FN : l’héritage empoisonné des années Mitterrand

Affiche de campagne de François Mitterrand en 1981 credits Parti socialiste via Flickr ((CC BY-NC-ND 2.0))

Un reportage d’Arte sur Mitterrand nous rappelle ce que les Français doivent à Mitterrand pour la montée du FN.

Par Geneviève Frixon.

Affiche de campagne de François Mitterrand en 1981 credits Parti socialiste via Flickr ((CC BY-NC-ND 2.0))
Affiche de campagne de François Mitterrand en 1981 credits Parti socialiste via Flickr ((CC BY-NC-ND 2.0))

Une surprise de taille le 14 décembre sur Arte, au lieu du sempiternel documentaire édulcoré d’un François Mitterrand en « Dieu le père » se promenant avec son labrador préféré, les nuances roses ont été remplacées par le côté obscur de la force tranquille.

Le cinéaste documentariste William Karel à qui nous devons ce portrait à la Dark Vador, revisite l’icône politique des années 1980 sans langue de bois, sans artifice, la vérité toute crue jugée « hargneuse » par l’ancien ministre de la Culture et actuel président de l’Institut du Monde Arabe, Jack Lang qui se dit choqué par cette réalisation sur une chaîne qui a pourtant toute sa sympathie idéologique.

Ce documentaire arrive à point nommé après la victoire, par défaut plus que par conviction, des Républicains dans sept régions. En mettant en lumière les dessous de l’arrivée de Jean-Marie le Pen sur la scène médiatique, orchestrés par François Mitterrand et sa fameuse petite phrase « L’unité nationale, ce n’est pas l’uniformité, c’est le pluralisme des opinions, le choc des idées » qui fut le tremplin tant espéré par le leader du FN.

Nous sommes en 1982 et c’est une faveur que lui accorde le chef de l’État, préoccupé par le fait que le PS est repassé sous la barre des 50% aux cantonales. Craignant que la droite reprenne quelque vigueur, François Mitterrand voit la mise en lumière du Front National comme un petit caillou à exploiter afin de déstabiliser le RPR et l’UDF. « Pousser le Front National sur le devant de la scène pour rendre la droite inéligible, c’est une chance historique pour les socialistes ! » lit-on dans le livre d’ Emmanuel Faux, Thomas Legrand et Gilles Perez La main droite de Dieu-Enquête sur François Mitterrand et l’extrême droite.

Toutefois un grain de sable s’est glissé dans les machiavéliques rouages mitterrandistes qui dérangeaient tant Roland Dumas. Ce Golem façonné patiemment par un maitre stratège n’est pas retourné à la poussière sa mission terminée, il s’est fortifié, structuré et a montré sa détermination à exister seul contre tous. Il s’est émancipé sur le terreau des difficultés quotidiennes des Français ballottés de gauche à droite depuis plus de 30 ans, au gré des désillusions et du désespoir ambiant.

Le Front National a dépassé dimanche dernier son record historique du premier tour de la présidentielle 2012, selon les résultats communiqués par le ministère de l’Intérieur.

Bruno Le Maire (LR) sur TF1, parle d’un grand coup de massue sur la tête, et décrit un vieux monde politique en train de mourir sous nos yeux.

Nous ne pouvons que lui emboîter le pas en parodiant Aimé Césaire, un système politique qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux et qui ruse avec ses principes, est un système moribond.

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