Burkina Faso : Le protectionnisme pour relancer la filière sucre ?

Même si populaire, le protectionnisme n’est pas la bonne solution pour le Burkina Faso.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
sucre credits paul (licence creative commons)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Burkina Faso : Le protectionnisme pour relancer la filière sucre ?

Publié le 21 novembre 2015
- A +

Par Lirasse Akouwerabou.

sucre credits paul (licence creative commons)
sucre credits paul (licence creative commons)

Le gouvernement burkinabè en conseil des ministres du 15 octobre 2015 a pris des mesures protectionnistes, notamment des restrictions concernant la délivrance d’Autorisation spéciale d’importation (ASI) pour permette à la Nouvelle Société Sucrière de la Comoé (SN-SOSUCO) de pouvoir écouler sa production sur le marche local.

Après 27 ans de monopolisation de la vie économique, ces mesures sont perçues comme la fin du règne des gros importateurs, qui bénéficiaient des faveurs des gouvernements précédents dans la filière sucre, ou qui, le plus souvent, agissaient pour le compte des détenteurs du pouvoir politique. Par ailleurs, ces mesures font écho à la vision « consommons burkinabè » chère aux révolutionnaires burkinabè et très défendue à l’époque par le Président Thomas Sankara. Pour le gouvernement de la transition ces mesures sont prises en accord avec tous les acteurs de la filière et doivent permettre le « développement de l’industrie sucrière et la préservation des emplois dans ladite industrie1 ». Mais, peut-on dire pour autant que les difficultés de la SN-SOSUCO sont résolues durablement ?

Le protectionnisme n’est pas la solution idoine même si elle semble s’inscrire dans la logique populaire du moment. En effet, il ne s’agit que d’un transfert des avantages dont bénéficiaient les hommes d’affaires proches du serall politique aux actionnaires de la SN-SOSUCO. La sauvegarde des emplois à la SN-SOSUCO dont il est question ne peut se faire durablement qu’à condition que la société soit compétitive car dans le contexte du marché sous régional, rien n’empêchera d’autres sociétés de vendre leur sucre sur le marché burkinabé si les prix grimpent. C’est aussi une porte ouverte à une fraude importante avec des frontières très poreuses et une administration douanière qui est toujours parmi le trio de tête dans le hit-parade des administrations les plus corrompues (RENLAC, 2014)

Ces mesures pourront garantir désormais à la SN-SOSUCO un marché sans concurrence. Pourquoi investirait-elle pour produire du sucre de meilleure qualité ? La société défendra bien l’idée qu’elle offre un meilleur rapport qualité-prix. Mais, pour améliorer la qualité il faut innover constamment et l’innovation a un coût qui sera répercuté sur le client dans le contexte actuel. Dans un marché concurrentiel, ce surcoût aurait pu ne pas être ressenti par le client car l’entreprise aurait du diminuer ses marges pour conserver ou accroitre sa part de marché. Mais, dans le contexte ou la SN-SOSUCO est protégée, celle-ci n’aura aucun intérêt à investir davantage car elle n’a ni la pression des actionnaires, ni celle des concurrents. Dans cette perspective, elle vendra sans doute des produits de moindre qualité que dans un contexte de concurrence.

Malheureusement, le consommateur-contribuable devra payer un plus lourd tribut. Les mesures prises par le gouvernement occasionneront nécessairement des dépenses publiques supplémentaires qui du reste ne seront pas prises en charge par la SN-SOSUCO mais par le contribuable burkinabè. Ce dernier finance alors une entreprise par ses impôts pour avoir au final des produits plus chers et de plus mauvaise qualité. Le consommateur-contribuable paiera plus cher le sucre car ces mesures seront aussi interprétées par le marché local comme un durcissement des conditions d’importations du sucre, donc une offre inférieur à la demande d’où une hausse de prix à la consommation qui du reste sera difficilement contrôlable. En effet, il suffit que les conditions du marché changent et la société répercutera cela sur les prix. De plus, cette augmentation du prix entrainera l’augmentation de tous les autres produits dont le sucre est une composante essentielle.

Contrairement à la SN-SOSUCO, d’autres sociétés ont réussi à s’adapter à la concurrence sans des mesures de protectionnisme. C’est le cas de la société privée CFAO qui, avant l’importation massive des motos de Chine, avait le monopole de fait sur les engins à deux roues. À cette époque, une moto YAMAHA était pratiquement inaccessible pour la majeure partie de la population car son prix variait entre 1000000 et 2000000 FCFA. Avec la concurrence des importateurs de motos à deux temps avec plus de confort et qui se vendent à moins de 400000FCFA, CFAO a perdu son monopole mais a fait un repositionnement stratégique en se focalisant sur le haut de gamme, ce qui lui a permis de résister à la concurrence des importateurs. Ainsi, la SN-SOSUCO peut améliorer ses performances simplement en faisant de meilleurs choix stratégiques à l’image de CFAO qui réussit sans des mesures de protectionnisme.

Nos gouvernants doivent tenir compte du bien-être du consommateur-contribuable pour qu’il ne soit plus soumis à des mesures protectionnistes qui sont au mieux des « primes à la médiocrité » ou encore une façon détournée de lui faire payer les erreurs des gestionnaires de ces sociétés. La preuve en est que les « vélos  chinois2» ou les engins à deux roues sont désormais accessibles à la majorité de la population burkinabè. Cette importation massive des motos a eu un impact positif dans la vie quotidienne du contribuable burkinabè. Dans des villes comme Ouagadougou les piétons sont devenus très rares.

Sur le web

  1.  DCPM/Ministère du Commerce et de l’Artisanat, 2015.
  2. Nom donné aux vélos provenant de la Chine.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

En 2003, Julien Sanchez écrivait :

"Les partisans du libre-échange sont piégés dans une version de politique publique du Jour de la marmotte, obligés de réfuter les mêmes arguments fallacieux encore et encore, décennie après décennie."

Une autre décennie s'est écoulée depuis, et le point de vue de Sanchez est tout aussi pertinent.

Blake Masters, un homme d'affaires soutenu par Trump qui se présente maintenant au Sénat américain en Arizona, a récemment tenu une séance de questions-réponses sur sa page Instagram où il a ann... Poursuivre la lecture

Par Kody Jensen. Un article de la Foundation for Economic Education

 

Mark Twain est largement considéré comme l'un des plus grands auteurs américains. Naturellement, des personnes de toutes convictions ont essayé de le revendiquer comme leur allié politique. Des libéraux classiques aux progressistes, des personnes de tous les horizons politiques ont trouvé en Twain une âme sœur.

Une preuve du côté des libéraux classiques pourrait être ce que Twain a écrit dans une lettre à propos du président américain Grover Clevel... Poursuivre la lecture

Commerce mondialisation libre-échange Afrique
6
Sauvegarder cet article

Le coronavirus a mis la mondialisation en accusation. Un virus venu de Chine, diffusé par des touristes et des personnes de tous les pays, y compris des immigrants. Des masques, des tests, des médicaments venus d’ailleurs, rançon de notre dépendance au reste du monde : pourquoi ne pas vivre heureux à l’intérieur de notre Hexagone, voire d’une Europe réduite à sa plus simple expression ?

Cette dépendance rejoint curieusement celle qu’inspirent les menaces qui pèsent sur la planète : le virus fait peur, et la peur nous habite parce que l... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles