Régionales 2015 : la droite attend son leader

L’analyse de Pascal Perrineau sur les régionales.

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Alain Juppé, François Fillon, Carla Bruni-Sarkozy et Jean-François Copé credits ump photos (CC BY-NC-ND 2.0)

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Régionales 2015 : la droite attend son leader

Publié le 26 novembre 2015
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Par Pascal Perrineau.

Alain Juppé, François Fillon, Carla Bruni-Sarkozy et Jean-François Copé credits ump photos (CC BY-NC-ND 2.0)
Alain Juppé, François Fillon, Carla Bruni-Sarkozy et Jean-François Copé credits ump photos (CC BY-NC-ND 2.0)

Les droites et le centre plongent leurs racines dans les territoires depuis parfois deux siècles. Ces racines sont profondes et éclairent la pérennité politique de ces courants dans des terres où ils président aux destinées des collectivités locales sur le long cours. Tel est le cas dans des territoires comme ceux de l’Ouest intérieur, de la bordure sud-est du Massif central ou encore de l’Est alsacien. La droite et le centre y sont puissamment implantés et n’y ont jamais été défaits sous la Vème République. Par exemple, la droite et le centre contrôlent aujourd’hui  26 des 32 sièges du conseil départemental de Mayenne, 32 des 34 sièges de celui de Vendée, 26 des 35 sièges de Haute-Loire, 22 des 30 sièges du Cantal, 38 des 46 sièges du Bas-Rhin ou encore 32 des 33 sièges du Haut-Rhin. Cette domination, parfois très forte, s’enracine dans de longues traditions liées aux figures qui les ont portées et aux aléas de l’histoire et des choix religieux. Ces terres résistent  même quand les vents sont favorables à la gauche. Elles constituent autant de pôles à partir desquels la droite et le centre partent à la conquête de terres plus incertaines et parfois même de bastions de la gauche. Tel est l’enjeu des prochaines élections régionales des 6 et 13 décembre. Toutes les régions métropolitaines sortantes, à l’exception de l’Alsace, sont contrôlées par la gauche. Celle-ci rassemble presque deux-tiers des sièges de conseillers sortants. Cette hégémonie donne la mesure de l’ampleur de la reconquête électorale qui attend la droite et le centre dans les semaines à venir.

Cette reconquête des territoires régionaux marque la troisième étape d’un processus qui a commencé en mars 2014 avec les municipales, s’est prolongé ensuite par les départementales de mars 2015 et cherche une consécration avec les régionales. Un tel processus n’est pas nouveau. La gauche avait, dans les années 1970, initié une dynamique de ce type lors des cantonales de 1976, des municipales de 1977 et des cantonales de 1979 pour venir transformer l’essai local en victoire nationale en 1981. La droite avait fait de même au début des années 1980 en remportant les municipales de 1983 et les cantonales de 1985 pour gagner ensuite les législatives de 1986. Cependant, en 2015 ce processus de reconquête par les territoires est peut-être plus important que jamais car la droite connaît un malaise au plan national. Tel n’était pas le cas pour la droite en 1986 ou la gauche en 1981. Les appareils et le leadership des grands partis nationaux étaient alors en ordre de bataille et pouvaient aisément relayer au plan national un mouvement initié d’en bas, à partir des territoires. Tel n’est pas le cas aujourd’hui. Le lifting des Républicains n’a pas mis fin au malaise et aux divisions qui s’étaient exprimées avec une grande violence à l’occasion, fin 2012, de la lutte entre Jean-François Copé et François Fillon pour le leadership de l’UMP, l’UDI ne s’est pas remise de l’éloignement de son père-fondateur Jean-Louis Borloo, le Modem se cherche un destin à la suite de l’échec de la stratégie de « l’hypercentre ». Les primaires à venir de la droite donnent à voir une surabondance de prétendants. La nécessité pour la droite et le centre de s’appuyer plus que jamais sur la force et la légitimité du mouvement d’en bas en est d’autant plus renforcée. Or, les territoires et leurs représentants bénéficient encore aujourd’hui d’une confiance politique qui est déniée quand il s’agit des institutions de la représentation nationale. Les seules institutions représentatives qui bénéficient encore aujourd’hui d’une confiance majoritaire sont les institutions locales : conseils municipaux, conseils généraux (devenus départementaux) et conseils régionaux. Toutes les institutions de la représentation nationale sont en dessous –et très nettement- de la barre des 50%. Et d’ailleurs, la seule institution nationale qui tire le moins mal son épingle du jeu est le Sénat c’est-à-dire l’assemblée qui représente les collectivités territoriales.

