Fed : 2015 année décisive

Dans la zone euro, comme le manque de culture monétariste est total, y compris et surtout à la BCE, les erreurs s’accumulent…

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Fed : 2015 année décisive

Publié le 5 janvier 2016
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Par Jean-Pierre Chevallier.

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Fed NY-Alex(CC BY 2.0)

2015 aura été une année charnière car c’est l’année où les gens de la Fed ont enfin décidé que les États-Unis allait enfin pouvoir commencer à rétablir des taux normaux (et retrouver une croissance normale) après les fortes turbulences des années passées qui furent historiques, c’est-à-dire extra-ordinaires, dans le sens où elles sont sorties de l’ordinaire.

En effet, des taux de base à zéro, et même négatifs en Europe, c’était, comme l’a fort justement dit Jean-Claude Trichet : « après les turbulences financières de 2008, tout est possible, y compris ce qui était auparavant impensable, inimaginable, inconcevable ».
Un petit retour en arrière s’impose…

Les gens de la Fed maîtrisent manifestement parfaitement bien le monétarisme au point qu’ils sont les seuls à pouvoir tirer a priori les ficelles de ce jeu de marionnettes.
Ainsi, juste avant de prendre ses fonctions à la tête de la Fed, Ben Bernanke a pris une position dominante en supprimant la publication des chiffres de l’agrégat monétaire M3 de façon à ce que seuls les gens de la Fed puissent analyser correctement l’évolution de ces agrégats monétaires en masquant l’hypertrophie en M3-M2 qu’ils s’apprêtaient à faire éclater en flinguant pour l’exemple la banque des frères Lehman, ce qui fut le point de départ de ces fortes turbulences.

En l’absence des données américaines, il est possible d’évaluer l’importance de cette hypertrophie en M3-M2 en se référant à celle qui est observable dans la zone euro qui a connu le même type de dysfonctionnement par effet d’entrainement,

Document 1 :

chevallier1

Cette hypertrophie en M3-M2 a été de l’ordre de 450 milliards d’euros. Elle a éclaté dans la zone euro ainsi qu’aux États-Unis en faisant de fortes turbulences mais, comme les fondamentaux américains ont été restaurés, la croissance a pu y repartir sur un rythme relativement faible et seulement en 2015 car elle est ralentie par l’hypertrophie en M3-M2 au Japon, en M1 en Chine et dans la zone euro, c’est-à-dire chez leurs grands partenaires économiques.

En effet, les autorités japonaises n’ont jamais voulu prendre les mesures draconiennes comme l’a fait Ben Bernanke si bien que les entreprises japonaises restent irrémédiablement… bridées pour le plus grand profit de leurs concurrents américains.

Les gens de la Fed ont formé leurs homologues chinois aux subtilités du monétarisme qu’ils ont remarquablement bien assimilé mais ils n’ont pas encore pu mettre en œuvre les mesures qui s’imposent, ce qui demande un certain temps, leur priorité ayant été de prolonger une forte croissance pour entretenir l’augmentation du niveau de vie de la population.

Dans la zone euro, comme le manque de culture monétariste est total, y compris et surtout à la BCE, les erreurs s’accumulent…

Ainsi par exemple, l’agrégat monétaire M1 continue à augmenter vertigineusement : de 63 milliards d’euros fin novembre par rapport au mois précédent !

Document 2 :

Chevallier2

… ce qui correspond à une augmentation de 13 % d’une année sur l’autre et même de 15 % en France d’après la Banque de France !

Document 3 :

chevallier3

… alors que la croissance du PIB nominal (d’une année sur l’autre) est nulle !

Document 4 :

chevallier4

M1 atteint maintenant 63 % du PIB annuel de la zone euro alors que cet agrégat ne devrait en représenter que 17 % comme aux États-Unis où l’argent y est sain, ce qui est le premier pilier des Reaganomics,

Document 5 :

chevallier5

Cette hypertrophie en M1 est de l’ordre de… 4 800 milliards d’euros, c’est-à-dire plus de 10 fois celle de M3-M2 qui a provoqué les grandes turbulences de 2008 et une crise, la pire depuis celle de la Grande Dépression des années 30 !

