Des dérives à l’état d’urgence ? Quelle surprise !

Les dérives liées à l’état d’urgence se multiplient et le retour à la normale ne semble pas pour demain.

Par le Parisien libéral.

So true we had enough credits Nicholas Komodore (CC BY-NC-SA 2.0)

L’état d’urgence, loi d’exception décrétée après les attentats du 13 novembre, a engendré « un certain nombre de dérives », a dénoncé hier matin le Défenseur des droits Jacques Toubon sur France 2.

Selon Jacques Toubon, « au fur et à mesure, on va s’apercevoir qu’il y a un certain nombre de cas dans lesquels les mesures de restriction de liberté qui ont été prises ont été excessives ».

Rappelons que l’état d’urgence est une forme d’état d’exception qui restreint les libertés. Il « confère aux autorités civiles, dans l’aire géographique à laquelle il s’applique, des pouvoirs de police exceptionnels portant sur la réglementation de la circulation et du séjour des personnes, sur la fermeture des lieux ouverts au public et sur la réquisition des armes ». Il dessaisit la justice de certaines de ces prérogatives. Contrairement à l’état de siège, il n’implique pas les forces armées.

Autrement dit, l’action de la police est simplifiée, par l’absence de nécessité de contrôle d’un juge.

Mieux : le Conseil Constitutionnel, oui, le Conseil Constitutionnel, l’autorité qui ne se situe au sommet d’aucune hiérarchie de tribunaux, ni judiciaires ni administratifs, et qui est chargé de l’étude de la conformité à la Constitution des lois et de certains règlements dont il est saisi, vient de valider une des applications parmi les plus controversées de l’état d’urgence, les assignations à résidence de militants politiques, écologistes en l’occurrence.

Rappelons que, parce qu’ils pouvaient représenter une menace pour la COP 21 en raison de leur opposition aux idées du gouvernement, des personnes ont donc été forcées de rester chez elles et d’aller pointer au commissariat trois fois par jour.

Mais, direz-vous, qu’est-ce que tout cela peut bien faire ? Après tout, les attentats du 13 novembre ont bien existé. Il y a bien un terrorisme djihadiste contre lequel il faut lutter. Et, si les juges du Conseil Constitutionnel estiment qu’une assignation à résidence ne constitue pas « une atteinte disproportionnée à la liberté d’aller et venir », ne restons-nous pas dans le cadre d’un État de droit ?

Il y a quand même quelques problèmes liés à cette situation.

La gauche socialiste et écologiste française adopte le langage de George W. Bush

Le premier des problèmes, le moins grave pourrait-on dire, est lié au décalage entre les raisons pour lesquelles Hollande a été élu président en 2012, et son positionnement politique actuel. Hollande n’a-t-il pas gagné contre Sarkozy notamment parce que ce dernier, avec la Loppsi, Hadopi, l’admiration pour W. Bush ou les bavures policières, semblait être une menace pour la démocratie ? Comment, aujourd’hui, Hollande peut-il, rétrospectivement, nous expliquer que lui protège les valeurs françaises là où son prédécesseur les bafouait ? Qui a adopté la Loi de Programmation Militaire liberticide ? La Loi Renseignement ? Qui a maintenu les extensions au secret défense créées sous Sarkozy ? Qui lance la France dans des expéditions militaires punitives ? Autrement dit, Hollande ne rend-il pas hommage à ceux dont il disait se défier ?

La lutte anti terroriste nous fait faire n’importe quoi

Depuis le 13 novembre, le plan Vigipirate, en vigueur depuis 1991, est encore renforcé, et des mesures de sécurité sont en vigueur partout sur le territoire, notamment dans les commerces ou dans les transports en commun.

Logiquement, chacun se dit qu’il faut bien faire quelque chose.  Mais faut-il faire des choses coûteuses et illogiques, comme l’installation de portiques de sécurité sur les quais d’accès au Thalys, dans le seul but de faire de l’affichage politique? La SNCF va dépenser 5 millions d’euros par an pour mal sécuriser les deux quais de départ du Thalys. « C’est une dépense politique inutile, imposée par Ségolène Royal, qui contrevient à l’esprit du Thalys, le train de la liberté de circuler dans la zone Schengen, et que personne, bien sûr, n’a le droit de contester », note le journaliste de BFM Business, Stéphane Soumier.


Faut-il étendre les portiques de sécurité à… par BFMTV

Juste une question pratique : est-ce que vous pensez que les gardes, armés, de Royal, Hollande et des autres, passeront, eux, au détecteur de métal sous les portiques de sécurité ?

L’état d’urgence de 3 mois, ce n’est que le début

Le 17 novembre, on nous a dit que l’état d’urgence durerait trois mois.

Aujourd’hui, non seulement la révision constitutionnelle pourrait permettre de pérenniser cet état de fait, mais de plus, la garde des sceaux, Christiane Taubira, veut autoriser les perquisitions de nuit hors de l’état d’urgence. Autrement dit, le retour à la normale, c’est à dire à la situation antérieure, ne semble pas au programme.

Mais, qu’est-ce que des portiques de sécurité ou des perquisitions de nuit peuvent faire, si on a rien à se reprocher ?

Admettons que les bavures liées aux perquisitions faites dans le cadre de l’état d’urgence n’en soient pas. Après tout, pour le moment, seuls des radicaux proches des islamistes semblent se plaindre.

Simplement, on sait ce qu’il advient. D’abord les locaux de l’ONG controversée Baraka City, pro palestinienne, ensuite de simples femmes voilées que les policiers, selon leurs dires, auraient insulté et tripoté (allô les féministes de gauche, vous êtes où ?)

Ne serait-il pas temps de relire le poème de Niemoller et de se dire que, si la France n’est pas le régime national socialiste de l’Allemagne des années 1930, le meilleur moyen pour que nous ne le devenions pas réside précisément dans la fermeté sur les principes et valeurs ?

À droite non plus, nous n’entendons rien. Pourtant nous savons, depuis la Manif pour Tous, que la police n’est pas forcément l’amie du peuple.

Ne nous laissons pas avoir par la diversion sur la déchéance de nationalité, même s’il est un peu hallucinant que Christiane Taubira aille en discuter en Algérie avant de venir s’expliquer dans les médias nationaux. Oublions même le fait qu’il s’agit d’une mesure que le Parti Socialiste présentait comme étant d’extrême droite, il y a quelques années seulement.

Le fait est que l’essentiel de l’état d’urgence est validé et que la France est donc devenue un régime d’exception, dans lequel la séparation des pouvoirs est devenue une référence théorique. Ne lit-on pas des nouvelles du type le gouvernement va légiférer ?

Oui, l’exécutif légifère au lieu d’exécuter. On se demande bien pourquoi nous élisons des législateurs.

Nous sommes dans la période de Noël, et les Français ont d’autres préoccupations que l’indignation contre des lois qui, de prime abord, apparaissent comme étant une réponse juste aux attentats du 13 novembre 2015. Mais des journalistes et des juristes nous disent que les dérives sont là. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas !

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