt d’attirer les plus hauts revenus, via leurs produits d’épargne et de placement et leur expertise sur les marchés boursiers. Je le concède. Mais la chose s’est grandement démocratisée. Il n’est plus besoin de justifier des mille et des cents de revenus annuels pour bénéficier des conditions avantageuses offertes par les banques en ligne.

Et, pour répondre à la question sous-jacente « mais alors, comment font ces banques pour gagner de l’argent ? », une banque en ligne ne dispose pas des mêmes moyens qu’une banque de réseau en termes d’infrastructure et de logistique. En somme, une seule adresse suffit pour gérer toute la clientèle, où qu’elle se situe sur le territoire, puisque tout se fait à distance. Ceci engendre donc forcément beaucoup moins de frais. Pas de siège social cathédrale, pas d’agences à chaque recoin de la ville, pas d’agences du tout d’ailleurs. De plus, l’épargne accumulée, ainsi que les flux bancaires suffisent à rémunérer l’établissement bancaire. Il peut donc concéder quelques ristournes à ses clients. Ensuite, c’est un simple cercle vertueux qui se met en place. Plus il y a de clients, plus il y a de flux et d’épargne, plus l’infrastructure est rentabilisée, moins cela revient cher à la banque, plus les tarifs proposés sont bas, et donc, plus il y a de clients…

Et, alors que ces banques en ligne ne proposaient il y a encore peu que des services que l’on pourrait qualifier de restreints, on constate que leurs gammes de produits s’étoffent semestre après semestre. Désormais, il est possible d’y trouver les mêmes produits qu’en banque classique. Mais attention, toujours dans une version plus simple, plus directe et plus mobile.

Ah oui, parce que j’avais failli omettre ce détail. Les banques en ligne sont également en tête de proue technologiquement parlant. Les alertes sms, la mobilité sur tous les supports (tablettes, pc, smartphones), les applications dédiées, la transmission de données et de documents par internet… Tous ces éléments sont déjà au point, et gratuits dans une banque en ligne.

Pour tous les indécis, il existe quelques sites internet indépendants sur la toile, et qui comparent les banques en ligne entre elles. On y fait la distinction entre les pure players et les banques en ligne de troisième génération, avantages et inconvénients. Et tout est passé en revue ; comptes courants, cartes bleues, épargnes, placements, crédits immobiliers et consommations… Certains sites, comme banquesenligne.org, sont extrêmement complets et permettent de se forger une opinion fiable avant de souscrire. Quant à moi, vous vous doutez bien que j’ai ma petite préférence, mais serais-je réellement objectif si je vous citais seulement le nom de ma banque ?

Pour finir de rassurer les derniers sceptiques, je précise quand même que toutes les banques en lignes sont adossées à de grands groupes bancaires français et/ou internationaux. Allez, je vous lâche quelques noms, que vous connaissez sans doute déjà ; Boursorama appartient à la Société Générale, BforBank est filiale du Crédit Agricole, Hello Bank ! est l’enfant de la BNP Paribas, ING Direct provient directement du groupe hollandais ING, dans le top 5 des banques européennes. Quant à Monabanq et Fortuneo, elles sont toutes deux filiales des caisses de Crédit Mutuel, le Crédit Mutuel CIC pour Monabanq, et le crédit Mutuel Arkéa en ce qui concerne Fortuneo.

Alors, quand nous discutons entre amis et que nous résumons la situation : plus réactif, plus mobile, plus à l’écoute, plus direct, plus simple, tout aussi sécurisé et moins cher, ils s’en trouvent de plus en plus qui optent pour l’ouverture d’un compte auprès d’une banque en ligne. Et, à l’heure où j’écris ces quelques mots, 19h40, ils ont encore largement le temps de joindre un conseiller et d’ouvrir un compte… En ligne.

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