Attentats à Paris : l’échec sécuritaire de l’État

Frédéric Bisson-Gerbe à la Seine(CC BY-NC-ND 2.0)

Nous n’attendons qu’une seule chose de nos hommes politiques : qu’ils nous évitent les dangers mettant en cause la sécurité nationale.

Par Claude Robert

Frédéric Bisson-Gerbe à la Seine(CC BY-NC-ND 2.0)
Frédéric Bisson-Gerbe à la Seine(CC BY-NC-ND 2.0)

 

Les attentats qui ont frappé Paris et sa banlieue nord vendredi soir sont monstrueux, abjects, totalement injustes. Ils frappent des innocents qui n’ont rien à voir avec les pseudo-justifications médiévales d’un État Islamique qui veut soit-disant venger le crime des  « impies ». Ceci étant clairement dit, avec près de 130 morts obtenus par le biais de multiples attaques simultanées, le mode opératoire de ces attentats fait froid dans le dos. Il pose une question particulièrement angoissante : la sécurité de notre territoire est-elle assurée ? S’il est si facile d’organiser de tels bains de sang, pourquoi cela ne se répèterait-il pas régulièrement, à Paris comme dans d’autres villes françaises ?

L’ampleur de cette opération, l’organisation qu’elle a nécessité, tout cela montre que nous n’habitons plus un sanctuaire. Notre pays est faillible, notre sécurité n’est plus garantie, si tant est qu’elle l’ait été depuis les attentats de Charlie et de l’hyper casher du début de l’année ! Car faut-il le rappeler, aucun de ces attentats n’a été en effet prévenu. Notre gouvernement, qui parle tant de menaces terroristes, qui ne cesse de jouer sur nos peurs, n’a rien vu venir !

Alors que les antécédents survenus au Danemark contre des caricaturistes avaient suscité des mesures de grande envergure, avec l’intervention de l’armée danoise, rien de tel n’avait été prévu pour sécuriser Charlie hebdo. Deux policiers en faction, c’était tout simplement ridicule. Et depuis janvier 2015, nous en connaissons le résultat. Il en est de même pour cette série d’attentats simultanés de ce vendredi 13 octobre 2015. Près d’une dizaine de terroristes ont pu préparer puis réaliser leurs coups d’éclat sans susciter la moindre anticipation de la part des services de renseignements. Au beau milieu de la capitale, un vendredi soir en pleine affluence.

Or, cette lacune est d’autant plus inquiétante que plusieurs détails du mode opératoire de ces attentats laissent penser que ces criminels ne sont pas parmi les plus expérimentés : rafales simultanées à la mitrailleuse au Bataclan (chacun rechargeait au même moment), dégâts relativement faibles au regard du potentiel au Stade de France comme au Bataclan (et heureusement !), il est évident que le carnage aurait pu atteindre d’autres proportions s’il s’était agi de professionnels. À l’identique des attentats de Charlie hebdo, tout laisse donc à penser que nous avons affaire à des terroristes de la dernière heure, à des jeunes français fraîchement recrutés, et rapidement formés par les cadres de l’État Islamique. Et c’est bien cela qui est dramatique ! Alors qu’il est nettement plus facile de prévenir des crimes perpétrés par des acteurs faiblement préparés et peu entraînés, force est de constater que notre gouvernement n’y parvient même pas ! L’État Islamique a frappé violemment en Turquie, en Arabie Saoudite puis au Liban. Et maintenant, en Europe, il a choisi la France. À croire que c’est un peu plus facile que chez nos voisins nettement mieux organisés… D’ailleurs, n’oublions pas que les auteurs de l’attentat de Charlie étaient connus des services de police ! C’est dire l’efficacité de ces derniers. Les auteurs des attentats de ce vendredi étaient-ils également connus ?

Peut-être payons-nous également le côté « va-t-en-guerre » de notre Président, qui, bien que totalement tétanisé à l’idée d’engager la moindre réforme désagréable sur le plan économique, n’a pas hésité une seconde à se lancer dans des aventures militaires au Mali et en Syrie… Des aventures d’autant plus dangereuses que la France s’y trouve plus ou moins seule…

Décidément, ce gouvernement aura échoué sur tous les plans. Il aura accéléré le déclin économique relatif de notre pays ; presque partout en Europe, depuis deux ans environ, le chômage a entamé sa décrue, et la croissance est revenue. Il nous aura continuellement menti sur son programme et sur ses réformes. Il aura abusé du Verbe pour masquer son inaction, il aura même abondamment utilisé les attentats de Charlie pour faire diversion… Et summum de l’inefficacité, il n’aura même pas été capable d’empêcher une série d’attentats sanglants sur notre propre sol : janvier 2015, octobre 2015. Faut-il tenir une comptabilité exacte du nombre de victimes de ces terribles attentats pour démontrer la faiblesse de l’action gouvernementale ?

Ces tueries soulèvent une émotion bien naturelle. La compassion pour les personnes et les familles touchées dans leur chair est totalement légitime. De tels événements sont d’une tristesse affligeante. Mais au-delà de tous ces sentiments d’impuissance et de révolte, une injustice encore plus pernicieuse se prépare, qui touche nos mentalités et nos réactions face à la peur : le resserrement de la Nation Française autour de ses leaders politiques dans une communion et une effusion dont le Président F.Hollande et son Premier ministre M.Valls sortiraient grandis.

Non ! Nos leaders politiques n’ont pas vocation à montrer qu’ils tiennent leur rang lors des cérémonies d’après attentats. Non ! Nos leaders politiques n’ont pas à être jugés sur leur façon digne d’assister à l’enterrement des victimes de ces attentats. Non ! Nos hommes politiques n’ont pas à être appréciés sur leur manière de déposer des gerbes de fleur, la mine déconfite, le regard brisé. Non ! Nous n’attendons pas de nos hommes politiques qu’ils conduisent une fois de plus les marches silencieuses dans les rues pour protester contre le terrorisme religieux qu’ils ne parviennent pas à circonscrire dans le cadre de leur fonction.

Nous n’attendons qu’une seule chose de nos hommes politiques : qu’ils préviennent les catastrophes, qu’ils nous évitent les dangers mettant en cause la sécurité nationale. Ils doivent ainsi faire preuve d’anticipation et de ruse. Ils doivent prendre de vitesse les organisations criminelles. Ils doivent se montrer plus roués qu’elles. Ils doivent engager les actions nécessaires au moment opportun. En un mot, ils doivent faire leur job. Alors, avec un tel gouvernement, en échec sur toute la ligne, il serait moralement difficile de découvrir encore une fois que le Président et son Premier ministre ont repris une quinzaine de points dans les sondages après des attentats qu’ils n’ont pas su prévenir…

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