Primaires démocrates : Warren et Buttigieg, deux défaites

Elizabeth Warren by Gage Skidmore(CC BY-SA 2.0) — Gage Skidmore, CC-BY

La consolidation des primaires démocrates aura permis de constater deux types d’attitudes devant la défaite : celle de Warren et celle de Buttigieg.

Par Pierre-Guy Veer.

Lors du Super Tuesday des primaires (le premier de mars), la course présidentielle se précise et les principaux partis sont presque prêts à connaitre leur candidat. Alors que la course républicaine s’apprête à couronner Donald Trump, la course démocrate se joue maintenant entre deux candidats, tous les autres ayant suspendu leur campagne : Joe Biden et Bernie Sanders.

Comme leurs victoires du 3 mars furent assez décisives, deux candidats en particulier n’ont virtuellement aucune chance de gagner : Peter Buttigieg et Elizabeth Warren. Ces deux candidats représentent deux extrêmes du parti, et pas seulement à cause de leur différence d’âge, respectivement 38 ans et presque 71 ans.

Une modération relative

Malgré son jeune âge, Buttigieg a eu une vie déjà bien remplie : militance politique, consultation dans le secteur privé, enrôlement dans l’armée et maire pour deux mandats (avec des majorités écrasantes) de la ville de South Bend, en Indiana.

De tous les candidats ayant formulé des politiques fiscales, celles de l’ancien maire étaient relativement « raisonnables » – et le terme est très euphémique ici. Selon la Tax Foundation, ses politiques fiscales auraient « seulement » causé la perte de quelque 0,9 million d’emplois – comparativement à 2,25 millions pour Sanders et 1,5 million pour Warren.

Toutefois, le fait le plus remarquable de sa campagne est à quel point son orientation sexuelle – il est ouvertement homosexuel et marié – est presque passée sous le radar. Selon le chroniqueur conservateur Brad Polumbo, lui-même gay, cet exploit doit être mentionné. En effet, il n’y a pas encore 20 ans, l’homosexualité était un crime dans treize États, et le mariage entre personnes de même sexe était explicitement non reconnu par le gouvernement fédéral jusqu’à une décision très divisée de la Cour suprême en 2013.

Même Donald Trump, qui traite Warren de Pocahontas et rit de la petite taille de Michael Bloomberg (candidat éphémère qui a dépensé, sans succès, une fortune en pub), n’a montré aucun sentiment négatif face à l’orientation du jeune candidat et se disait même prêt à voter pour un candidat comme lui.

En fait, les attaques les plus virulentes contre Buttigieg sont venues de la gauche, historiquement défenderesse des gays. Polumbo a déniché quelques perles extrêmement dérogatoires de périodiques, l’accusant d’être un Uncle Tom gay, ou de paraitre « trop » hétérosexuel lorsque le Times l’a pris en photo avec son mari pour la Une de leur magazine.

Artisan de son propre sort

Alors que l’ancien maire est resté humble et n’a pas joué la carte de l’homophobie, c’est tout le contraire qui s’est passé dans le camp Warren, la sénatrice du Massachusetts. Bien qu’elle ne blâme pas explicitement sa défaite sur la misogynie et le sexisme, ses meneuses de claques dans les médias et dans son parti ne se gênent pas du tout – oubliant déjà qui a gagné leur nomination en 2016 et le vote populaire lors de la dernière présidentielle…

On blâme la Terre entière sauf la sénatrice elle-même, qui a couru à sa propre perte. Contrairement à Sanders, dont les politiques certes extrêmes se limitent à des questions économiques, Warren avait presque littéralement un « projet pour tout » – et donc impliquait le gouvernement dans la vie des gens comme jamais.

De plus, elle est la candidate qui a le plus tenté de séduire les Social Justice Warriors, ces défendeurs de la veuve et l’orphelin qui ne sont vraiment que, pour citer une expression québécoise connue, des boss des bécosses. Entre autres,

  • elle a promis que son futur secrétaire à l’Éducation devrait recevoir l’aval d’un élève transgenre qu’elle a rencontré en campagne
  • elle a juré que son cabinet aurait 50 % de femmes et de personnes non binaires
  • elle utilise le terme latinx, inventé pour éviter de se référer au sexe alors que 98 % desdits Latinos n’utilisent même pas ce néologisme dénué de sens

Ces promesses peuvent sans doute séduire un électorat urbain élitiste, mais monsieur et madame Tout-le-Monde et les baby-boomers – dont le poids électoral est encore significatif – ne sont pas du tout concernés par ce jargon incompréhensible.

Non, s’il y a une personne à blâmer pour la défaite d’Elizabeth Warren, c’est… Elizabeth Warren. Il peut paraitre cliché d’accuser une politicienne d’être menteuse ; mais dans le cas de Warren, c’est pathologique : elle avait promis de ne pas se lancer dans une présidentielle en 2018 lors de sa réélection au sénat, elle a sciemment menti sur ses origines autochtones (d’où le surnom dérogatoire de Trump), sur l’éducation privée de ses enfants, sur son congédiement alors qu’elle était enceinte, sur l’emploi de son père, sur son rejet des comités de financement politiques (PAC) etc.

De plus, sa trop grande ressemblance avec Bernie Sanders du point de vue économique – elle soutient le ruineux Medicare-for-all – aura vite fait de lui aliéner même les électeurs de son État qu’elle n’a même pas remporté.

Bref, la consolidation des primaires démocrates aura permis de constater deux types d’attitudes devant la défaite.

Celle de Peter Buttigieg, humilité et constat que les électeurs ne voulaient pas de lui sans jouer la carte de la victime malgré la présence d’une caractéristique arbitraire qui aurait pu avoir une influence négative.

Et celle d’Elizabeth Warren, narcissisme et croyance que tout lui est dû. Elle et ses partisans ont joué la carte du sexisme – malgré la présence de nombreuses femmes comme Kamala Harris et Amy Klobuchar – plutôt que de prendre du recul pour constater que le problème n’est pas les électeurs mais la candidate.

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