La Fed augmente ses taux : petit dialogue avec Janet Yellen

Petit dialogue imaginaire sur la politique de la Fed après l’annonce du relèvement d’un quart de point de son taux directeur.

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Janet Yellen.

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La Fed augmente ses taux : petit dialogue avec Janet Yellen

Publié le 23 décembre 2015
- A +

Par Bill Bonner.

Janet Yellen.
Janet Yellen.

Eh bien, ça y est, la Fed a parlé.

Janet Yellen et le FOMC ont fait hier soir une annonce historique : un relèvement d’un quart de point du taux directeur de la Fed. C’est le début du « retour à la normale » des taux d’intérêt. Mais la veille, après des heures passées à boire, méditer et prier, nous avions décidé de prendre les devants. Voici comment ça s’est passé…

Le poids du monde

« Salut Janet, c’est Bill.

–  Euh… excusez-moi, mais comment avez-vous obtenu mon numéro de téléphone ?

–  J’ai demandé à la NSA. Ils ont le numéro de tout le monde.

–  Je suis désolée, je vais devoir raccrocher. J’ai une grosse journée demain.

–  Oui… je voulais justement vous en parler. Vous avez toute ma sympathie.

–  Quoi ?

–  Vous devez sentir le poids du monde sur vos épaules. Vos décisions affecteront l’économie planétaire dans son ensemble. Des spéculateurs s’enrichiront… ou perdront leur chemise. Des entreprises prospèreront… ou feront faillite. Des emplois seront créés… ou détruits. Des vies seront affectées… certaines de manière dévastatrice.

–  Nous ne faisons que notre travail.

–  Oui… et quoi que vous fassiez… des gens vont se plaindre. S’il y a un marché baissier ou une récession… c’est vous qu’ils accuseront. C’est injuste, n’est-ce pas ?

–  Eh bien… Nous faisons de notre mieux.

–  Oui… Et qui pourrait nier que vous avez fait un travail magnifique ? Votre politique de taux a permis de créer une reprise. C’est à vous que nous la devons. Si vous aviez laissé le marché décider des taux d’intérêt, ça aurait été un désastre. Mais, comme l’a dit Ben Bernanke, vous avez eu le courage d’agir. Et ça a payé.

–  Je vais vraiment devoir raccrocher, là…

–  Mais… votre politique a eu un tel succès que je ne peux m’empêcher de me demander : pourquoi arrêter maintenant ? Après tout, vous avez démontré que vous pouvez choisir un meilleur taux que le marché. Pourquoi vouloir revenir à…

–  Rappelez-vous, c’était une politique d’urgence. Jamais elle n’était censée devenir permanente. Les taux ultra-bas ont aidé à générer une reprise. Mais ils peuvent causer des distorsions.

–  Donc… c’est pour cette raison qu’il vous faut revenir à la normale, n’est-ce pas ?

–  C’est ça… »

Des conditions spéciales

Après une petite pause inconfortable, la conversation s’est poursuivie.

« Mais une économie normale ne connaît-elle pas des incidents ? Les récessions ne sont-elles pas normales ? Tout comme les marchés baissiers ? Ne sont-ce pas là les choses même que vous avez tenté d’éviter ?

–  Eh bien, nous adaptons nos politiques aux nouvelles données…

–  C’est bien ce que je veux dire. Et si les données deviennent négatives, mauvaises ou inconfortables ?

–  Nous pensons que la reprise est suffisamment établie pour pouvoir supporter un environnement de taux plus élevé.

–  Hmmm… Cet environnement de taux zéro est en place depuis si longtemps… Nous avons lu que beaucoup de gens, dans l’industrie de la finance, n’ont jamais vu de hausse des taux. Il y a une génération d’investisseurs qui n’ont jamais vu de marché baissier sur les obligations. Et deux générations d’investisseurs n’ont jamais vu de réelle contraction du crédit.

Je demande simplement, (avons-nous poursuivi), parce que McKinsey a sorti un rapport intéressant, récemment. Selon eux, il y a aujourd’hui 57 000 milliards de dollars de dette supplémentaire par rapport à 2008. Cela représente une augmentation du ratio dette globale/PIB de 17 points de pourcentage. Une sacrée hausse !

Et tout ça est né, s’est développé et a évolué dans des conditions très spéciales… avec de l’argent disponible à des taux proches de zéro. Il y a la dette étudiante, la dette automobile, la dette d’entreprise, la dette souveraine… et tout ça dépend de cet environnement pour survivre.

–  Oui, des ajustements seront inévitables à mesure que nous approchons de nos buts, le plein emploi et la stabilité des prix. Mais nous surveillerons nos indicateurs de près et prendrons les mesures appropriées si nécessaire.

–  Mais qu’y pouvez-vous ? Tout ce que vous pouvez, c’est faire demi-tour. Comme les Japonais. Les Israéliens. Et les Suédois. Tous ont tenté de faire revenir leurs taux d’intérêt à la normale. Et tous ont été contraints de recommencer à baisser leurs taux tandis que leurs économies s’affaiblissaient.

