Taxe sur les transactions financières : l’idéologie suicidaire

TTF : la haine de la finance et l’incompréhension de son rôle central dans une économie de marché au sommet de l’État.

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[ C ] Lucas Cranach - Suicide of Lucrezia (1529) - Detail credits Playing Futures: Applied Nomadology (CC BY 2.0)

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Taxe sur les transactions financières : l’idéologie suicidaire

Publié le 30 octobre 2015
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Par Jean-Yves Naudet
Un article de l’IREF

[ C ] Lucas Cranach - Suicide of Lucrezia (1529) - Detail credits Playing Futures: Applied Nomadology (CC BY 2.0)
[ C ] Lucas Cranach – Suicide of Lucrezia (1529) – Detail credits Playing Futures: Applied Nomadology (CC BY 2.0)

« Mon ennemi, c’est la finance ». François Hollande n’a pas oublié son slogan de campagne électorale. Il vient de le prouver en souhaitant, sur France Inter le 19 octobre, que la future Taxe européenne sur les Transactions Financières (TTF) entre en vigueur le plus rapidement possible, « avec l’assiette la plus large possible » et que son produit soit affecté « au service du climat, de la lutte contre le réchauffement climatique ». Nous revoilà en pleine idéologie, loin du soi-disant social-libéralisme cher à Emmanuel Macron ! De quoi réjouir ATTAC et l’extrême gauche : Libération parle de « divine surprise ». Un mauvais signal envoyé à l’économie en général et aux marchés financiers en particulier.

Tobin or not Tobin ?

Les racines de cette affaire sont lointaines. On a même parlé à propos de la TTF d’un retour de la taxe Tobin. C’est oublier que le prix Nobel James Tobin avait envisagé en 1972, moment où se disloquait le système de Bretton-Woods de taux de changes fixes, une taxe sur les transactions monétaires internationales, dans le but de limiter la volatilité des taux de change. Suggestion contestée par de nombreux économistes, mais récupérée par les altermondialistes comme symbole de la lutte contre « la mondialisation ultra-libérale », d’où la création d’ATTAC, l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne.Tobin lui-même avait dénoncé cette récupération et rappelé son attachement au libre-échange et sa volonté de stabiliser le système financier et non de le détruire.

Par extension, on a gardé l’habitude de parler de taxe Tobin à propos de toutes les taxations sur les transactions financières, même si elles n’ont plus rien à voir avec l’idée de stabiliser les taux de change. Le glissement n’est pas mineur : d’une technique, contestable et inefficace, de stabilisation des taux de change, on est passé à une simple opération fiscale, une de plus. Dans le vocabulaire politiquement correct, on parle de « financements innovants », doux euphémisme pour parler de nouveaux impôts. La France a « donné l’exemple » avec la taxe Chirac sur les billets d’avion, qui a fait tant de mal à Air France, qui n’avait pas besoin de ce souci supplémentaire.

Du G20 à l’UE à 11

La Commission européenne a repris le projet en 2012/2013, initié dès 2010 après l’échec des négociations au niveau du G20, en proposant une Taxe sur les Transactions Financières dans l’Union européenne. Le projet prévoit une taxe de 0,1% sur les échanges d’actions et d’obligations et de 0,01% sur les produits dérivés financiers. Ces taux pourraient paraitre faibles, mais c’est un trompe-l’œil, parce que, surtout pour les produits dérivés et pour les fonds monétaires, la multiplication des transactions est la règle. D’ailleurs, les estimations européennes montrent l’importance de cette taxe, puisque ces estimations, qui vont de 34 à 57 milliards pour l’Europe, varient pour la France entre 9,6 et 15 milliards d’euros, soit presque 1 point de PIB, exactement entre 0,5 et 0,75%. Une des discussions porte sur la taille de l’assiette, pour les produits dérivés, que François Hollande pousse à élargir encore.

Un premier débat porte sur la mise en œuvre de cette taxe. Beaucoup de pays européens ont été extrêmement critiques, et la Commission a dû faire marche arrière en proposant une adhésion volontaire, selon le processus dit de « coopération renforcée ». Résultat : seuls 11 États l’ont acceptée, dont la France, qui a déjà mis en place en 2012 une taxe financière de 0,2% sur les actions des sociétés à la capitalisation boursière supérieure à un milliard, et l’Allemagne, les autres s’y opposant. La Suède figure parmi les opposants farouches, ayant connu chez elle un échec total lors d’une application en 1984 d’une telle taxe, les transactions, mais aussi des entreprises, s’étant délocalisées face à ce nouvel impôt, comme le montrait pour l’IREF Nicolas Lecaussin (1/2/2012) : 52% de baisse du marché des transactions boursières ! La date d’application de la TTF a été sans cesse repoussée, et la limite ultime, le 1er janvier 2016, le sera à son tour, François Hollande lui-même réclamant la mise en œuvre dès 2016 ou « au plus tard » en 2017, car, si le principe a été voté, la mise en œuvre n’est pas finalisée.

Fuite des capitaux et destruction d’emplois

Mais c’est le principe même de cette taxe qui pose problème. Même Pierre Moscovici, en 2013, alors ministre de l’Économie, avait mentionné les « inquiétudes quant à l’avenir de la place de Paris et quant au financement de l’économie française ». Récemment, le 20 octobre, Le Figaro publiait une « lettre ouverte au Président » expliquant que cette taxe, limitée à onze pays, « pénaliserait la France », tribune signée par des chefs d’entreprise et des économistes, parfois loin d’être de grands libéraux : « lourde erreur » et « cadeau fait à nos concurrents ». L’IREF avait publié, le 30 août 2013, les résultats d’une étude de la New Direction Foundation, montrant les effets négatifs : hausse du coût pour les emprunts, y compris d’État, qui auront du mal à se financer, et destruction massive d’emplois : 125 000 en France, 641 000 en Europe. Dans la situation actuelle de l’emploi, l’imprudence saute aux yeux.

