2016 année de la débâcle ?

Verrons-nous un cygne noir frapper les marchés en 2016 ?

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Michael Seeley-(CC BY 2.0)

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2016 année de la débâcle ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 3 janvier 2016
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Par Simone Wapler

Michael Seeley-(CC BY 2.0)
Michael Seeley-(CC BY 2.0)

 

Le passé est plus facile à analyser que l’avenir, d’autant plus que sur ce sujet, mon collègue américain Eric Fry a fait un excellent boulot que je reprends sans vergogne. 2015 fut donc une annus horribilis pour tous les actifs financiers.

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L’effondrement du prix des matières premières est un des événements qui a récemment été beaucoup commenté. En réalité, la chute du cours du pétrole avait commencé en juin 2014. Le fait nouveau est que depuis mai 2015 la débâcle se propage aux actions des marchés émergents et aux obligations à haut rendement (encore appelées high yield ou junk bonds). Comme ces obligations risquées avaient beaucoup monté, la baisse paraît limitée ; en réalité, les indices obligataires correspondants ont perdu plus de 15% de leur valeur et certains fonds ont suspendu tout remboursement.

À ceux qui ont une mémoire un peu supérieure à celle du poisson rouge, cela rappelle les prémices de la crise de 2008. Quelques fonds avaient gelé leurs remboursements tandis que l’immobilier américain chutait et que certains produits dérivés étaient devenus non négociables.

« Événement isolé ou nouveau Bear Stearns ? Les investisseurs tentent d’apprécier la portée du gel des retraits sur un fonds de Third Avenue », commentait ainsi L’Agefi le 15 décembre. En mars 2008, la banque d’investissement Bear Stearns avait été renflouée et avec le recul, ses difficultés sont vues comme ayant été le signal précurseur de la crise financière qui éclata six mois plus tard. Début 2008, les taux directeurs de la Fed étaient à 4,5% et à la fin de cette même année, la Fed se lançait dans son grand programme « argent presque gratuit pour presque toujours ».

Après 4 000 milliards de dollars de crédit gratuit, d’où venons-nous, que sommes-nous, où allons-nous ?

À ces questions, nos banquiers centraux et leurs laquais économistes nous répondent : nous venions du chaos d’une grande crise financière et nous allons vers la prospérité. Soignant audacieusement le mal par le mal, grâce à un savant dosage de crédit gratuit, nous avons surmonté une crise du crédit sans précédent dans son ampleur.

À une semaine de Noël, comment ne pas se souvenir du paradoxe de la dinde, exposé par le philosophe et financier (si, si, c’est possible) Nassim Taleb ?

Vous l’avez compris, notre dinde du jour représente l’industrie financière engraissée au crédit gratuit par nos grands banquiers centraux. Jusqu’à présent, il y avait inflation, car augmentation du crédit disponible et donc augmentation des prix, dans la sphère financière. Les prix des actifs financiers montaient, la dinde engraissait, les statisticiens et les économistes en concluaient que tout allait bien.

Dans l’économie réelle, en dehors de la cage dorée de notre dinde, en revanche, il y a depuis un certain temps déflation, baisse des prix car baisse du crédit disponible. Au dehors de la cage, quelques volatiles, renards et lapins qui n’ont pas accès au crédit gratuit n’ont plus que la peau sur les os. Les moins malheureux, proches de la cage dorée, survivent aux crochets de notre dinde. Ce sont les emprunteurs mal notés à qui notre dinde lâche de temps en temps quelques grains de pitance.

Mais voilà que les rations de crédit gratuit de notre dinde n’augmentent plus comme par le passé. Pire, Janet Yellen a décidé de les diminuer. Certes la dinde a fait du gras, elle devrait le supporter disent les vétérinaires de la Fed. Mais que vont devenir les faméliques sans avenir qui ne survivaient que grâce aux restes négligemment lâchés par notre dinde sur-nourrie ?

Dans l’allégorie de Taleb, la dinde est occise. Les familiers du philosophe-financier savent en réalité qu’elle est victime d’un « cygne noir », un événement incroyable, improbable, inenvisageable par un bipède normalement constitué1.

