Le PS parisien, coupable ami du billard à 15 bandes

Avec le désistement du parti socialiste dans 6 régions, la fracture entre PS parisien et PS de province éclate au grand jour.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Manuel Valls en juin 2014 (Crédits : Parti Socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Le PS parisien, coupable ami du billard à 15 bandes

Publié le 9 décembre 2015
- A +

Par Éric Verhaeghe.

Manuel Valls en juin 2014 (Crédits : Parti Socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.
Manuel Valls en juin 2014 (Crédits : Parti Socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

 

Dans la tectonique des plaques accélérée par la victoire écrasante du Front National dimanche, l’évolution des forces internes au Parti Socialiste constitue probablement l’un des dommages collatéraux les plus inattendus. En annonçant leur désistement dans trois régions « risquées », Valls et Cambadélis viennent en effet de révéler au grand jour une fracture béante entre le PS parisien au sens large, moins menacé qu’ailleurs, et des régions où les militants locaux se sentent floués par les décisions nationales. De là à dire que les bouleversements politiques français sont d’abord un combat de la province contre Paris, il n’y a qu’un pas.

Le PS parisien aux premières loges

L’ironie du sort, et peut-être la crise la plus profonde à gauche, tient d’abord au poids de Paris dans ses instances décisionnaires aujourd’hui. Jean-Christophe Cambadélis est député de la capitale, d’une circonscription où il donne libre cours à des logiques communautaristes telles qu’il en existe à Molenbeek, et telles qu’elles sont combattues par le Front National. S’il existe un Premier Secrétaire peu légitime pour imposer des désistements dans les régions face au Front National, c’est bien lui : le PS en Île-de-France se porte électoralement plutôt mieux qu’ailleurs, et les renoncements du Premier Secrétaire n’engagent pas sa fédération.

La même remarque mérite d’être formulée à propos de Manuel Valls : élu francilien, ancien maire d’Évry, membre du microcosme parisien, le Premier ministre peut difficilement se vanter d’être un bon connaisseur de la province. On comprend le ressentiment des militants locaux face aux décisions expéditives qu’il peut prendre.

Le PS parisien et les parachutés

billard socialiste rené le honzecLes mauvais esprits noteront d’ailleurs que l’annonce du désistement au second tour au titre du « front républicain » s’est faite sans broncher de la part des élus « parachutés ». Martine Aubry dans le Nord, mais parachutée parisienne, n’a manifestement guère de problème pour endosser le discours bobo de la lutte à tous crins contre le FN. Christophe Castaner, qui a commencé sa carrière politique comme directeur de cabinet de Tony Dreyfus, maire du 10è arrondissement de Paris, non plus.

En revanche, Jean-Pierre Masseret, que les états-majors parisiens ne tiennent pas, fait de la résistance. Là encore, le combat entre Paris et la province est éclatant.

Le PS parisien et la cohérence face au FN

Pour justifier leur décision de ne pas prendre part au second tour dans trois régions (mais pas dans les autres), Valls et Cambadélis invoquent le principe du front républicain. C’est un choix conforme à la doctrine officielle. Selon la formule consacrée, et dont le sens paraît de plus en plus dérisoire et vain, « il faut faire barrage au Front National ». Cette obsession justifie que les hiérarques socialistes appellent publiquement à voter pour les ennemis d’hier contre les ennemis de demain.

Soit dit en passant, cela fait quand même bizarre d’entendre le Premier Secrétaire du Parti Socialiste dire solennellement « J’appelle à voter Xavier Bertrand », et plus encore « J’appelle à voter Christian Estrosi ». Il est parfois des mots simples qu’on prononce parce qu’ils semblent évidents, mais dont on mesure mal la portée. En l’espèce, le barrage contre le Front National se justifie au nom de la démocratie. Mais c’est quoi une démocratie où Manuel Valls s’écharpe avec Christian Estrosi à l’Assemblée Nationale, en échangeant régulièrement des noms d’oiseaux, et où ils font alliance au moment des élections ?

Les responsables des partis de gouvernement ont-ils clairement mesuré que cette pratique de combinazioni constitue un cancer aussi grave que le mal dont ils prétendent nous prémunir ? En tout cas, ils voudraient décrédibiliser la parole politique qu’ils ne s’y prendraient pas autrement.

