Cinéma : The Big Short, le casse du siècle

The Big Short : une plongée dans l’univers des banquiers irresponsables pour le prix d’une place de cinéma !

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Cinéma : The Big Short, le casse du siècle

Publié le 4 janvier 2016
- A +

Par Stéphane Montabert

big_short_ver2Parlons d’économie à travers le cinéma ! Un peu après la déferlante Star Wars VII sort en Suisse romande un film discret mais largement plus digne d’intérêt, The Big Short.

The Big Short – le casse du siècle décrit l’histoire authentique de quatre individus ayant correctement identifié et anticipé l’effondrement de la bulle immobilière américaine survenue en 2008, qui déclencha d’autres crises à l’échelle mondiale (notamment la crise de la dette publique en Europe) et ouvrant une époque de chaos économique dont nous ne sommes toujours pas sortis.

Le réalisateur Adam McKay a fait un excellent film, réunissant pour l’occasion un casting de rêve. Le film met à l’affiche quatre gagnants des Oscars (Christian Bale, Melissa Leo, Marisa Tomei et Brad Pitt) et deux nominés à la même récompense (Steve Carell et Ryan Gosling). Mais la débauche de stars n’est pas tout, et il fallait un talent sans pareil pour rendre intelligible auprès du grand public tous les concepts financiers dont les professionnels de la finance se gargarisent.

Le résultat est un tour de force : les mécanismes du marché immobilier, hypothèques, couvertures de défaillances (les credit default swaps ou CDS), obligations adossées à des actifs (les fameux collateralized debt obligations ou CDO), la titrisation des dettes en tranches de risque, tout cela est passé à la moulinette avec humour et compétence pour les rendre intelligibles auprès du spectateur non-averti. Rien que pour son travail de vulgarisation de la finance, Adam McKay mériterait un Oscar. Mais le film va bien au-delà.

En effet, c’est en expliquant les mécanismes financiers avec lesquels les banques américaines jouèrent pendant des décennies que le public est amené à réaliser la stupidité, l’arrogance, la vanité et l’avidité des banquiers de Wall Street, habituellement masquées par une façade d’expertise et de jargon incompréhensible. Mais ils ne sont pas les seuls en cause : tout le système est vermoulu.

Le récit peut se découper en trois parties. Lors de la première, nous faisons connaissance avec des personnages hauts en couleurs, qu’il s’agisse de Michael Burry (Christian Bale), un gestionnaire de fonds excentrique et fan de heavy metal, qui découvre que les produits financiers américains assemblés sur les hypothèques sont en réalité des châteaux de cartes proches de l’effondrement, ou Mark Baum (Steve Carell, basé sur l’authentique banquier Steve Eisman) qui s’est lancé dans une croisade personnelle contre l’incompétence et l’arrogance des grandes banques. Et tout ce petit monde tente le pari complètement fou de miser sur une baisse, voire un effondrement du marché immobilier américain.

La suite est encore plus intéressante puisque la crise immobilière éclate… Et le système résiste. Il ne se passe rien. Les parieurs ont-ils raté quelque chose ? Pourquoi les assurances anti-incendies auxquelles ils ont souscrit ne se déclenchent pas alors que les flammes lèchent la façade ? Auront-ils raison ou seront-ils ruinés trop tôt ? Ce passage du film est passionnant non seulement parce qu’il montre à quel point il est difficile de nager à contre-courant de l’opinion dominante (pareille lutte laissera des traces) mais également à quel point le système est corrompu de la base au sommet. La SEC, l’autorité de régulation, couche avec les banques qu’elle est censée surveiller ; les agences de notation se font concurrence pour donner leur blanc-seing à des produits financiers complètement pourris ; les banques se refilent entre elles ou à leurs clients des portefeuilles toxiques juste pour s’en débarrasser ; et les médias, loin de dévoiler les fraudes, les cachent pour maintenir leurs « bonnes relations » avec Wall Street.

La dernière partie appartient en quelque sorte à l’histoire puisque la catastrophe financière éclate au grand jour et que les banques elles-mêmes tremblent sur leurs bases. Bien qu’ayant eu raison de bout en bout, nos héros sont contraints de se retirer du marché baissier qui les a rendu riches : à quoi bon détenir un contrat qui vaut une fortune si la banque censée l’honorer fait faillite ?

Mais hormis quelques rares exceptions les banques seront finalement sauvées en dépit de preuves écrasantes de leur malhonnêteté par les politiciens, c’est-à-dire le contribuable américain. Magie du Too Big To Fail ! Lui, en revanche, n’aura pas cette chance : dix millions d’Américains perdront leur emploi, six millions leur maison, et d’innombrables familles y perdront leurs économies ou leurs avoirs de retraite.

