Attentats de Paris : l’émotion a gagné

Doit-on se montrer inquiet des conditions d’adoption de l’état d’urgence ?

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Attentats de Paris : l’émotion a gagné

Publié le 21 novembre 2015
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Par le Parisien libéral.

Pollution Paris (Crédits Storm Crypt, licence Creative Commons)
Pollution Paris (Crédits Storm Crypt, licence Creative Commons)

 

Nous avons tous été touchés par les attentats du 13 novembre 2015. C’est normal, nous avons tous pu vérifier la théorie des 6 degrés. Des 129 morts du Bataclan et des terrasses des cafés des 10ème et 11ème arrondissements visés par les terroristes, nous connaissons tous, au minimum, une personne impactée. Et comme nous avons refusé de voir les signes avant-coureurs, nous avons d’autant plus été surpris que de tels actes puissent se tenir ici, à Paris, en Occident. Nous avons oublié Madrid, Londres, sans parler de Beyrouth et maintenant Bamako.

Nous sommes touchés car les 129 morts des attentats de Paris n’étaient ni des politiciens va-t-en-guerre, ni des militaires, ni aucune partie prenante dans les guerres de la France en Afrique et au Moyen-Orient. C’était juste des Parisiens qui voulaient profiter d’une soirée pour prendre un verre en terrasse ou écouter un concert de rock.

L’impact est sérieux : les analystes prévoient un effet potentiellement récessif (quel touriste serait assez fou pour venir visiter une capitale que le Premier ministre désigne comme la cible potentielle d’un attentat à l’arme chimique ou bactériologique ?) et la RATP a déjà enregistré une baisse du trafic.

Mais c’est également au niveau politique que l’émotion a gagné : l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité, moins 5 voix, la prolongation de l’état d’urgence, et là, c’est plus inquiétant que la légitime émotion qui touche le peuple parisien.

L’état d’urgence, c’est quoi ? L’état d’urgence est mis en œuvre par le ministre de l’Intérieur et les préfets. Il permet d’interdire la circulation, autorise les perquisitions à domicile de jour comme de nuit sans le contrôle d’un juge. La presse peut être mise sous contrôle ainsi que les radios.

Si on part de l’idée que Daesh cherche moins à nous vaincre militairement qu’à détruire la démocratie en France, l’adoption de l’état d’urgence ne constitue-t-il pas un début de victoire pour l’État Islamique en Irak et au Levant ?

L’adoption de l’état d’urgence, outre le fait qu’il semble répondre sous certains aspects au vil opportunisme de la classe politique, ressemble à la caricature de la politique spectacle : il fallait bien faire quelque chose et répondre à Daesh, disent les politiciens. Et c’est vrai que les Français sont en attente de « réponses visibles », tout comme ils attendent, en cas d’inondation ou autre catastrophe naturelle, que les politiciens se déplacent par eux-mêmes pour constater les dégâts. Mais tout comme la présence du Président de la République dans un village dévasté par le débordement d’un fleuve ne changera rien à la vie des habitants (au contraire, sa présence gêne, en détournant les forces de sécurité de leur mission), l’intervention de la lourde main visible des politiciens interventionnistes en cas d’attentat ne change rien à la résolution du risque terroriste.

La lutte contre le terrorisme nécessite des forces de police qui infiltrent des milieux louches et fermés, pas des opérations spectacles taillées sur mesure pour 66 Minutes, Zone Interdite ou Envoyé Spécial.

De plus, ne peut-on pas se montrer inquiet des conditions d’adoption de l’état d’urgence ? Quand un Premier ministre de la Veme République reproche à des députés, des législateurs, de s’attacher à des points de droit, ne peut-on pas légitimement affirmer que l’État de droit semble quelque peu en danger ?

parisienlib

Enfin, l’adoption de l’état d’urgence, dont on nous dit qu’il durera 3 mois, a toutes les caractéristiques du provisoire appelé à durer. Tout comme le plan Vigipirate, initié en 1991, ou la CSG, une taxe provisoire créée pour rembourser un déficit de la Sécurité sociale qui devait se résorber rapidement, il n’y a pas de raison que le plan d’urgence disparaisse du jour au lendemain, puisque de plus, il donne objectivement des résultats, des arrestations facilitées depuis quelques jours.