Revers de fortune

« Comment avez-vous dit que vous vous appeliez, déjà ?

–  Appelez-moi simplement Bill… (nous nous inquiétions : peut-être que notre appel était tracé).

–  Eh bien, Bill, les investisseurs ont confiance en nous. Nous avons prouvé que nous avons l’expérience et l’expertise pour gérer l’économie même dans des circonstances difficiles.

–  Vous avez seulement prouvé que quand les choses tournent mal, vous pouvez réduire le coût du crédit. Mais, comme vous le dites, ça engendre des distorsions. Et la distorsion évidente, ce sont les 57 000 milliards de nouvelle dette, sans parler des gouvernements, des entreprises et des ménages qu’ils ont financés,  qui ne peuvent survivre que dans votre environnement de taux anormaux.

Vous dites que vous visez la normale. Mais je me demande ce que vous ferez lorsque le climat changera. Comme ces dinosaures qui ont évolué dans une chaleur tropicale. Ensuite, quand un météore a heurté la Terre, le climat a changé soudainement. Et les gros lézards ont rendu l’âme.

Que se passerait-il si le climat de taux d’intérêt revenait à la normale ? On aurait une récession. Ou un krach boursier. Ou une dépression. Que ferez-vous alors ? Le dos rond, garder le cap et attendre que ça passe ? J’en doute.

–  Nos choix politiques dépendront des données, comme toujours.

–  Mais c’est bien le problème… Si vous réagissez aux données, vous ne pouvez le faire que d’une seule manière. Tôt ou tard, les données vont devenir négatives. Vous n’accélérerez pas le processus de resserrement avec des données inquiétantes, de sorte que vous n’avez que deux choix. Si vous les ignorez, vous ne dépendez pas du tout des données ; vous y êtes indifférente. Et si vous ne les ignorez pas, vous revenez à un environnement de taux anormaux.

En d’autres termes, vous êtes prise au piège, non ? Si vous ignorez les données, vous devez subir les revers de fortune que vous avez travaillé si dur à éviter ces dernières années. En pire, parce que vous avez faussé les signaux essentiels du marché du crédit, ce qui a mené à l’accumulation des milliers de dollars supplémentaire de dette subprime insoutenable.

Mais si vous réagissez aux données (nous commencions à nous échauffer… tout en surveillant par la fenêtre l’apparition des gyrophares de la police), que ce soit un marché baissier ou une récession, tous deux sont inévitables… et auraient dû se produire il y a longtemps, vous signalez au monde que vous ne savez pas vraiment ce que vous faites.

Vous ne savez pas quel taux d’intérêt est meilleur pour l’économie, en fin de compte. Vous inventez au fur et à mesure… réagissant à l’ancienne… avec plus d’argent facile, comme n’importe quel banquier central entêté, de John Law à Gideon Gono…

Janet, je suis vraiment désolé pour vous. Vous semblez être très sympathique. Comment vous êtes-vous retrouvée dans un tel pétrin ?

–  Merci beaucoup pour votre sympathie. Je dois vraiment y aller, là.

–  D’accord, Janet. Dormez bien. »

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  • Belle mise en relief de l’état pitoyable de l’humanité.
    2016. Où allons nous?

  • Bien vu ! Hélas, les banques centrales ne peuvent rien faire, et ce n’est de toute façon pas leur rôle de mener une politique économique.

    Le vrai problème, c’est l’extension démesurée de la sphère publique depuis 2008 (certes, cela avait commencé bien avant), et l’accroissement permanent de « l’aléas moral », cette situation dans laquelle l’Etat décide de jouer les pompiers quoi qu’il arrive (aussi bien les banques, que les chômeurs, que les aides sociales, etc), ce qui détruit la prise de risque saine et les signaux normaux de marché.

    C’est un cercle vicieux : l’aléas moral détruit les incitations saines, détruit les signaux de marché, ce qui entraîne une mauvaise allocation des ressources, ce qui diminue la croissance, ce qui justifie de nouveau un interventionnisme public, ce qui accroît l’aléas moral et détourne encore plus de ressources d’un usage efficace, etc.

    Seul un gouvernement courageux et conscient de la situation pourrait casser ce cercle vicieux, un peu comme l’a fait l’administration Reagan/Volcker au début des années 80 (même si les symptômes étaient différents – inflation élevée – les causes profondes étaient les mêmes : trop d’Etat). Ils n’ont pas hésité à causer une énorme récession en faisant exploser les taux d’intérêt, mais cela a été salutaire pour restaurer une économie saine pour les 20 ans qui ont suivi.

  • La Fed va remonter des taux et l’esclavage des contribuables va reprendre, sous la pression de parasites du système comme Mr Bonner….

    Pitoyable !

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