The Big Short laisse un goût amer. Tiré du livre éponyme de Michael Lewis, c’est une œuvre magistrale, drôle, sympathique, mais aussi historiquement exacte et finalement tragique. Les banques sont devenues encore plus riches aujourd’hui, et en rien plus honnêtes, alors que 46 millions de gens vivent toujours avec des bons alimentaires aux États-Unis.

À noter que le pitch « le casse du siècle » a été rajouté juste pour la version française, laissant entendre que les personnages principaux sont en quelque sorte des arnaqueurs ; il n’en est rien, au contraire, et s’ils réussissent par leur intelligence, leur audace mais également leur intégrité à faire des bénéfices à travers la crise, ils ne représentent qu’une goutte d’eau de profit dans l’océan de pertes d’une bulle immobilière qui éclate et qui aurait éclaté quoi qu’il advienne.

Si vous voulez comprendre comment des manipulateurs financiers cyniques ont oublié toute notion prudentielle pour augmenter leur bonus annuel, fichant en l’air l’économie occidentale au passage, allez voir The Big Short. Une plongée en eaux profondes dans l’univers des banquiers irresponsables pour le prix d’une simple place de cinéma !

La bande-annonce du film :

 

  • The Big Short, comédie dramatique américaine, réalisée par Adam McKay, avec Christian Bale, Melissa Leo, Marisa Tomei, Brad Pitt, Steve Carell et Ryan Gosling. Sortie le 23 décembre 2015. Durée : 2h11mn.

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  • un film sans aucun doute trés intérressant dont on doit sortir complêtement écoeuré ; mais il faut que les gens sachent ;

  • J’ai du mal à croire que cet article, digne d’un supporter de Mélenchon, ait pu atterrir sur Contrepoints…

    • @Maurice: Pourriez vous citer au moins quelques mots, pour savoir ce qui a pu motiver un avis si péremptoire ?

    • J’ai vu le film et lu l’article. L’un et l’autre sont factuels, et le film tout à fait représentatif de ce qui s’est passé.

    • au passage, tout n’est pas à jeter chez Mélenchon. S’il n’est pas crédible dans sa défense du « régime prolétarien » de Maduro il l’est beaucoup plus quand il explique pourquoi il a choisi de prendre la défense de Jérôme Kerviel. Son billet en dit long sur le copinage à haut niveau qui règne entre les grandes banques et Bercy.

      • Sauf que Kerviel n’est absolument pas une oie blanche parfaitement innocente (le « système » l’arrangeait bien lui aussi jusqu’à ce qu’il se fasse prendre).

        Sur ce sujet comme sur les autres, Mélenchon est un parfait démagogue.

    • Pas vraiment non, c’est juste une démonstration des méfaits du crony capitalism.

    • En quoi est-il digne d’un supporter de Méchancon ?

  • Il manque une seule chose à ce film, c’est de montrer la responsabilité (et corruption) des politiques.
    De plus il n’est pas écœurant de moraline à deux sous comme le dernier wall street par exemple.

  • Un bel exercice de vulgarisation et une cinglante peinture des excès de Wall Street, en effet.

    Reste que le film (ainsi que l’article ci dessus) fait quand même l’impasse totale sur un coupable majeur sinon le principal : l’Etat américain. Plus particulièrement l’administration Bush à travers Freddy Mac et Fannie Mae- qui a créé le monstre en encourageant très fortement (certains diront même « en contraignant ») les banques à rendre propriétaires des ménages américains totalement insolvables.

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2008/09/13/freddie-et-fannie-mortelle-randonnee-par-pierre-antoine-delhommais_1094927_3232.html

    • Impasse totale non puisqu’il fait plus qu’évoquer le rôle (ou le non rôle dans ce cas-là) de la FDIC par exemple.

      • Impasse totale, quasi totale ou partielle, on peut en effet en débattre mais cela ne me semble pas essentiel…

        La question est plutôt de savoir si ce film souligne à son juste niveau l’énorme responsabilité de l’administration Bush dans la genèse de la crise des subprimes. Or, je trouve que c’est très très loin d’être le cas. Pas toi ?

        Pour ceux que cela intéresse, voir un excellent papier de Vincent Benard datant de 2010 : « SUBPRIME : MARCHÉ ACCUSÉ, ÉTAT COUPABLE » . http://www.partiliberaldemocrate.fr/article/subprime-marche-accuse-etat-coupable

        • A son juste niveau, clairement non. Mais la collusion état / monde financier est malgré tout présente.

