Les investisseurs sont-ils les chiens ?

Vont-ils saliver dès le tintement de la cloche « Quantitative Easing » alors qu’ils n’ont plus grand-chose à se mettre sous la dent ?

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Les investisseurs sont-ils les chiens ?

Publié le 5 novembre 2015
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Par Régis Yancovici.

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Les craintes de la fin de l’été d’une plus forte correction des marchés ont été balayées par les promesses de la BCE. Elle devrait annoncer en décembre faire plus et/ou plus longtemps. Ainsi pour l’indice S&P500, le niveau clé de 1.860 pts a servi de repoussoir et nous sommes désormais à quelques points des plus hauts de l’année, et donc historique. Le décrochage de la fin de l’été avait fait couler beaucoup d’encre et réveillé les « bearish ». Beaucoup de bruit pour rien ? Pas si sûr !

La profonde récession de 2008 avait poussé les entreprises et les consommateurs à différer leurs achats. Ce report s’est diffusé dans l’économie au cours des années écoulées et a permis une croissance remarquable aux États-Unis. Ce rattrapage est terminé. Par exemple, les ventes de véhicules neufs ont retrouvé leur niveau d’avant crise. Les investissements des entreprises ont retrouvé un rythme de progression cohérent avec la tendance de long terme de l’économie. Ce retour à la normale pourrait amputer la croissance de 0.6 point dès 2016. Le secteur de la construction se porte bien. Mais son impact va aller en se réduisant à la vue des dernières publications. Les dépenses publiques se sont, elles aussi, normalisées. Elles ont apporté 0.23 point de croissance au 1er semestre 2015. Cela contraste avec la période 2009-2013 où les dépenses gouvernementales en retiraient 0.4 pt. La dynamique du crédit se stabilise autour du niveau de croissance du PIB. C’est-à-dire qu’elle est sans impact. C’est un grand changement par rapport aux 6 dernières années qui ont vu la croissance du crédit passer de -4% à +5%.

Selon ses récentes « Minutes », la Fed devrait remonter ses taux d’intérêt en 2015. Cela semble plus par souci de cohérence (la Fed a préparé ce geste depuis plus d’un an et a surpris en y sursoyant en septembre) qu’au regard de l’économie, tant les dernières publications ont été décevantes. Dès lors, la spéculation en 2016 devrait moins se porter sur la date de la 2nd hausse de taux, que sur la possibilité qu’il n’y en ait pas d’autre. Si tel n’était pas le cas et que la Banque Centrale s’entêtait, le marché deviendrait encore plus à risque. Le comportement du dollar devrait être un indicateur précieux pour déterminer la justesse du scenario.

L’action à venir de la BCE permettrait-elle de relancer une croissance que les indicateurs actuels voient ralentir ? On peut en douter. Depuis 2008, aucun pays ayant utilisé le quantitative easing n’a réellement fait repartir sa croissance sur des bases saines. Il a permis, et ce n’est déjà pas si mal, de gonfler le prix des actifs. Mais ce processus a une fin. Pour le moment, les opérateurs de marchés – nous avons un peu de mal à les appeler « investisseurs » – réagissent encore de manière pavlovienne. Pour mémoire,  Ivan Petrovitch Pavlov montra que si l’on accoutumait un chien à accompagner sa nourriture d’un signal sonore, ce dernier pouvait à la longue déclencher la salivation de l’animal sans être accompagné de nourriture. Ici, la perspective d’un « Quantitative Easing », de plus de liquidité, voire un seul mauvais chiffre économique entraîne une hausse de la bourse.

Enfin, la raison de la hausse d’octobre, le prétexte serais-je tenté de dire, garantit une fin de route dans le mur. Si l’écart de politique monétaire entre les États-Unis et le reste du monde s’accroît, alors l’inquiétude qui prévalait au printemps concernant la hausse du dollar, son impact sur les multinationales américaines et le financement des pays émergents devrait rapidement resurgir.

À force d’entendre la musique du QE sans avoir la croissance, les investisseurs pourraient bien finir par ne plus saliver. Ce moment nous semble plus proche que jamais.

