Régionales 2015 : l’ensemble de la classe politique a perdu

Le Parti Socialiste et Les Républicains pourront-ils continuer comme avant, sans aucune remise en question ?

Par Nathalie MP

Nous avons donc enfin les résultats des élections régionales. Non pas que ces élections auront un impact colossal sur nos vies quotidiennes. Les régions gèrent un budget qui représente 2,5% du budget total de la France et leurs compétences principales, transports et lycées, dépendent largement de décisions nationales. Mais « enfin », car elles ont pris une tournure politique particulièrement aiguë lors du premier tour qui a placé le Front national en tête des partis avec 28% des suffrages exprimés et plus de 6 millions de voix, l’abstention se situant à 50%. Cependant, comme on commençait à le pressentir pendant l’entre-deux tours, le formidable score du Front national a finalement débouché sur un échec assez retentissant : le parti de Marine Le Pen, présent dans toutes les régions au second tour, n’en a décroché aucune. La gauche en obtient cinq en métropole et la droite sept. L’abstention recule à 41,3%. 

Tableau des résultats

régionales 2e tour

– Alsace Champagne-Ardenne Lorraine : 48% (Droite) – 36% (FN) – 15% (Gauche)
– Aquitaine Limousin Poitou-Charentes : 44% (Gauche) – 34% (Droite) – 22% (FN)
– Auvergne Rhône-Alpes : 41% (Droite) – 37% (gauche) – 23% FN
– Bretagne : 51% (Gauche) – 30% (Droite) – 19% (FN)
– Bourgogne Franche-Comté : 35% (Gauche) – 33% (Droite) – 32% (FN)
– Centre Val-de-Loire : 35,4% (Gauche) – 34,6% (Dr) – 30% (FN)
– Île-de-France : 44% (Droite) – 42% (Gauche) – 14% (FN)
– Languedoc Roussillon Midi Pyrénées : 45% (Gauche) – 34% (FN) – 21% (Droite)
– Nord Pas-de-Calais Picardie : 58% (Droite) – 42% (FN)
– Normandie : 36,4% (Dr) – 36,1% (Gauche) – 28% (FN)
– Provence Alpes Côte d’Azur : 54% (Droite) – 46% (FN)
– Pays de la Loire : 43% (Droite) – 38% (Gauche) – 20% (FN)

– Corse : 35% pour la liste régionaliste de Gilles Siméoni
– Réunion : 53% (Droite) – 47 % (Gauche)
– Guyane : xx
– Guadeloupe : xx
– Martinique : xx

La répartition des sièges se fait selon la règle suivante :

« Au second tour, la liste qui arrive en tête obtient un quart des sièges à pourvoir. Les autres sièges sont répartis à la représentation proportionnelle entre les listes ayant obtenu au moins 5% des suffrages exprimés au second tour. »

Ainsi, dans les douze Conseils régionaux de la métropole, la droite aura 778 sièges, la gauche 539 sièges et le FN 354 (sauf erreur de calcul de ma part).

En voix, les fusions et désistements de l’entre-deux tours ne permettent pas de situer valablement la droite et la gauche. Par contre, le FN, inchangé dans son périmètre, progresse encore en totalisant 6,8 millions de voix tout en stagnant à 27,3% des suffrages exprimés en raison de la plus forte participation.

Par force politique

  • Avec cinq régions sur douze en métropole, la gauche fait mieux que ce qui était prévu avant les attentats de novembre, compte tenu de l’échec de ses politiques sur le plan économique comme sur le plan de la sécurité intérieure, mais moins bien que ce qu’elle s’imaginait pouvoir réaliser après le premier tour malgré les ralliements des verts et du Front de gauche.
  • À l’inverse, la droite qui n’avait pas vraiment performé au premier tour se retrouve en première position pour le nombre de régions gagnées (sept). On est loin d’une vague bleue, mais les apparences sont pour ainsi dire sauves.
  • Le Front national n’obtient finalement aucune région, mais il arrive en deuxième position non seulement en NPDCP et PACA, régions de duels avec la droite, mais aussi en Alsace Champagne-Ardenne Lorraine et en Languedoc Roussillon Midi Pyrénées où il était confronté à des listes de droite et de gauche. Au total, il aura 354 élus dans les douze conseils régionaux de métropole, alors qu’il en avait 118 dans la précédente mandature. Il continue donc sa progression dans toutes les instances politiques du pays.

Que penser de tout cela ?

Le Front national se retrouve dans une situation qui lui plait beaucoup. Aurait-il gagné des régions, qu’il aurait pu crier victoire et broder sur l’élan qui le porte vers la présidentielle de 2017. Mais la victoire est toujours à double tranchant car ensuite il faut montrer de quoi on est capable ou incapable. Dans les circonstances actuelles, le Front national échappe à toute situation immédiate de responsabilité. Il reste dans l’opposition et peut se consacrer à ce qu’il fait le mieux : se poser en victime des petits arrangements de l’UMPS, et broder sur l’élan qui le porte vers 2017.

