Le rôle d’une utopie libérale

Le pendant de l’utopie libérale, c’est l’idéologie social-démocrate.

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Liberté (Crédits Scarleth Marie, licence Creative Commons)

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Le rôle d’une utopie libérale

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 24 octobre 2015
- A +

Par Gabriel Lacoste

Liberté (Crédits Scarleth Marie, licence Creative Commons)
Liberté (Crédits Scarleth Marie, licence Creative Commons)

 

« Cette affirmation est utopique, donc elle n’est pas valide. » Voilà un raisonnement qui mérite une brève réflexion. Lorsque nous parlons société, nous utilisons souvent l’imagination pour proposer des alternatives à « l’ordre actuel ». Parfois, celles-ci n’existent pas dans le monde, mais seulement dans nos esprits. Le libre-marché, le communisme et la démocratie peuvent tous fonctionner de cette manière. Ils pointent alors un idéal à partir duquel la réalité est critiquée. Les énoncés « mais ceci n’est pas du libre-marché ! », « l’URSS n’était pas du vrai communisme ! » ou « notre système n’est ps authentiquement démocratique ! » n’ont de sens que dans ce contexte. Ils signifient « ce sont des idéaux, pas des réalités ». L’usage péjoratif du terme utopique rejette ce comportement comme étant puéril. Nos fantaisies mentales n’auraient de valeur que si elles se réfèrent à de l’existant.

Cette objection est la plus sérieuse contre le libéralisme économique. Peu importe notre approche, nous nous buttons inévitablement à une frontière. Au-delà, aucune société n’a été aussi responsable que nous le voudrions avec son portefeuille. Certains secteurs comme l’éducation, la police, les routes et la santé n’ont jamais ressemblé à un marché purifié de la planification politique. Les meilleurs systèmes que nous y observons sont sociaux-démocrates, même s’ils incluent quelques éléments de choix monétaires. Dans ce cas, nous sommes condamnés à défendre la liberté pour la vente d’appareils électroménagers ou de tondeuses, mais non pour ce qui est au cœur d’une société. Comment surmonter ce défi ?

Démasquer l’idéologie

Premièrement, nous devons comprendre comment nos adversaires partagent la faute. Très peu décrivent la réalité sans user d’imagination. Nombreux sont ceux qui confondent l’étude des faits avec un enchantement du monde autour de nous. Sous prétexte de s’en tenir à ce qui a lieu, ils fabulent. Un chat affamé est un chat affamé et non un esprit séducteur poilu en manque d’affection. De la même manière, une taxe est une prise d’argent sans consentement et non un don à la société. Une élection est un choix confus, limité et contraignant plutôt que l’expression d’une volonté libre et claire. Les illusions de ce genre sont constantes lorsque nous parlons des autorités politiques. Sa réalité est voilée d’un écran de vocabulaires mystificateurs.

Imaginer un monde meilleur est peut-être un problème, mais regarder le monde actuel et le décrire comme s’il était merveilleux l’est davantage. Le pendant de l’utopie, c’est l’idéologie. Ceux qui s’y opposent sont les premiers à être dupes de ce petit jeu de l’esprit. En fait, l’utopie sert à contrer cette supercherie. C’est en imaginant une réalité différente de la nôtre que nous la dépouillons de ses fables. Par exemple, raconter l’histoire d’un marché de la justice où les postes de police nous vendraient des protections en situation de concurrence a une fonction pragmatique : montrer comment la monopolisation actuelle de la violence possède des attributs néfastes. L’imagination d’alternatives combat l’imagination du réel.

Défaire un système de croyance

Deuxièmement, nous devons comprendre comment notre pensée fonctionne comme un système et non comme un ensemble de croyances isolées les unes des autres. Au même titre que les astronomes d’antan percevaient le système solaire comme un mouvement autour de la Terre, nos sociologues d’aujourd’hui interprètent l’harmonie en société comme un mouvement autour des institutions politiques. Peu importe si nous discutons d’éducation, de santé, de pauvreté ou de routes, c’est le point focal autour duquel l’analyse converge. La plupart des libéraux partagent ce dogme. Ils conçoivent plus aisément l’existence de systèmes harmonieux complémentaires, mais placent encore l’État au centre de leur réflexion. C’est pourquoi ils acceptent de monopoliser par la force les fonctions vitales dites « régaliennes ».

