Vive l’inflation ! Vraiment ?

Miracle de l’inflation : plus on dépense plus on devient riche ! Mais les choses ne sont pas si simples.

Par Jacques Garello.

inflation - pouvoir d'achat (domaine public)

Mario Draghi, le Président de la Banque Centrale Européen a déclaré vendredi dernier : « Nous ferons tout ce que nous devons faire pour relancer l’inflation aussi vite que possible ». Ça, c’est pour l’ignorance. Il a précisé d’ailleurs qu’il agirait « en utilisant tous les instruments disponibles dans le cadre de notre mandat ». Qui peut croire ça ?

Il fixe sa cible actuelle en fonction de la politique de Janet Yellen, manipulant le taux de change de l’euro par rapport au dollar pour éviter tout risque de hausse de la monnaie européenne : ça, c’est le talent de « Magic Mario ». Le seul financier a pouvoir tenir tête à Draghi est le Premier ministre japonais Shinzo Abe : le Japon est en pleine récession.

Vive l’inflation

Ayant peu de connaissances en économie, la plupart des politiciens sont persuadés que la croissance est le fruit de la dépense globale, le gouvernement se devant de dépenser davantage pour compenser la léthargie des consommateurs et investisseurs privés. Miracle de l’inflation : plus on dépense plus on devient riche !

Pourtant le verdict de l’histoire est sans appel : les civilisations et les nations ont péri dans l’inflation et par l’inflation. Lénine était lucide : « pour vaincre l’Occident il suffira de détruire sa monnaie ».
L’explication est bien simple. La monnaie est pouvoir d’achat, ayant pour origine la rémunération d’une personne ayant contribué à la production marchande. Fabriquer de la monnaie en quantité arbitraire, ce que peut faire une banque centrale publique, c’est « distribuer de faux droits » (Jacques Rueff), créer un pouvoir d’achat sans contrepartie réelle.

L’inflation a un premier effet, immédiat et mécanique : les prix augmentent, mais dans le désordre, et faute de signaux des prix le marché est désorienté, faute d’anticipations fiables. Le « malinvestissement » (Hayek) orientera les moyens vers des activités et des entreprises sans lendemain. Les débiteurs ou les faillis ou les fainéants n’ont aucun souci à se faire. Voici donc le deuxième effet, à plus long terme et psychologique : une prime est donnée à l’insouciance, à la spéculation, à l’argent facile, au court terme. La confiance et la prévoyance disparaissent, c’est la victoire de la cigale sur la fourmi. C’est le mensonge généralisé.

La politique européenne de relance

Le traité de Maastricht instituant l’union monétaire avait donné à la Banque Centrale une mission très explicite : stabiliser la monnaie, éviter l’inflation. La BCE se voit assigner un plafond à 2% de hausse du niveau général des prix. Quelle maladresse ! Les gouvernements et les magiciens de la finance en ont déduit que 2% était le niveau « normal » d’inflation. Mario Draghi soutient que son devoir est d’atteindre par tous moyens les 2%. Quand les prix baissent, comme c’est le cas à la suite de la chute des cours du pétrole mais aussi de la concurrence mondiale, au lieu de se réjouir, puisque les Européens bénéficient d’un supplément de pouvoir d’achat, on s’alarme du danger de la déflation, on y voit la cause du chômage.

Alors, à l’instar de la Fed américaine, Mario Draghi lance la BCE dans le QE (quantitative easing, assouplissement quantitatif). Aucune digue ne peut résister à la vague d’émission monétaire incontrôlée. Mais, en dépit de l’opposition allemande, la majorité des gouvernants en sont ravis. La dévaluation de l’euro ne va-t-elle pas relancer les exportations européennes et freiner les importations ? Croissance et emploi vont repartir. Pourtant, des milliers d’observations pendant plus d’un siècle (Friedman) permettent d’affirmer que l’inflation ne diminue pas le chômage, elle l’augmente !

Abenomics : harakiri économique

Il y a d’ailleurs une preuve irréfutable et actuelle des méfaits de l’inflation : c’est le résultat de
la politique suicidaire menée depuis 2013 par Shinzo Abe, Premier ministre japonais. Il a demandé à la Banque du Japon de doubler la masse monétaire en un an ! Certes le yen s’est déprécié, mais également l’économie japonaise ! Après un trimestre qui a pu faire illusion (1,2 % au début 2014), la récession s’est déclarée, plongeant dans la récession ensuite (baisse du PIB de 2%), et le scénario s’est reproduit en 2015 : une reprise au début 2015 fait place à une nouvelle récession (actuellement 0,2%) et nul ne croit à une reprise. Comme en Europe, la politique a conduit l’État japonais à s’endetter : 200 % du PIB (on sait que le maximum toléré par Maastricht est de 60 %), mais il est vrai que cette somme est due à des Japonais, les investissements japonais à l’étranger étant toujours très élevés.

À vrai dire le suicide japonais serait dramatique pour l’économie mondiale, dont le Japon est la troisième puissance. Certains donnent à Abe le conseil de relancer la dépense publique…

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