Le contribuable, ce citoyen de seconde zone

Moloko vellocet credits Alvaro Tapia (CC BY-NC-ND 2.0)

Ceux qui financent la démocratie sont suspects, en tout cas beaucoup plus que ceux qui en profitent.

Par Éric Verhaeghe.

Moloko vellocet credits Alvaro Tapia (CC BY-NC-ND 2.0)
Moloko vellocet credits Alvaro Tapia (CC BY-NC-ND 2.0)

Le contribuable est forcément un citoyen de seconde zone. S’il paie des impôts, c’est parce qu’il a de l’argent. Et s’il a de l’argent, il a probablement quelque chose à se reprocher. Grâce à ce brillant sophisme, aussi vieux qu’un cheval gratuit est rare, et comme tout ce qui est rare est cher, un cheval gratuit est cher, le gouvernement discrédite chaque jour un peu plus la démocratie : ceux qui la financent sont des gens suspects, beaucoup moins fréquentables que ceux qui en profitent. Cet extravagant retournement des valeurs conforte une logique d’assistanat où la valeur est tirée de la dépendance vis-à-vis de la communauté.

Le précédent de l’impôt sur le revenu

On se souvient que le projet de loi de finances pour 2016 a mis en place une mécanique compliquée pour ramener le nombre de contribuables payant l’impôt sur le revenu à moins de la moitié des assujettis. Pour le gouvernement, il est important qu’une majorité de Français ne participe pas directement aux dépenses publiques par le biais de l’imposition.

Pour qualifier ce réflexe, on hésite entre populisme et esprit de défaite, à moins que ce ne soit les deux.

  • Populisme : pour donner à François Hollande une ultime chance d’être élu en 2017, le gouvernement flatte les bas instincts qu’il prête aux électeurs en leur expliquant qu’ils n’auront pas à payer directement pour l’entretien des armées de fonctionnaires dont le nombre ne cesse de gonfler. Que les riches paient ! ils en ont les moyens…
  • Esprit de défaite : le gouvernement préfère un peuple obéissant, qui profite de la dépense publique sans y participer, plutôt qu’un peuple d’empêcheurs de tourner en rond qui demande des comptes sur l’utilisation de l’impôt. C’est ainsi que les démocraties finissent, quand le pouvoir endort les consciences et parie sur la docilité plutôt que sur la liberté.

L’affaire des demi parts des veufs(ves)

Alors que le gouvernement offre 2 milliards de réductions d’impôts à tous ceux qui seront désormais exonérés de l’impôt sur le revenu, il veut aller plus loin.

La suppression des demi-parts des veufs et veuves, décidée en 2008, produit mécaniquement une hausse des impôts locaux ? L’État, entendez les autres contribuables, paiera. Alors que les rares contribuables sont déjà assommés au titre de la solidarité, ils devront faire un effort supplémentaire pour ceux qui ne paient pas l’impôt.

Bien entendu, personne ne pose la vraie question : pourquoi les impôts locaux sont-ils si élevés ? Cette question-là fâche trop. Et puis elle obligerait à rendre les millions de fonctionnaires territoriaux productifs… Et ça, le fonctionnaire n’aime pas.

Le geste en faveur des handicapés

Bercy avait projeté d’aligner l’allocation adulte handicapé (AAH) sur les autres minima sociaux, en déduisant de son calcul les intérêts des comptes d’épargne. L’allocataire qui dispose d’une épargne importante en sera heureux : s’il a eu la bonne idée d’hériter de la formule familiale, il continuera à vivre de la solidarité collective.

Là encore, le système fonctionne sur des postures à deux vitesses : d’un côté, le gentil allocataire qui a tous les droits, de l’autre, le méchant contribuable qui a tous les devoirs.

Qu’importe, puisqu’il est un citoyen de seconde zone…

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