À quoi servent les primaires américaines ?

Hillary Clinton en campagne pour les primaires démocrates de 2016 (Crédits : Peter Stevens, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Les primaires américaines de 2016 pour les nuls, et les autres !

Par Paul Bakhache.
Un article de Trop Libre.

Hillary Clinton en campagne pour les primaires démocrates de 2016 (Crédits : Peter Stevens, licence CC-BY 2.0), via Flickr.
Hillary Clinton en campagne pour les primaires démocrates de 2016 (Crédits : Peter Stevens, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Traditionnellement chargées de désigner le candidat des deux principaux partis avant l’élection présidentielle, les primaires permettent aux électeurs de chaque parti de choisir quelle ligne politique et quelle personnalité ils jugent la plus apte à gagner l’élection et devenir président.

Dans chaque État, un collège de grands électeurs choisis par les membres des partis vote sous serment pour un candidat. La joute a lieu une année avant l’élection.

Outre la détermination du candidat, les primaires permettent de choisir un courant idéologique. En effet, si le système américain est constitué de deux grands partis, les primaires reflètent directement le travail intellectuel effectué en interne, notamment par des think tanks. Ainsi, le candidat représente des idées que les électeurs de son parti souhaitent voir à la présidentielle.

Chez les démocrates d’abord,  les candidats sont relativement peu nombreux. Il n’y en a désormais plus que trois déclarés, Hillary Clinton, Bernie Sanders et Martin O’Malley. Ce dernier étant à moins de 1% dans les sondages, on peut considérer la primaire démocrate comme une confrontation Clinton / Sanders. Hillary Clinton a joué la carte de la continuité : elle s’appuie sur son expérience en tant qu’ancienne secrétaire d’État et affirme vouloir continuer les travaux entrepris ces huit dernières années par Barack Obama. Il lui est souvent reproché cet héritage : elle n’apparaît parfois que comme un « second couteau » chargé de continuer le travail. Hillary Clinton se situe  au centre de l’éventail politique américain, libérale mais peu engagée sur les questions de société, favorable aux aides sociales, partisane du libre-échange (bien qu’elle ait émis des réserves vis à vis du TAFTA). Cette ligne est celle du parti démocrate, depuis les années Bill Clinton (1992 – 2000) ce qui rebute parfois son électorat plus jeune.

Face à elle se trouve Bernie Sanders, sénateur du très progressiste État du Vermont et qui n’est pas membre du parti démocrate pour l’instant. Se définissant comme social-démocrate, il se veut le seul moteur pour « changer les choses » aux États Unis, défendant la gratuité de l’université, une couverture maladie universelle entièrement publique, contrairement à l’Obamacare, et un retrait des opérations militaires extérieures en cours. S’il est extrêmement populaire dans des enclaves marquées à gauche comme le Vermont, la Californie, le Colorado, l’Oregon… et chez les étudiants, Sanders fait face à des critiques sur deux fronts. Tout d’abord, il lui est reproché son inaction alors qu’il était sénateur. Ensuite, son programme reste extrêmement ambitieux même sur deux mandats, surtout lorsque le Congrès est de majorité républicaine.

En face, au parti Républicain, la course est disputée par pas moins de quinze candidats. Parmi eux  Donald Trump, Jeb Bush, Ben Carson, Rand Paul… Pour l’instant, les sondages montrent un peloton de tête mais dont personne ne réussit à s’échapper durablement. Aucun candidat ne semble toutefois s’inscrire pour l’instant dans la ligne plus centriste de John Mc Cain et Mitt Romney, les deux précédents candidats républicains malheureux à la présidence.

Donald Trump est l’attraction de ces primaires républicaine. Ses positionnements tonitruants sur l’immigration illégale et la critique des interventions militaires américaines ne sont pourtant pas ce qui le font sortir du lot et encore moins de la ligne usuelle de nombreux sénateurs républicains.  Le candidat Trump est actuellement le seul dans son parti à proposer un plan de réforme du système de santé allant dans le sens d’une couverture sociale, tout en refusant l’actuelle Obamacare. Aussi il supporte l’immigration légale dans la lignée d’un positionnement pro libre-échange. Sur les questions de société,  Donald Trump semble moins conservateur : se définissant comme « pro life » (anti avortement) et restant extrêmement prudent sur le mariage homosexuel en évitant le sujet, il marque ainsi une rupture avec ses concurrents dans la primaire.

Jeb Bush semble lui payer son manque d’agressivité et de prise de positions. Ayant commencé au sommet des sondages, il ne parvient pas à se départager des autres candidats. Tout en ayant une ligne proche de celle de son frère à son époque, Jeb affirme être « Jeb et non Bush ». Il paie sa volonté de défense de l’héritage politique familial et ses tentatives pour s’en distinguer en tant que personnage nouveau.

Ted Cruz et Rand Paul se distinguent aussi. Les deux candidats sont soutenus par le très influent Tea Party. Le premier, Ted Cruz, incarne le noyau dur conservateur du parti, axant sa campagne sur les questions de société et des valeurs de la société américaine, incluant non seulement les valeurs religieuses, politiques et la nécessité de les faire valoir à travers le monde. Rand Paul est l’ambassadeur de l’aile libertarienne du Tea Party. Il est en campagne contre la présence de l’État fédéral dans la vie des Américains et grand partisan d’une réduction au minimum des dépenses publiques. S’il a abandonné l’idée d’un retrait total des troupes, il est aussi un partisan de l’isolationnisme.

Ces primaires permettront de fixer un cap pour chaque parti. Beaucoup des participants n’ont aucun espoir de gagner. Une fois les candidats respectifs choisis, il est fort probable que les discours spécifiques laisseront place à une volonté de rassemblement dirigée vers les électeurs du parti mais aussi vers les indécis et abstentionnistes.

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