Ces pays communistes qui polluaient

Raphaël Thiémard-Berlin 1989 (CC BY-SA 2.0)

Quel est le lien entre la chute du mur de Berlin et le Protocole de Kyoto ?

Par Youri Chassin
Raphaël Thiémard-Berlin 1989 (CC BY-SA 2.0)
Raphaël Thiémard-Berlin 1989 (CC BY-SA 2.0)

 

La Conférence de Paris sur les changements climatiques s’ouvre dans 10 jours seulement. Permettez-moi d’avoir une petite pensée pour Paris en commençant, après les terribles attentats de vendredi dernier. Rien ne sera pareil à l’avant 13 novembre pour les Parisiens, mais on peut déjà constater qu’ils ne se laissent pas abattre. Au contraire, la vie parisienne continue et la Conférence sur les changements climatiques aura bien lieu.

Avec la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, débute la chute des régimes communistes dans les pays du bloc de l’Est. Dans la foulée, de profondes transformations s’opèrent, tant sur le plan social que politique et économique. L’industrie lourde héritée des pays communistes s’effondre et, avec elle, les émissions de GES de ces pays. En Russie, par exemple, les émissions de GES ont diminué du tiers en 4 ans (1990 à 1994).

Les résultats sont spectaculaires pour plusieurs pays et pour plusieurs gaz différents qui renforcent l’effet de serre naturel de notre atmosphère. En moyenne, les oxydes d’azote (NOx) ont chuté de 51 % et les oxydes de soufre (SOx) de 84 % entre 1990 et 2012 dans les pays du bloc de l’Est qui font maintenant partie de l’Union européenne.

Les réductions majeures des émissions de GES dans les anciens pays communistes au début des années 1990 sont très bien illustrées par ce graphique, tiré du Guide pratique sur l’économie des changements climatiques : La Conférence de Paris et ses suitespublié par l’IEDM. On y voit que ce sont surtout ces pays qui ont réduit leurs émissions au-delà de l’exigence du Protocole de Kyoto. Les données du graphique ont été obtenues dans les documents de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques.

Sans la chute du mur de Berlin, cet événement historique pour la liberté des peuples, le premier traité international visant à lutter contre les changements climatiques aurait probablement été un échec. (Les résultats canadiens, eux, sont analysés ici).

Les résultats du Protocole de Kyoto apparaissent très positifs puisque cette entente internationale a dépassé ses objectifs formels. Ainsi, les émissions de GES des pays signataires ont diminué de 22,6 % par rapport au niveau de 1990, soit davantage que le 5,2 % ciblé. On remarque toutefois de grands absents parmi les pays indiqués dans le graphique. La Chine et l’Inde, par exemple, qui ont connu des croissances faramineuses de leurs émissions pendant que d’autres pays appliquaient le Protocole de Kyoto.

Les résultats mondiaux sont donc plutôt décevants, tout bien considéré, puisque les émissions globales ont augmenté de 53 % entre 1990 et 2012. Dans l’hypothèse où tous les pays avaient adopté le Protocole de Kyoto, on estime que l’augmentation de la température atmosphérique aurait été réduite de seulement 0,004 °C vers la fin du 21e siècle. En d’autres mots, l’impact sur les émissions globales et la température, qui constituait l’objectif ultime du Protocole de Kyoto, a été marginal.

La Conférence de Paris vise justement à ce que le prochain protocole qui sera signé, pour faire suite à celui de Kyoto, inclue les pays en développement comme la Chine et l’Inde et qu’il soit contraignant.

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