Le PS parisien et ses deux poids deux mesures

Selon la tradition du PS parisien, les lignes avancées au niveau national sont forcément à géométrie variable. On se désiste dans le Nord, en Provence et en Lotharingie, mais pas dans le Centre, ni en Franche-Comté, ni dans le Languedoc, ni ailleurs. Vérité en-deçà de la Loire, erreur au-delà.

Inévitablement, ces ruptures d’égalité interrogent le citoyen qui voit bien que, derrière les apparences de cohérence, le calcul politicien a repris ses droits. Pendant un moment, on a sorti les mouchoirs et porté la main sur le cœur en signe de respect. Mais réflexion faite, la manœuvre est puante : elle constitue un énième calcul dont le PS parisien est coutumier, et dont il asperge désormais les puissantes fédérations du Nord et des Bouches-du-Rhône qui furent à une époque des faiseuses de rois. Et l’on se dit  : indécrottablement, le PS parisien agit avec des plans compliqués, des intentions cachées qui font la fortune du FN.

Le PS parisien et 2017

À long terme, on devine la logique qui est à l’œuvre ici. Le PS parisien sacrifie trois régions pour mieux demander, en 2017, la réciproque aux Républicains. La machination est ici vue de longue date. François Hollande a laissé la désunion à gauche s’installer depuis plusieurs mois, histoire de montrer à ses troupes les risques encourus en cas de persévérance dans l’erreur. Continuez comme ça et 2017 sera un remake de 2002. Vous voyez bien que le bon sens est de se rassembler dès le premier tour.

Dans cette seule hypothèse, Hollande se dit qu’il a une chance d’être au second tour face à Marine Le Pen. S’il veut gagner face à elle ce jour-là, il aura bien besoin du soutien des voix de droite. Il le sait et il prépare d’ores et déjà le terrain face à un Sarkozy bien décidé à ne pas s’en laisser compter.

Dans ce bel ordonnancement machiavélique, François Hollande oublie une seule donnée : ce que les Français rejettent, c’est d’abord cette façon-là de faire de la politique. Et rien ne lui prouve qu’une éventuelle consigne de vote donnée par Sarkozy en 2017 sera mieux suivie que celle que ses sbires donnent à ses troupes aujourd’hui.

Mais parfois on se demande si les dirigeants socialistes ont encore une claire conscience de ce qu’est le billard à 15 bandes, leur sport favori.


Sur le web

Lire sur Contrepoints notre dossier élections régionales

Voir les commentaires (11)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (11)
  • Qui écoute les consignes de votes des politiciens professionnels ? Sérieusement.

    • Tout le monde. Même s’ils ne les respectent presque jamais, les consignes influencent les gens, pas que les partisans d’ailleurs : ce genre de consigne est bien plus impact ante chez les abstentionnistes et les votants des autres partis que chez les gens auquel elle est destinée.

  • Billard à 15 bandes : jolie formule.
    Le PS parisien s’en fout des élus locaux, eux auront toujours leur place bien au chaud.
    Vous n’allez pas assez loin dans la collaboration gauche-droite vs FN : Imaginez donc une primaire gauche-droite pour avoir un seul candidat à opposer au FN dès le premier tour.

  • C’est pathétique de voir Hollande tout sacrifier pour pouvoir rester à l’Elysée. Ça s’appelle comment déjà, un pouvoir quu veut se maintenir « à tout prix »?

  • Article intéressant mais qui se concentre sur le rapport entre la direction parisienne du parti et les antennes provinciales. Ce qui est effectivement de nature à faire les choux gras du FN qui pointera de nouveau cette élite parisienne déconnectée du terrain et sourde face aux attentes des citoyens.

    Mais en Ile-de-France, la fusion des listes de gauche a donné lieu, aussi, a de magnifiques pratiques de combinazioni. Dans mon département, le Val d’Oise, la tête de liste PS du premier tour se retrouve troisième sur la nouvelle liste; la nouvelle tête de liste est un écologiste qui était tête de liste du premier tour en… Val de Marne : bah oui, on fusionne et on change de département, c’est open bar à gauche !

    On retrouve la même chose avec l’Essone : la tête de liste ne change pas mais sa première colistière était tête de liste à Paris pour EELV ce week-end ! Toutes ces migrations départementales, ça doit être un dommage collatéral du réchauffement climatique. 😛
    Rajoutons à cela Clémentine Autain première colistière de Bartolone en Seine Saint Denis : le FG c’est très fréquentable comme parti pour un socialiste.