Or, le pouvoir actuel nous dit lutter contre l’extrême-droite. On comprend par extrême-droite, les idées et le programme de l’extrême-droite, davantage que les hommes et femmes d’extrême-droite. Or, si le PS et les Républicains approuvent des mesures que l’extrême-droite demandait il y a quelques semaines encore, où est la lutte ? Et surtout, en 2017, si Marine Le Pen arrivait au pouvoir, qui pourrait dire qu’elle ne respecte pas les valeurs démocratiques et surtout républicaines, dans la mesure où elle pourrait se contenter d’appliquer les lois décidées par les actuels représentants de la République ?

Difficile de dire où nous allons. Mais le chemin que tracent Valls, Cazeneuve et Hollande ressemble plus à la War on Terror que Bush a initiée qu’à la recherche d’un équilibre entre la nécessaire réaffirmation de l’État régalien et la préservation des libertés civiles.

Mettra-t-on dix ans, comme les Américains, à nous débarrasser de notre Patriot Act et de notre War on Terror à nous ?


Sur le web.

Lire aussi sur Contrepoints notre dossier Attentats à Paris

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  • « Si on part de l’idée que Daesh cherche moins à nous vaincre militairement qu’à détruire la démocratie en France, l’adoption de l’état d’urgence ne constitue-t-il pas un début de victoire pour l’État Islamique en Irak et au Levant ? »

    Sans doute ni l’un ni l’autre et daesh se moque sûrement de Valls, de son état d’urgence et même de la démocratie en France. Par contre à la première bavure policière sa propagande se déchainera en direction des foules musulmanes, vraie cible de l’opération.

  • L article était intelligent au début, perspicace et simple, mais l auteur finit par se perdre dans une mer de dogmes inutiles.
    Il suffit de se demander si les mesures prises par le gouvernement (très tardivement) sont effectives ou pas, peu importe si l idée vient de la droite ou de l’ extrême droite ou la gauche.
    Arrêtons de tourner autour d un pot des idées et combattons le problème réel, avec les moyens qu on dispose.
    Par ailleurs, à ma connaissance, à ce jour le seul attaque terroriste sur le sol américain depuis le 11 septembre, à été celui du marathon de Boston. Je ne pense pas que c est faute d’avoir essayé par les terroristes. Cela porte à croire peut être, que leur politique sécuritaire est tout simplement meilleure que la nôtre.

    • A priori les opérations spectacles ça fonctionne avec vous.
      Sur les 128 premières perquisitions, une seule a permis de découvrir des armes dont un lance roquette sans roquette. Je rappelle qu’un tube est un lance roquette. Aucun lien entre ses armes et le terrorisme. Etait-ce juste des armes non déclarées, des armes de collectionneur, des armes neutralisées ? Aucune personne inculpée pour l’instant, les gardés à vue sont relâchés.
      Tous les gardés à vue de l’opération ayant eu lieu à Saint Denis ont été remis en liberté ce midi et aucune charge n’a été retenu contre eux (sauf le logeur).

  • Les ennemis de la société ouverte n’ont pas fait de manières pour se donner la main afiin d’encadrer nos libertés, qui ne restent pour eux que des manisfestattions d’une opposition à leurs visées totalitaires. La palme doit être donnée au sinistre Xavier Bertand, accusant Google (symbole du Web) de faire le jeu de l’Islam radical. On ne peut pas plus explicitement avouer et son impuissance et sa haine de la liberté.

