Macron a raison : la France a besoin de fonds de pension

Instaurer des fonds de pension serait une forme de justice sociale.

Par Nicolas Lecaussin.
Un article de l’IREF-Europe

Emmanuel Macron - Crédit Photo : OECD Development Center via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0
Emmanuel Macron – Crédit Photo : OECD Development Center via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

 

Notre ministre de l’Économie a fait preuve une nouvelle fois de courage. Il a prononcé quelques mots tabous en France, les fonds de pension, symboles, pour nombreux, de la rapacité capitaliste et de la rentabilité à tout prix. Il aurait pu donner plusieurs explications et, surtout, éviter l’expression « à la française » qui n’augure rien de bon.

Les fonds de pension en général ne sont ni des fonds de pension à l’américaine, ni à la britannique ou à l’allemande. Ce sont tout simplement des fonds de pension qui fonctionnent avec les mêmes règles. M. Macron aurait pu ajouter aussi qu’il existe déjà plusieurs fonds de pension en France pour quelques privilégiés. Les fonctionnaires ont leur propre fonds, la PREFON. Les élus locaux en bénéficient d’un autre, le FONPEL. De même, nos sénateurs bénéficient d’une retraite, bien méritée, par capitalisation. Mais le Français lambda n’a pas le droit de substituer une retraite par capitalisation à sa retraite par répartition. Il dépend des aléas de la répartition et des capacités, de plus en plus mauvaises, des caisses complémentaires. Tandis que les fonctionnaires ont leur retraite principale assurée par l’État, donc par nos impôts. Instaurer des fonds de pension serait déjà une forme de justice sociale.

De même, M. Macron aurait pu dire que pratiquement tous les pays riches et démocratiques ont instauré un pilier capitalisation avec des fonds de pension à côté des autres piliers, par points et/ou répartition (ce dernier est de plus en plus rare) et que les retraites les plus généreuses sont versées… aux Pays-Bas dont les retraites sont très largement par capitalisation. Alors qu’en France, nos retraités voient leurs pensions diminuer, le retraité néerlandais reçoit en moyenne 105,5% de son salaire moyen, après impôts, et part à la retraite à 66 ans. Les dépenses des retraites représentent 5,4% du PIB. Plus de 97% de la population est affiliée à un fonds de pension. Il en existe plus de 600 aux Pays-Bas avec un rendement moyen annuel de 5,35%. Le patrimoine total géré par les fonds de pension représente 700 Mds d’euros ce qui équivaut à 118% du PIB ! La part de la retraite couverte par un fonds de pension représente environ 70% de la pension. Aux Pays-Bas, les actifs des fonds de pension représentent 160% du PIB, aux États-Unis, 75% du PIB contre… 0,33% du PIB en France.

Le ministre pourrait d’ailleurs rassurer les sceptiques. Les fonds de pension sont des investissements à long terme et même pendant les crises, leur rendement ne cesse de croître : même en 2009, ils ont affiché un rendement à 9% ! Les investissements sont soigneusement choisis et fortement diversifiés et, une autre grande caractéristique des fonds de pension, ils apportent du carburant aux entreprises. Dans une étude récente, l’IREF a montré que si les fonds de pension en France étaient aussi dynamiques qu’aux Pays-Bas, investissant alors près de 4 milliards de dollars par an, ils permettraient la création de 300 000 emplois en moins de 3 ans.

Tous les arguments en faveur des fonds de pension sont à la disposition du ministre. Il ne reste qu’une chose à faire : agir au plus vite.

Sur le web