Revenu de base : quelle démagogie !

David Goehring-Money (CC BY 2.0)

Quels seraient les problèmes pratiques posés par une allocation universelle ?

Par Contrepoints
Un article de Libertarianisme.fr

David Goehring-Money (CC BY 2.0)
David Goehring-Money (CC BY 2.0)

 

L’allocation universelle, appelée aussi « Revenu de Base Inconditionnel », est l’idée selon laquelle chaque citoyen d’un pays devrait recevoir une allocation fixe, par exemple 500 €, quel que soit son revenu. Cela remplacerait les allocations actuelles perçues par les personnes sans travail. Mais la différence avec la situation actuelle serait qu’au lieu de recevoir cette allocation quand on n’a pas de revenu, on la percevrait dans tous les cas.

J’ai déjà expliqué dans un article précédent les raisons de mon opposition morale à cette idée, mais je vais ici détailler les raisons pratiques.

L’augmentation des impôts

Donner une allocation à toute la population, y compris à ceux qui n’en reçoivent pas actuellement, nécessitera une augmentation des impôts et taxes. L’argent des allocations versées par l’État ne vient pas de la hotte du Père Noël mais correspondra à une augmentation de taxes quelque part, d’une somme équivalente au minimum à celle des dépenses supplémentaires pour financer cette allocation.

Si vous êtes un lecteur canadien ou suisse, vous avez de la chance, votre pays n’a pas encore atteint un niveau de taxes catastrophiques qui gangrène l’économie de votre pays. En revanche, si vous êtes Français ou Belge, la dernière chose dont a besoin votre économie c’est une augmentation massive des impôts et taxes.

Des taux d’imposition plus élevés, c’est aussi une tentation plus grande de les éviter, donc cela entraînera plus d’évasion fiscale (fuite des riches/capitaux vers des pays avec moins de taxes), d’optimisation fiscale (astuces dans la manière de placer son argent pour éviter les taxes tout en restant dans la légalité) et de fraude fiscale. Pour compenser ces pertes, il faudra augmenter encore les impôts et taxes.

L’illusion fiscale

Un autre problème de l’allocation universelle est qu’elle va répandre l’idée selon laquelle nous sommes dépendants de l’État et non de notre travail pour vivre. En effet, avec cette allocation, même ceux qui travaillent auront l’impression qu’ils doivent en partie leur revenu à l’État. En réalité, les gens qui travaillent paieront plus en taxes pour financer l’allocation que l’allocation qu’ils reçoivent. C’est inévitable, car leurs impôts sont censés financer l’allocation pour eux ET ceux qui ne travaillent pas.

Imaginons par exemple, que parmi la population recevant l’allocation (donc a priori tous les adultes citoyens du pays), il y en ait 50% qui payent l’impôt servant à la financer (ce n’est pas réaliste, c’est juste pour que le calcul soit simple à comprendre). Il faut donc qu’un citoyen imposable finance sa propre allocation et celle d’un autre citoyen non imposable. Donc en moyenne un citoyen imposable payera 1000 € d’impôt pour financer l’allocation.

Vous me direz « les gens qui travaillent comprendront bien qu’en fait, ils perdent 500€ et donc ne sont pas vraiment assistés ». Ma réponse est que les gens sont malheureusement trop ignorants pour faire ce calcul. Vous pensez que non ? Prenons un exemple en France : si vous recevez des allocations familiales, vous connaissez sûrement leur montant exact. Mais savez-vous combien vous PAYEZ pour les allocations familiales ? Peut-être faites vous partie des travailleurs indépendants (minorité en France) qui font explicitement un chèque à l’URSSAF pour financer les allocations familiales. Mais si comme la majorité des Français vous êtes salarié, vous ignorez probablement combien vous coûtent les allocations familiales. Si vous recevez cette allocation, peut-être en fait payez-vous plus d’impôts pour la financer que ce qu’elle vous rapporte en fait. Honnêtement, avez-vous déjà fait le calcul ?