La droite et le centre ne peuvent reconstruire une alternative crédible qu’en enracinant plus que jamais leur processus de renouveau dans ces territoires légitimes, en espérant que la légitimité d’en bas parviendra à diffuser un peu de cette manne trop rare qu’est la confiance politique vers celles et ceux (partis, leaders de la droite et du centre) qui préparent l’alternance nationale. Le  mouvement d’en haut qui s’organise péniblement n’a d’avenir que s’il rencontre et incarne le mouvement d’en bas. Ce dernier est là et le contrôle retrouvé du terrain communal et du terrain départemental par la droite et le centre le prouve. Sur ces deux derniers terrains, la droite et le centre bénéficient de majorités solides qui jouxtent les 60% d’élus. Reste à savoir si les régionales confirmeront cette reconquête ou si la logique proportionnaliste du mode de scrutin dispersera la dynamique en favorisant un Front national qui n’a qu’une très faible légitimité territoriale et tente plutôt de subvertir  le système par le haut.

La faiblesse des identités régionales, l’apparition de grandes régions sans nom et sans identité, la difficulté à parler des compétences régionales dans une campagne jusqu’à maintenant très nationalisée ne rendent pas la tâche facile à une droite et à un centre enracinés dans les territoires mais à la recherche d’un exutoire national qui tarde à se façonner et à s’incarner. Le rejet dans les territoires des forces qui incarnent la majorité au pouvoir est utile à la droite locale mais il n’est pas suffisant. Les élections régionales sont la dernière des élections intermédiaires où se sont exprimés le vote sanction et la « désélection » de celles et ceux qui sont au pouvoir. S’ouvre maintenant l’ère du choix présidentiel et donc de la construction d’un choix positif, d’une personnalité pour l’incarner et d’un projet afférent. La moitié du chemin de reconquête a été franchie, reste la seconde qui devra aller chercher sa cohérence et son dynamisme dans les victoires locales de la droite et du centre. Ces familles ont beaucoup cru, pendant des décennies, au mouvement d’en haut et à l’homme providentiel. Les temps ont changé. Droite et centre ont retrouvé un centre de gravité territorial, ils n’ont pas encore trouvé une tête susceptible de penser et de faire vivre ce corps vigoureux.

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  • J’écoute assez souvent le propos de Pascal PERRINEAU. Au printemps dernier j’ai eu l’occasion de l’entendre à l’invitation d’un président de conseil général (départemental désormais). Son propos m’avait assez convaincu sauf sur un point où il s’est carrément planté et dont j’avais la certitude qu’i faisait fausse route.

    Il s’agissait de « la guerre » (pas contre Daech… celle de notre leader éclairé) que se livrait Jean-Marie LE PEN et sa fille. Il avait alors déclaré que cette confrontation allait lui faire perdre deux ou 3 points dans les sondages. Sur le moment il n’était pas encore question de la guerre contre DAECH. Cela démontre, à mon humble avis, que les politologues, les politiques, les médias sont loin des préoccupations des gens de la base. Si ces gens là venaient plus souvent sur le terrain ils s’apercevraient que le peuple est usé des pitreries mais aussi des actions ineptes de la majeure partie de nos politiques. Si ces pitreries n’avaient pas de conséquences sur notre quotidien, ce serait spectacle…gratuit (pas tout à fait avec la facture fiscale) !

    Au delà de cet aparté, l’auteur a raison et a visiblement conscience de cette urgente nécessité pour nos politiques d’aller tâter plus souvent du terrain et surtout tenir compte (car ils prétendent écouter mais en tout cas n’en tiennent pas compte) de ce qui se dit. C’est par là que passe l’union nationale : des politiques proches, à l’écoute, respectueux des gens en prenant en compte ce qu’ils expriment. Nous en sommes encore loin pour une grande majorité.

    L’union nationale, si chère à notre leader éclairé, ne doit pas exister seulement lors d’évènements dramatiques mais chaque jour qui passe, elle est le socle de notre société sur lequel des choses importantes peuvent être construites. Actuellement, hormis l’évènement actuel où beaucoup ne se rendent même pas compte que HOLLANDE navigue pour lui et sa réélection, nous en sommes aux antipodes. Nous sommes plus proche de la désunion nationale et à des années lumière de la France apaisée qu’il avait promise.

    • Autant je partage avec vous la défiance (douce litote) que m’inspire le dessus du panier (de crabes) des Républicains, autant je doute pour les autres, ceux d’en bas. A mon humble avis, les citoyens ne les détestent pas parce qu’ils ne les connaissent pas et que leurs pitreries se font à plus petite échelle dans ce pays hyper centralisé. Mais c’est tout.

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L'entrepreneur Sébastien Laye a déposé sa candidature pour la présidence des Républicains. Sébastien Laye est diplômé d’HEC Paris et de Sciences Po Paris et titulaire d’un Commercial Real Estate Executive Education Program du MIT (Boston). Entrepreneur dans le domaine de l’immobilier et du financement de l’immobilier (en Europe et aux États-Unis).

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Je m’appelle Guillaume Kiefer, j’ai 39 ans et je suis l’heureux papa de 2 garçons et de 2 filles de 2, 4, 8 et 9 ans. Dans la vraie vie, après des études de droit public, je suis devenu cadre commercial dans l’import. Sur le plan politique, après une décennie à tourner autour du pot, j’ai adhéré à LR il y a un an et demi et suis aujourd’hui délégué de la sixième circons... Poursuivre la lecture

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