Document 6 :

chevallier6

C’est tellement gros que personne ne voit cette hypertrophie en M1 et évidemment personne ne comprend la gravité de la situation.
Pire même, les responsables de la BCE s’obstinent dans leurs erreurs…

Ils ont proposé de prêter des centaines de milliards d’euros supplémentaires aux banques à des taux quasiment nuls pour qu’elles prêtent à leur tour cet argent aux entreprises et aux ménages, mais, d’une part la demande de crédits est très faible à cause de l’absence de croissance, et d’autre part, les banques sont peu disposées à prêter à des clients qui peuvent faire défaut.

De toute façon, les banques regorgent de disponibilités qu’elles ne prêtent qu’à la BCE : 757 milliards d’euros au dernier bilan de la BCE !

Document 7 :

chevallier7

… car leurs dirigeants savent parfaitement bien que la situation de beaucoup de banques est mauvaise (les risques de faillites en cascades sont élevés, en particulier parce qu’elles ne respectent pas les règles prudentielles d’endettement), si bien que le marché interbancaire est encore et toujours bloqué.

La Buba s’est toujours opposée, en vain, à cette politique monétaire dite accommodante mais Jens Weidmann ne s’exprime plus publiquement depuis un certain temps à ce sujet. Pourquoi ?
Parce qu’il craint que tout s’écroule ?

Le Q€ de la BCE qui a commencé début mars (2015) n’a produit aucun effet positif.
Il en sera de même à l’avenir.

Au mieux, en 2016 et au cours des années suivantes, les pays de la zone euro sont condamnés à une stagnation durable s’accompagnant d’un désordre croissant.

Au pire, tout est possible, y compris ce qui était auparavant « impensable, inimaginable, inconcevable… »
Pour résorber cette gigantesque hypertrophie en M1, il n’existe a priori aucune solution possible.
Il n’y a pas d’antériorité à un tel cas.

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  • @l’auteur :

    On dit culture monétaire, le terme monétariste renvoit à une politique monétaire défendue par Milton Friedman.

    • La Fed suit pratiquement à la lettre la politique défendue par Friedman et ont renoué avec les Reaganomics comme l’explique l’auteur.

      Les européens n’ont rien compris, ou plutôt ont tout compris de travers. Le QE euro n’a dans les faits rien à voir avec le QE $ : l’un a permis aux banques de s’assenir, l’autre aux banques de se gonfler.

      L’article est excellent, c’est un des premiers que je vois qui rentre dans le cœur du sujet.

      C’est vraiment dommage, à cause de dogmatisme et d’arrogance, l’Europe est passé à côté d’une énorme opportunité, peut être pas tous les pays, comme il est difficile de voir l’évolution des masses monétaires et des bilans des banques par pays : mon petit doigt me dit que tout les banquiers européens n’ont pas été aussi stupides que nos énarques Franchouillards.

      • @ stéphane boulots :

        Friedman n’a jamais défendu la politique de la FED actuelle (ni passée), il préconisait tout autre chose (pas d’intervention de la FED, masse monétaire augmentant régulièrement sans à coups, bref, tout le contraire de ce qui se passe).

        Avant de renouer avec les Reaganomics, je vous rappelle que les taux de la FED étaient montés à 20 % en 1981 sous Reagan, avec un passage de 0.25 à 0.50 %, on est très loin des Reaganomics …

        • Lisez Friedman et vous comprendrez en quoi un taux d’intérêt de BC n’a aucune signification absolue, mais seulement une signification relative à l’inflation, son unique rôle est de juguler l’inflation.

          L’inflation en 1981 était montée à 12% d’où la nécessité de la mise en place d’un taux directeur très élevé pour la faire descendre, ce qui fut le cas. Les US sont actuellement dans la situation inverse.

          D’ailleurs pour Friedman, une situation « idéale » est celle où le taux directeur de la BC reste stable et proche de zéro, ce qui a signifie une inflation stable et proche de zéro.

          Mettre un taux de BC très haut actuellement créerait une bulle sur le marché interbancaire, comme ca a été le cas en 2008 où les taux étaient bien trop élevés par rapport à l’économie, ce qui appelait la spéculation.

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