Est-il anormal qu’un parti qui a recueilli 28% des voix ne soit pas « représenté » ? Eh bien en réalité, le FN est représenté puisqu’il a 354 élus. Au premier comme au second tour, il était présent dans les douze régions de la métropole. Les Français ont eu tout loisir de voter pour lui. À l’issue du vote, qui a vu se mobiliser beaucoup plus d’électeurs qu’au premier tour, aucune région ne lui a donné la première place. Ce n’est pas une conspiration, c’est le résultat du vote. Le fait que le Parti socialiste ait retiré ses listes en NPDCP et PACA a bien sûr beaucoup joué, mais c’est là aussi le jeu normal des élections et du tripartisme. Notons que dans ces deux régions la gauche n’a plus aucun élu régional. Aujourd’hui, il me semble qu’on peut dire que le FN est un parti comme les autres, avec les mêmes possibilités que les autres et les mêmes accès aux électeurs. Mais il a perdu les élections. Ça arrive.

On peut se réjouir de l’échec de Marine Le Pen dans le Nord. Son programme est non seulement désastreux, il est borné. Sa morgue comme sa vulgarité étudiée sont insupportables, et l’idée de remédier au manque de libéralisme de la politique française par un projet complètement fermé et encore plus étatiste que ce qui se pratique actuellement est absurde.

Toujours est-il que le résultat du premier tour qui a octroyé la première place au FN dans six régions a donné des sueurs froides à plus d’un responsable politique. Si au second tour, tout semble « rentré dans l’ordre », si tout le monde ou presque se félicite du « sursaut républicain » etc. etc., ce serait une terrible occasion gâchée que de s’imaginer pouvoir continuer comme avant, sans aucune remise en question. Ce genre de semonce n’est pas nouvelle, on l’a vécue en 2014 pour les Européennes, puis en 2015 pour les Départementales et maintenant pour les Régionales. Au lendemain des votes, tous les responsables politiques jurent la main sur le cœur qu’ils ont entendu les électeurs. Hier soir, par exemple, Nicolas Sarkozy a déclaré :

« Ce serait une grave erreur de passer, comme trop souvent, d’une élection à une autre comme si les Français ne nous avaient rien dit. »

Et puis plus rien, si ce n’est un petit vote par-ci par-là qui vient conforter les avantages des élus ou ceux de leurs amis.

Or il se trouve que si de nombreux  électeurs votent par adhésion directe aux idées du Front national, beaucoup d’autres le font de plus en plus en reconnaissant la totale aberration du programme de ce parti, mais dans l’idée de bousculer notre classe politique. On se demande bien ce que le Parti socialiste pourra tirer comme leçon de tout cela, si ce n’est qu’on commence à entendre des appels pour que la gauche redevienne la gauche, celle dont « l’ennemi, c’est la finance qui n’a pas de visage. » 

Si la gauche doit redevenir la gauche, cela devrait être l’occasion pour la droite de prendre son destin en main en se démarquant une bonne fois pour toutes des politiques collectivistes et étatistes qui sont la marque de ses deux adversaires politiques et qui ne produisent aucun résultat valable. Il serait bien sûr tout à fait contre-productif de se lancer dans un « grand soir » libéral pur et parfait qui renverse tout en un instant. Les Français, tellement habitués à l’encadrement de l’État, doivent être apprivoisés. Il est en revanche parfaitement possible d’imaginer un chemin progressif de réduction du poids de l’État, de réforme de nos structures les plus pénalisantes, à commencer par le marché du travail et notre système éducatif, et de libération des énergies créatrices et innovantes, à commencer par la suppression du principe de précaution, qui ne protège rien mais pétrifie tout.

Rappelons-nous :  Marine Le Pen nous menaçait de la charia dans notre Constitution si on laissait notre sort entre les mains des autres partis, tandis que Manuel Valls nous promettait la guerre civile si on votait pour le FN (et a continué hier soir sur sa lancée). Et n’oublions pas : le Front national, c’est ce parti qui propose de restaurer la peine de mort par référendum, et le parti socialiste, c’est celui qui, au pouvoir aujourd’hui, envisage de rétablir la délation fiscale rémunérée.

Face à tant d’hystérie racoleuse et irresponsable, y aura-t-il juste assez de monde pour avoir le courage de regarder la réalité en face, observer ce qui se passe dans le vaste monde, cesser de compter sur la pensée magique de l’exception française qui justifie toujours les mesures anti-démocratiques et voir enfin tous les immenses bénéfices de la liberté ?


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