    Pour finir quelques extraits d’une entrevue accordée par Bartolone au Parisien de ce jour. Il va relancer l’activité économique en facilitant les démarches pour créer des entreprises (comment ? c’est un mystère), et cela dès les cent premiers jours, avec au passage 15000 emplois subventionnés : 5000 dans la fonction publique, 10000 dans les transports. Lorsque le journaliste lui demande ce qu’il fera dans les transports comme Pierre Laurent, tête de liste FG-PCF avec qui il a fusionné, proposait la gratuité des transports pour les moins de 18 ans et la carte à 35€ pour les seniors, M. Bartolone répond tout de go qu’il ne s’engage que pour la gratuité pour les moins de 11 ans car il se refuse à dire : « demain, on rase gratis ». J’ai ri ! 😀

    Si le PS parisien se moque complètement de la Province, il ne fait pas mieux avec les franciliens dans le jeu des magouilles électorales. Et selon le sondage du jour, il ne se porte par si bien, il perdrait l’élection pour 2 points : le combat risque d’être serré.

  • Article un peu naïf, c’est le jeu politique, n’importe quel parti ferait la même chose faut arrêter d’idéaliser les stratégies d’entre deux tours hein.
    Vous croyez que ça se passe comment dans les autres pays? Vous reprenez exactement le discours des médias mainstream sur la stratégie de Hollande en 2017.
    J’adore la plupart des pseudo-analyste qui nous expliquent que tous serait explicable par le marché la politique aussi et quand ils se rendent compte que c’est bien plus complexe qu’un simple rapport offre/demande électorale ça verse dand la moraline à 2 sous en nous parlant de machiavélisme.Franchement on pouvait s’attendre à mieux comme analyse.

  • Cette année n’en finit plus d’absurdités. Un tel concentré de mauvaise foi et de mensonges éhontés. Certains continuent de gober, d’autres savent et veulent juste obtenir la becquée. Ne peut-on pas construire un autre monde sans tout ce ramassis d’idiots et de profiteurs?

  • Ce qu’oublie de dire la gauche c’est qu’elle profite largement du Fn qui peut lui donner plusieurs régions. Elle s’est retiré là où elle était sûr d’avoir une défaite cuisante et après, elle a le culot de transformer cela en geste républicain. Au final, si on fait les comptes, la gauche est bien plus avantagé par le FN même si elle se retire de 3 régions ( enfin deux vu que le ps dans le grand est a refusé de suivre les instructions).

  • Une chose est sûre : si le FN remporte des régions, les fonctionnaires encartés PS serviront le nouveau maître avec le même zèle et sans broncher : la soupe avant les convictions et les arrangements avec sa conscience.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

À la suite de la réforme de la Constitution française de juillet 2008, des circonscriptions législatives sont créées à l'étranger pour permettre aux Français établis hors du pays d'élire des députés à l'Assemblée nationale, les Français hors de France n'étaient auparavant représentés qu'au Sénat.

Ces députés, au nombre de 11 (un par circonscription hors de France), ont été élus pour la première fois lors des élections législatives de 2012. Les Français établis hors de France ont voté pour la seconde fois lors des élections législatives... Poursuivre la lecture

Par Patrick Aulnas.

Les élections régionales et départementales de 2021 constituent un évènement historique. Les deux-tiers des électeurs ne se sont pas déplacés. Par indifférence. Ils ont d’autres chats à fouetter. Voilà une leçon dont la classe politique devra tirer toutes les conséquences. C’est urgent.

L’abstention politique a des causes multiples et complexes brillamment analysées par les politologues. Deux facteurs majeurs sont à l’œuvre et s’amplifieront si rien n’est fait : la médiatisation de la conflictualité politique... Poursuivre la lecture

L’abstention est un phénomène complexe qui touche toutes les démocraties des pays développés et la démocratie française en particulier. Elle est devenue l’un des symboles de la crise que les démocraties traversent au XXIe siècle.

La sociologie électorale privilégie l’approche inductive et fait régulièrement le point sur l’évolution du profil des abstentionnistes. L’économie politique préfère l’approche déductive et l’hypothèse de rationalité.

Elle pose une question simple : est-il rationnel de voter ?

Cet article souhaite... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles