Trois erreurs courantes chez les défenseurs du marché libre

taureau wall street credits randy lemoine (licence creative commons)

Trois erreurs que les libéraux doivent éviter pour convaincre.

Par Sandy Ikeda.
Un article de la Foundation For Economic Education

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Les libéraux aiment à se considérer comme plus compétents en économie que les autres familles politiques, et pour l’essentiel, je pense que c’est vrai. Mais il y a au moins trois erreurs que j’entends souvent chez les libéraux quand ils parlent du marché.

Erreur n° 1 : « Le libre marché ne nécessite pas de régulation. »

Un des dangers de discuter avec quelqu’un qui est en désaccord avec vous, ou parfois même qui semble d’accord avec vous, est d’être sourd à ses arguments. C’est vrai des discussions sur la régulation.

Même parmi les libéraux, la question de savoir si nous avons besoin d’une réglementation de l’État est sujet à débat ; par exemple, pour éviter une catastrophe environnementale, pour poursuivre des criminels violents, pour se défendre contre l’agression territoriale.

Nous nous leurrons si nous pensons que, même dans un marché libre, il n’y aura pas de vendeurs sans scrupules essayant de vendre à des acheteurs sans méfiance des produits alimentaires nocifs ou des voitures présentant un danger, des logements de mauvaise qualité, ou qu’il n’y aura pas d’acheteurs sans scrupules qui vont tenter de tromper des vendeurs peu méfiants avec des fausses déclarations au sujet de leur capacité de paiement.

Dans le monde réel, la connaissance est imparfaite. Il est impossible de toujours savoir quand quelqu’un dit la vérité, et les gens sont vulnérables aux opportunistes. Un tel comportement asocial, s’il n’est pas contenu par des normes morales internes, nécessite des contraintes externes, une régulation, d’une façon ou d’une autre. Mais même les libéraux concèdent trop souvent qu’une telle régulation signifie l’élargissement du rôle de l’État.

Si, par « régulation », nous entendons des contraintes externes sur le comportement nocif des acheteurs et des vendeurs, alors les individus au sein de marchés libres doivent bénéficier d’une régulation pour les protéger. L’erreur consiste à croire que seul l’État peut assurer cette régulation, par le biais de la réglementation, en raison du monopole de l’usage légitime de la violence.

Les marchés libres ne libèrent pas seulement les initiatives pour réduire les coûts et innover, mais aussi les capacités d’ingéniosité de personnes ordinaires pour réguler les comportements antisociaux.

Erreur n° 2 : « Les marchés s’auto-régulent »

En soi, cette affirmation n’est pas une erreur à condition de comprendre qu’il s’agit d’un raccourci dans un raisonnement plus complexe. Mais quelqu’un ignorant les bases de l’économie risque d’identifier libre marché et univers magique.

Pire encore, les adversaires du libéralisme se plaisent à caricaturer ce marché où vendeurs et acheteurs sont censés exercer suffisamment de contrôle sur eux-mêmes pour se réguler individuellement, ou ironisent sur ces marchés qui seraient formés d’associations commerciales s’efforçant d’assurer la qualité des produits et les comportements vertueux de ces membres ; ce qui est parfois vrai, mais pas toujours.

Mieux vaut donc bien préciser les choses.

Dans un marché libre, nombre de comportements potentiellement malhonnêtes des vendeurs et des acheteurs sont en effet empêchés par ces contraintes que nous avons internalisées, les « normes ». La vie nous apprend très tôt en quoi il est important de faire confiance et d’être digne de confiance, et qu’il vaut mieux être honnête et fair-play, même quand personne ne regarde. Un marché libre ne pourrait pas prospérer sans ces « fondations hors marché des processus de marché ».

Encore une fois, bien que nécessaires, elles ne seront pas suffisantes pour assurer un bon comportement des acheteurs et des vendeurs, et nous avons besoin d’une régulation. Mais…

… dans un marché libre, l’émergence d’une régulation contraignante empêchant les comportements peu scrupuleux ne vient pas de l’État, mais de la concurrence. C’est la pression de la concurrence qui pousse acheteurs et vendeurs à se montrer dignes de confiance et à faire des offres équitables et attrayantes sous peine de perdre de bonnes affaires au profit des autres.