Ce n’est pas pour rien que le G20 avait refusé ce type de taxe, mais l’application à un petit nombre de pays est encore plus absurde, puisque toute taxe renchérit les coûts, est supportée par le client final, et fait fuir les capitaux concernés, cela d’autant plus que la plupart des grands centres financiers, dont Londres, Dublin, Luxembourg, ne seront pas soumis à cette taxe : « Suicide pour le marché financier européen » selon l’expression du Président de la Société Générale. Le rendement lui-même de l’impôt devient alors aléatoire, puisque la taxe, faisant fuir les capitaux, détruit une partie de l’assiette : « L’impôt tue l’impôt », ce n’est pas nouveau ! Deux raisons expliquent cette obstination en faveur de la TTF : la haine de la finance et l’incompréhension de son rôle central dans une économie de marché. Idéologie et ignorance, auxquelles s’ajoutent en France la fascination exercée par l’impôt sur nos dirigeants : l’impôt, une passion française ?

Sur le web

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  • Jamais les socialistes n’admettront que ce sont les taxes et la réglementation qui créent les inégalités, la pauvreté et le chômage.

    Même les démocrates US commencent à dénoncer le virage socialiste qu’à pris leur pays.

    La France est vraiment le centre de l’arrogance et du nombrilisme ou on arrive à justifier n’importe quelle action qui est sensé « a priori » régler les problèmes alors qu’elle ne fait « a posteriori » que les créer et les amplifier.

    • Depuis le temps qu’ils pratiquent le même logiciel, les socialistes n’ont toujours pas compris que leur idéologie ne fonctionne pas; il y a là une arrogance totale et voir même une stupidité bien visible. Vous allez voir qu’ils arriveront encore à faire porter le poids de leur échec aux autres, libéraux en tout premier.

  • « Suicide » est bien le mot qui convient.
    Déjà lors de la taxe de 2012, les investisseurs ont rapidement trouvé comment la contourner le plus possible :

    http://www.en-bourse.fr/taxe-transactions-financieres/

    Effectivement, il faut être vraiment nul pour ne pas comprendre l’intérêt de la bourse dans l’économie d’un pays. Si les entreprises ne trouvent plus d’investisseurs, elles vont partir. C’est aussi simple que ça.

    La France s’appauvrit et on lui coupe encore plus les ailes. Ridicule.

  • Bonjour
    Le monde est dirigé par deux puissances, la politique et la finance. La seconde tient le haut du vrai pouvoir désormais.
    Reconnaitre une taxe sur la finance est en fin de compte reconnaitre cela, rien ne changera pour la base et la séparartion entre ceux qui ont et veulent plus et les peuples qui eux sont engagés réellement dans l’économie physique réelle. Le probléme est que la finance ne représente plus le marché économique ni les valuers du travails, de la création, du développement. La finance enferme les petits emprunteurs, les entreprises, et de nouveau les pays énergeants prisonniers eux aussi des bailleurs de fonds qui eux créent l’argent virtuel. Ce n’est plus une histoire politique de gauche ou de droite mais de savoir si ce qui prime est la richesse des uns sur la trés grande majorité ou si l’homme et l’humain est à remettre au centre de nos principes. En ce sens la France s’est perdue sur ses valeurs et sur sa propre constitution depuis 1789. Probléme de fond qui ne changera pas, mais qui explosera un beau matin.

    • En voilà un beau discours bien marxiste ! La puissance qui dirige le monde, c’est la stupidité crasse qui se traduit dans des idéologies inhumaines et des religions mortifères. Remettre l’homme et l’humain au centre de nos principes pour mieux le contraindre, et mieux le massacrer…

  • Surpris? Vous avez déjà vu un socialiste capable de comprendre le monde des affaires, sinon pour le détruire et le remplacer par la misère, hélas seule réponse du réel à cet autisme?

  • 1. La taxe sur les transactions financières aurait pour effet de décourager le trading haute fréquence dont on sait la nocivité. Mais cela n’a de sens que si cette mesure est prise au niveau mondial et que toutes (je dis bien toutes) les places financières l’appliquent… 2. Pourquoi notre président ne fait-il jamais de « benchmarking » ? L’expérience suédoise paraît pourtant éclairante.

    • « dont on sait la nocivité »
      Ben non, justement, c’est une affirmation qui manque singulièrement de documentation. Il est certain que le trading haute fréquence augmente la liquidité, certain également qu’il réduit les frais pour les intervenants finaux (sans quoi les brokers basse fréquence auraient leurs faveurs). Les inconvénients sont une plus grande incertitude sur l’exécution et la contre-partie qu’avec des teneurs de marché. Rien de spécialement nocif…
      Le plus grand argument est le même que pour la TTF : « vous rendez-vous compte, Madame Michu, de ces miyards de miyards qui s’échangent à chaque seconde sans que nous en ayons notre part ! »

      • La dénonciation du THF est devenu un slogan qui, comme tout slogan, a pour fonction d’interdire l’usage de leurs cerveaux à ceux qui s’y soumettent.

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