 

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  • Quand on a une charge d’un troupeau de bisons (bulls…), ça n’est en général pas qu’ils sont attirés par la bonne herbe grasse, mais canalisés dans une fuite devant le feu de prairie.
    A l’heure des taux sans risque négatifs, les investisseurs ne salivent pas, ils s’entassent sur ce qui leur paraît le moins mauvais radeau de sauvetage.

  • les investisseurs ne salivent plus ? bienvenu au club nous , citoyens , ça fait belle lurette qu’on ne salive plus , nottament face aux promesses non tenus de nos trés chers zélus ….

  • On se souvient que la crise de 1929 a eu lieu alors que les banques centrales, déjà à la manoeuvre, injectaient leurs fausses monnaies dans le système financier, d’abord pour financer la première guerre mondiale, ensuite pour remplir le gouffre des pertes sur les dettes des belligérants impécunieux. Cette politique « non conventionnelle » a duré une quinzaine d’années, les années folles portant bien leur nom, avant de provoquer le célèbre effondrement économique.

    Exactement comme aujourd’hui… Cette fois-ci, tout aussi folle, ne sera pas différente, les même causes, en pire, produisant invariablement les mêmes effets, en pire. A raison, l’article pointe du doigt le risque de défiance généralisée des acteurs économiques face aux politiques délirantes des banques centrales. Qui est assez fou pour investir à long terme dans les bourses mondiales à partir d’un tel niveau de survalorisation ? A court terme peut-être, mais certainement pas à long terme. La défiance sera effectivement le déclencheur de la troisième étape de la crise, après les premiers chocs, relativement limités, de 2000 et 2008.

  • Hé oui, on découvre de plus en plus que l’économie US ne va pas si bien que ça et que les QE ainsi que les manipulations monétaires ne font pas repartir la croissance de façon durable.
    Malheureusement, nos « chères » élites ne sont intéressées que par le court terme.

    PS : on parle souvent des taux de la FED, mais il y a une donnée qui est quand même plus inquiétante à mes yeux.
    C’est le taux d’emploi.
    Actuellement, il n’a jamais été aussi bas que depuis 38 ans.

    • Oui. Voir également le taux de propriétaires, très significatif également.

      Au niveau des marchés US, le ratio de la capitalisation sur le PIB est insensé, supérieur à sa moyenne historique de 2 écarts-types, encore plus fort qu’en 1929. Et encore, la moyenne historique a été tirée vers le haut par les bulles des années 2000 et 2008. Sans elles, l’écart à la moyenne serait encore plus marqué.

      Forcément, tout cela va bien finir.

  • La FED ne relèvera pas ses taux en Décembre. Elle s’est piégée par sa politique de QE et de ZIRP comme la BOJ. Si elle relève symboliquement d’1/4 de points son principal taux directeur pour montrer qui est le patron, elle le rebaissera dans les mois qui suivent car l’économie américaine est fragile et à la merci du moindre ralentissement économique. La pression sur les prix notamment due à la concurrence des pays émergents ne va pas s’arrêter et nos économies occidentales surendettées ne pourraient supporter une hausse sensible du coût d’endettement. C’est l’impasse pour les banques centrales.

  • Il faut peut-être arrêter de penser que le volume des dettes n’a pas d’influence sur l’économie. Il suffit de comparer le volumes des dettes publiques (2013 : 9216 Md €) et privées (12789 Md €) au PIB (2013 : 9953 Md €) et à la quantité de monnaie en circulation (janvier 2013 : M3 = 9785 Md €). Il semble d’après ces chiffres que pour chaque Euro en circulation, on paye plus de deux fois les intérêts. Comment est-ce possible ?

    Sachant toute la circulation monétaire se fait par création de dette, le remboursement diminue donc la circulation monétaire d’autant. En remboursant la moitié de la dette, il n’y a plus aucun euro en circulation. Un remboursement total est donc impossible sans créer de nouvelles dettes.

    Sur les QE, il semble que les banques ont déjà exploité la quasi-totalité des prêts possibles, donc les QE qui sont toujours attribués aux banques ne se convertissent que très peu en circulation monétaire par les dettes.

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