Alors en quoi consiste la concurrence sur le marché ?

Erreur n° 3 : « Les acheteurs et les vendeurs s’affrontent dans le jeu concurrentiel. »

Dans un marché libre, les acheteurs n’affrontent pas les vendeurs, de même que les vendeurs n’affrontent pas les acheteurs. Dans un marché libre, les acheteurs sont en concurrence avec d’autres acheteurs pour formuler aux vendeurs la meilleure demande, et les vendeurs sont en concurrence avec d’autres vendeurs pour offrir aux acheteurs la meilleure affaire.

Souvent, parce que les acheteurs et les vendeurs se retrouvent assis à la table de négociation en vue de l’achat d’une voiture, de la vente d’une maison, ou d’un accord d’entreprise, nous l’associons avec la concurrence sur le marché. Ce n’est pas le cas. Il existe une différence entre un acheteur et un vendeur négociant dans une gamme de prix, et la concurrence existant entre acheteurs et entre vendeurs, concurrence qui va être à l’origine de cette gamme de prix.

Disons que Jack est prêt à descendre jusqu’à 100.000 $ pour vendre sa maison, et que Jill serait prêt à payer jusqu’à 125.000 $ pour l’acquérir. Au sein de ces termes de l’échange, Jack et Jill vont négocier au meilleur prix de leur point de vue et, si l’échange est volontaire, chacun gagnera dans la transaction. Mais si Ralph vend une maison semblable à Jill pour 90.000 $, ce sera bénéfique pour Jill (aux dépens du vendeur Jack). Mais si Alice est prête à donner 140 000 $ à Jack c’est alors Jack qui sera gagnant (au détriment de l’acheteur Jill). La négociation se situe dans l’espace créé par la concurrence.

Et remarquez que la concurrence remet en question les situations de négociation, comme cela se produit quand un accord de cartel de l’OPEP est remis en question par la concurrence des producteurs de pétrole non-OPEP.

En conclusion

Alors, pourquoi la réglementation étatique n’est-elle pas supérieure à la régulation par la concurrence, alors même que la connaissance est imparfaite et qu’acheteurs et vendeurs sont vulnérables ?

Premièrement, les marchés ne nécessitent pas une connaissance précise et complète de la situation. Bien au contraire. Acheteurs et vendeurs sont incités à découvrir les erreurs et à en tirer profit. Si Jill pense à tort qu’elle ne peut pas payer moins de 100 000 $ pour une maison, Ralph a une incitation à voir cela et supplanter Jack, évitant à Jill de payer plus cher. La concurrence est un processus permettant la découverte des erreurs et la correction de ces erreurs.

Deuxièmement, si les hommes et les femmes au sein de l’État ne sont pas plus ou moins égoïstes que les acheteurs et les vendeurs qu’ils réglementent, pourquoi devraient-ils avoir une meilleure information qu’acheteurs et vendeurs cherchant un profit sur le marché, et pourquoi devraient-ils avoir une plus grande incitation à acquérir cette information ? Si un produit est défectueux, qui est le plus susceptible de découvrir et de corriger le problème : un législateur désintéressé qui ne peut pas en tirer profit, ou une foule de concurrents égoïstes qui pourraient en profiter en offrant un meilleur produit ?

Troisièmement, qui régule efficacement les législateurs ? Les processus de contrôle de l’État, le vote, les partis politiques, la dénonciation des abus sont lourds et beaucoup moins efficaces que la régulation par les consommateurs et les producteurs. Et comment s’assurer que le pouvoir coercitif que vous donnez aux bons organismes étatiques de réglementation ne sera pas utilisé à mauvais escient par des législateurs opportunistes et intéressés ?

Sur le marché, les acheteurs régulent les acheteurs, et les vendeurs régulent les vendeurs de façon pacifique, par la rivalité concurrentielle. Au sein de l’État, un tel processus efficace de correction d’erreur n’existe pas.


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