          La partie Freddie / Fannie est effectivement absente. Peut-être le réalisateur, qui a réussi à rendre l’ensemble lisible par le tout venant, ne voulait pas se risquer à évoquer aussi ce vaste sujet ?

          • Parmi les spectateurs sans compétence particulière sur le sujet de la crise des subprimes, je serais curieux de connaitre le pourcentage de ceux ayant effectivement perçu une « collusion état / monde financier ». 2% ? 5% ? Quelque chose me dit que ce chiffre doit en tout cas être bien faible…

            En revanche, je ne me fais aucun souci quant à l’équation capitalisme financier = pourriture. Là, je pense que 100% des spectateurs l’ont perçue.

  • Led Zep en intro, cool. Des banquiers fripouilles (des produits financiers complètement pourris). Faites gaffe Idlibertes va péter un plomb MDR

  • Ce matin, j’hésitais à aller voir ce film… J’ai lu la chronique qui a levé mes doutes. Je sors du cinéma et je dois dire que le film est de très bonne facture. L’infrastructure médiatico-politico-financière est vraiment pourrie. Comme toujours il y a des preux chevaliers, des hésitants, des ignorants, des naïfs, des victimes et des êtres ignobles. Que retiendra l’Histoire dans quelques années ? Vaste question à laquelle je ne répondrai pas maintenant…

    Allez le voir sans hésiter !

  •  » La question est plutôt de savoir si ce film souligne à son juste niveau l’énorme responsabilité de l’administration Bush dans la genèse de la crise des subprimes. Or, je trouve que c’est très très loin d’être le cas  »

    Le community investissement act loi qui a favorisé la crise des subprimes a été votée sous Jimmy Carter et réactualisé sous Bill Clinton. l’administration W. Bush a une responsabilité indirect. On peu lui reprocher de n’avoir pas aboli cette loi sous sa présidence. Mais il avait averti le Congrès que quelque chose couvait. Mais le Congrès était passé en main démocrate et ce dernier a cru bon de ne rien faire pour.

    Je plussoie quand même votre commentaire. L’article minimise un peu beaucoup la grosse responsabilité de l’état américain sur le déclenchement de cette crise. Quand on sait Hollywood est un nid de gauchistes ce n’est pas étonnant que la cible est essentiellement  » les méchants banquiers  » au service du méchant  » Wall street « .

    D.J

  • Comme dit précédemment, la crise immobilière US (puis donc celle des subprimes) n’est que le résultat de l’imposition de mesures idéologiques et/ou électoralistes par les gouvernements US (Clinton surtout) pour se mettre dans la poche les électeurs des minorités.

    Voir http://russp.us/subprime.htm par ex. où l’on découvre que toutes les têtes pensantes de ce désastre sont maintenant au sommet de l’appareil politique US, où cherchent à l’être…

  • « Un peu après la déferlante Star Wars VII sort en Suisse romande un film discret mais largement plus digne d’intérêt, The Big Short. »

    Pourrait-on savoir sur quels critères l’auteur de l’article se permet-il d’affirmer que le second film est « plus digne d’intérêt » que le premier ? Est-ce qu’un film, je cite, « discret », est forcément meilleur qu’un film moins « discret » ? Ah la la, toujours aussi comiques les cuistres…

    • Le dernier star wars est un film un peu distrayant, et c’est tout. Rien de captivant, de facture banale, globalement mal écrit et mal pensé.
      Le plus gros problème vient à mon sens du fait qu’il marche uniquement sur la nostalgie et ne propose rien de plus. Même les scènes d’actions sont loin d’être à la hauteur.

      Je n’ai pas de mal à croire que the big short soit meilleur.

    • « Pourrait-on savoir sur quels critères l’auteur de l’article se permet-il d’affirmer que le second film est « plus digne d’intérêt » que le premier ? »

      Il suffit, comme moi, d’avoir vu les deux.

      Venez nous en reparler lorsque ce sera aussi votre cas! 🙂

      • @Stéphane Montabert : Je vous pris de m’excuser pour le « toujours aussi comiques les cuistres ». C’était clairement grossier de ma part. Je m’en excuse.

        Le fait est que le dernier SW n’était pas si mal : Certes la trame du récit est faiblarde. Certes les rencontres improbables entre les protagonistes donnent l’impression d’être dans un petit village plutôt que dans une vaste galaxie. Cependant visuellement le film est une pure réussite, les décors, les costumes, les créatures, ne donnent pas l’impression d’être ridicules, les performances des acteurs sont excellentes, et les caractéristiques de l’héroïne questionnent certaines idées reçues de notre société sur les femmes.

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