  • l’état d’urgence , les attentats , les morts et les bléssés …..peut être cela auraient put être évité , ou à tout le moins , moins grave si les dirigeants , en l’occurence le ps à ce jour , avaient tendu l’oreille aux nombreux avertissements qui leur ont été donné par des pays qui savaient que  » quelque chose se préparait  » ; l’aveuglement et le surdité des élus est dangeureux pour les citoyens ;

    • ++++ Avec vous Marie « l’état d’urgence , les attentats , les morts et les bléssés …..peut être cela auraient put être évité , ou à tout le moins , moins grave »
      Un simple commissaire divisionnaire, et son chauffeur, ont descendu un de ces sous-porc avec une simple pétoire « de poing » en allant « au contact », et il est dit qu’ils en ont blessé un autre… Puis ils ont du reculer devant le feu nourri. C’est bien peu, mais combienssssssssssssssssssss de viessssssss ont-ils sauvées… seront-ils décorés??? Le bcg a plus fait contre la tuberculose que les anti-biotiques, et l’idéologie bien plus de morts que le cancer.

  • Pour moi , il y a des question qui se posent quand le discours est centré sur es notions assez obscures..c’est quoi un terroriste? c’est quoi le djihad? et c’est quoi la radicalisation?

    Un des problèmes pour moi avec la qualification de terroriste est que l’assassin est partiellement déchargé de sa responsabilité se qui peut entraîner une réhabilitation pas la suite les anciens membres d’action directe, armée rouge..sont maintenant des gentils vieillards auquel il est vilain de reprocher d’avoir tuer puisque’ils l’ont fait pour une idéal révolutionnaire  » romantique ».

    Je ne suis pas naïf je sais bien qu’il faut essayer d’empêcher des meurtres plutôt que de courir après les meurtriers, mais déclarer une personne criminelle d’un crime qu’elle n’a pas encore commis doit se faire dans un cadre légal clair…ou c’est la grande fête à on met qui ont veut en tôle.

    Je n’ai rien à dire à un type qui veut aller se battre contre assad en syrie… ce n’est pas notre allié, ça ne peut pas constituer une trahison..alors quoi c’est guoi au juste daesh?
    si c’est cela se revendique comme un état et que cet état veut notre mort…à quoi sert l’onu????

    le djihad? comme je ne sais pas ce que c’est et à la dernière consultation de mon larousse c’était un principe fondateur pour les musulmans…rien à dire contre une personne qui souhaite le djihad…
    Ou bien le djihad des terroristes est conforme au coran…et interdisons la religion musulmane ou bien le djihad des terroristes n’est pas le djihad et cessons de l’appeler djihad!

    • avoir tué…
      j’ai encore des petits fascicules qui expliquent la barbarie teutonne aux gentils français datant de 1914… si il faut se donner du cœur quand il faut objectivement se battre raconter n’importe quoui ça finit toujours mal.

  • pour la dizaine d’attentats à paris dans les années 80, pas d’état d’urgence, le plan de renforcement de sécurité à durée moins longtemps.
    nos « dirigeants » étaient ils plus sage à l’époque?

  • Religion, foi, croyance, synonymes de schizophrénie : refuser la réalité, s’enfermer dans un monde imaginaire, refouler le réel, ce qui ne peut qu’aboutir à des délires violents de persécution.

  • « Mettra-t-on dix ans, comme les Américains, à nous débarrasser de notre Patriot Act et de notre War on Terror à nous ? »… hum…
    Vous avez vu où qu’ils soient en train de s’en débarrasser? Ils l’exportent.
    Pas un exécutif occidental qui ne double pas la mise sur ce qui a pourtant foiré lamentablement. Qu’il s’agisse de sécurité comme ici ou d’économie. A croire qu’ils le font exprès.

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De plus, il repose sur deux principes : la séparation des pouvoirs et le rôle du juge comme garant de la légalité.

Un bilan sur l’état d’urgence de 2015 devrait être tiré : il n’a été d’aucune utilité pour lutter contre le terrorisme. De plus, la banalisation des mesures d’urgences est inquiétante pour les libertés publiques. L’état d’urgence devient un outil de g... Poursuivre la lecture

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