Verrons-nous un cygne noir frapper les marchés en 2016 ? Je n’en sais fichtre rien puisque par définition l’apparition du cygne noir est imprévisible. Mais une chose me semble cependant probable : 2015 sera peut-être l’apogée de la dinde gavée depuis maintenant 2 555 jours. Sept ans, c’est l’âge de raison, même pour une dinde.


Pour plus d’analyses et de conseils de ce genre, c’est ici et c’est gratuit.

  1. Pour ceux qui voudraient découvrir Taleb et apprivoiser les dindes et les cygnes noirs, lisez le Cygne Noir, éditions Les Belles Lettres.
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  • quand la dinde commencera à maigrir , les volatiles , renards et lapins seront morts …..de faim , de maladie , de désespoir…..

  • Toujours est il que l’énergie qui continue de rester très bon marché en plein hiver n’est pas un signe de bonne santé de l’économie. La reprise ou pas de l’or sera le signe clair de la direction souhaitée par le marché.

  • Verrons-nous en 2016 Simone Wapler et son équipe changer de style en 2016 et ne plus donner l’impression qu’elle nous prend pour des vieux rentiers plutôt fortunés en instance de sénilité après des introductions et /ou analyses économiques assez solides et pertinentes ?

  • Pouvons-nous croire un seul instant que ces financiers sans cesse montrés du doigt soient aussi nuls pour ne pas voir ce que verrait Mme Wapler (qui soit dit en passant, s’est prise pour une économiste dans ses bouquins, elle l’a écrit alors qu’elle est ingénieur ! l’économie comme la technique cela s’apprend…). A savoir que leur richesse est assise sur du vent. Je pense bien au contraire qu’ils sont beaucoup plus intelligents et malins que cela et qu’ils ont du savoir faire, que l’apocalypse souvent prédit par Mme Wapler ne les touchera pas. Par contre, elle, elle sera touchée de plein fouet car elle n’est pas non plus une financière et n’a jamais évolué dans ces sphères là et donc ne sait pas.

    • il serait intéressant de savoir ce que ces financiers font à titre personnel du fric qu’ils gagnent.
      ils peuvent parfaitement continuer « professionnellement » à faire tourner ce système en se disant que tout ce qui est pris n’est plus à prendre et « après nous le déluge « 

  • Prédire l’avenir est impossible. Certains membres de l’équipe d’Agora (assez hétérogène) à laquelle appartient l’auteur ont le nez beaucoup trop collé sur les déséquilibres macroéconomiques mondiaux. Car nul ne sait ce que monsieur futur sort de son chapeau… ils finiront bien sûr par avoir raison après quelques années de temps perdu,mais là n’est pas l’essentiel .Pourquoi? parce que les conséquences de l’apparition des tempêtes financières sont elles mêmes imprévisibles ; bref, pour sortir son épingle du « jeu » financier concrètement (notre épargne donc), le plus important est de s’intéresser aux fondamentaux des sociétés si on y investit ,dans le détail et la vie au jour le jour. On ne passe pas son temps à attendre la tempête .Il est simplement nécessaire d’être attentif aux prémices nets d’un changement de temps,ce qui n’est pas encore assez flagrant… mais se rapproche comme dirait Lapalisse ….

  • La spoliation a du plmomb dans l’aile.
    La violence, suivie par la religion, suivie par la finance, tous ces concepts ont perdu en crédibilité.
    Je plains l’avenir de celles et ceux qui vivent par et pour l’argent.
    C’est tellement facile de faire les choses soi-même, sans chercher à abrutir autrui.

  • Beaucoup d’illusions disparaissent

    Du moment , Pierre Rododin, que la certitude qu’il y a un Grand Horloger Ineffable, notre Source et Finalité, c’est essentiel.

    Même si certains ne comprennent que des robots programmés pour toujours bien faire ne présenteraient pas non plus un intérêt pour des parents humains.

    Même si les imbéciles survivants de Charlie hebdo viennent de confirmer leur limite à pleurer qu’admirent des grégaires pas moins bornés que les fanatiques musulmans.

    • Correction :

      Du moment , Pierre Rododin, que la certitude qu’il y a un Grand Horloger ….

      Certains athées sont plus sectaires que des intégristes religieux.

      Même s’il faut évidemment regretter que les religions qui portent parfois de très beaux fruits ou d’utiles fruits moyens plus généralement asservissent

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