Cet exemple montre qu’existe une grande « illusion fiscale ». Quand on parle d’impôts, les gens ne savent pas ce qu’ils payent vraiment. Les politiques pourront donc facilement vous faire croire que vous ne payez pas beaucoup d’impôts pour financer l’allocation.

Vous voulez un autre exemple encore plus vicieux ? Les politiques pourraient décider de financer l’allocation par une augmentation des charges patronales. C’est l’illusion parfaite, vous faire croire que « ce sont les patrons qui paient ». Mais la réalité est tout autre : si les politiques décident d’augmenter de 100€ les cotisations patronales, ces 100 € peuvent en fait se répartir sur :

  1. les bénéfices des actionnaires et patrons qui vont baisser,
  2. les prix des marchandises créées par les entreprises qui vont augmenter, vous allez donc payer la taxe quand vous achetez des produits,
  3. une baisse des salaires.

Les partisans des charges patronales essayent de vous faire croire les 100€ se porteront sur le cas 1 uniquement, donc sans aucune augmentation des prix et diminution des salaires. Il est vrai qu’à court terme, le cas 3 ne peut pas jouer car les contrats sont déjà signés et on ne peut pas baisser les salaires des employés actuels. Et il est difficile d’augmenter les prix à cause de la concurrence des produits importés, qui eux n’ont pas eu à subir l’augmentation des charges patronales dans leur pays. Donc à court terme, la perte sera peut-être en grande partie pour les actionnaires.

Mais à long terme, si les entreprises veulent attirer des capitaux, elles devront proposer des rémunérations des actionnaires « à la hauteur » donc ne pourront pas diminuer indéfiniment la rémunération des actionnaires. Donc à long terme l’entreprise devra limiter l’augmentation du coût de sa main d’œuvre. Ce coût étant composé des charges patronales et des salaires, l’augmentation des charges patronales devra être compensée par une baisse des salaires. Notons qu’il n’y a pas besoin d’explicitement proposer des salaires plus bas « en nombre d’euros » mais il suffit d’augmenter moins vite que l’inflation.

C’est probablement à long terme en grande partie ce qui se passe, et sur les 100€ d’augmentation de charges, une grande partie pourrait finir par devenir une baisse de salaire. On pourrait donc avoir une répartition comme 70€ de perte de salaire par salarié, 20€ répartis sur l’augmentation des prix des produits et 10€ répartis en pertes sur les actionnaires.

Mais le plus inquiétant est que je donne ces chiffres au hasard et que personne ne peut mesurer la répartition réelle ! Autrement dit, personne ne sait qui paye et en quelle proportion les charges patronales ! En fait, le simple fait que ces taxes soient nommées « charges patronales » démontre que le gouvernement vous prend pour des idiots et pense que vous allez vraiment croire qu’elles sont payées par les patrons. La très large majorité de la population y croit malheureusement. Si on crée une taxe sur les vaches, ce ne sont pas les vaches qui vont la payer.

Tous les ingrédients sont donc réunis pour une belle proposition démagogique. Une allocation bien visible financée par des taxes bien cachées. « Vous aurez de l’argent gratuit, vous ne paierez rien ! » Qui refuserait ?

La dangereuse pente

Cela nous amène au dernier danger, qui n’est qu’une conséquence de ce que j’ai expliqué précédemment. Si la population a l’illusion qu’elle ne paye pas la taxe finançant l’allocation (« ce sont ces salauds d’actionnaires qui payent ! »), elle votera pour une augmentation progressive de l’allocation. Plus elle augmentera, plus la somme obtenue sans travail augmentera, plus le « bonus » obtenu en travaillant sera faible, car amputé d’une somme de taxes toujours plus élevée, moins il sera intéressant de travailler. Moins de personnes qui travaillent, c’est un nombre plus faible de gens à taxer, donc pour compenser il faudra encore augmenter les taxes, qui à leur tour décourageront encore plus le travail. Ce cercle vicieux pourrait amener à l’effondrement total de l’économie.

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