Cette incapacité de réfléchir en dehors du paradigme dominant nuit au libéralisme. Le premier obstacle à nos idées, c’est précisément cette « astronomie » de l’harmonie humaine. Tant et aussi longtemps que l’essentiel de ce rôle, la composante « régalienne », appartient à une autorité centrale, il est quasiment impossible de montrer à quelqu’un que la maladie, l’ignorance ou la pauvreté seraient mieux combattues sans elle. La foi en l’État-Providence est un ensemble que nous ne pouvons pas défaire morceau par morceau. La manière la plus efficace de la déconstruire est d’attaquer directement son fondement : la croyance selon laquelle la civilisation tourne autour du pouvoir politique. En compromettant sur ça, les libéraux échoueront toujours sur le reste, car tout discours collectif gravite autour de ce seul et unique énoncé. Le reste en découle logiquement, tel un algorithme impitoyable.

Comment y parvenir ? Par l’utopie. Imaginer un monde où le centre de l’humanité, les lois et la générosité, ne dérivent pas d’institutions démocratiques mais marchandes montre comment notre compréhension de la civilisation est fondamentalement défaillante. Nous pouvons alors établir un changement de paradigme, à la manière de Copernic. Par ce détour, les marchés seront enfin conçus pour ce qu’ils sont : un lieu d’harmonisation des volontés. Les forces politiques apparaîtront alors clairement et sans nuances comme des lieux de confusion et de conflits où prospèrent des charlatans vindicatifs. Une fois ce mouvement de pensée complétée, il est beaucoup plus facile de modifier nos croyances particulières relativement aux écoles, aux hôpitaux, à la pollution, au commerce, aux routes et ainsi de suite.

Le critère de la vraisemblance

Troisièmement, il faut préciser que l’utopie ne doit pas être démontrée, mais seulement apparaître vraisemblable. Le but n’est pas de tout changer en un jour, mais de regarder systématiquement la réalité présente à la lumière d’un idéal qui la contredit. Le chemin pour l’incarner dans la réalité, lui, peut être graduel et prudent. Cependant, pour espérer des progrès dans cette direction, il faut que les bases de ce projet soient relativement bien ancrées dans une certaine réalité.

Les utopies libérales sont supérieures à celles des socialistes sur ce plan. Ces derniers rêvent de transformer l’humanité en une gigantesque tribu solidaire soudée ensemble par des liens quasi-familiaux. Rien dans le monde ne va dans cette direction. Cette fantaisie, loin d’orienter la société vers un idéal enchante des relations de contrôle arbitraires entre des gens qui ne se connaissent pas. Le socialisme n’est qu’idéologie. La même chose n’est pas vraie chez les libéraux. Les lieux de commerce qui relient des individus sans la supervision d’une autorité centrale sont présents autour de nous. Ils fonctionnent très bien. S’en servir pour construire une utopie ne réinvente pas les lois de l’humain, mais prend simplement les secteurs les plus civilisés de notre société, puis les déplace en imagination au centre de notre système plutôt que de les tolérer seulement en périphérie.

L’avenir d’une telle utopie

Un idéal doit porter un espoir. Sinon, il s’éteint. Le socialisme démocratique mourra pour cette raison. Ses institutions ne nous promettent plus rien. Son ambiance est celle d’une agonie menaçante. Qu’en est-il d’une société de marchés prospères et sans État ? Selon moi, il y a matière à rêver.

L’histoire humaine a vécu récemment un changement de paradigme. Avant, notre conception de l’harmonie humaine gravitait autour de Dieu. Des institutions concrètes en découlaient : les églises. Graduellement, la modernité a vu ce mode d’organisation se déplacer en périphérie au profit des institutions démocratiques, qui en ont occupé le centre et récupéré les fonctions. Le mouvement qui va de la renaissance à aujourd’hui se résume dans cette révolution « cléricale ». Ce phénomène n’a pas été purement intellectuel. L’apparition de nouveaux moyens de communication et de transport ont graduellement permis l’apparition d’une sphère de socialisation indépendante de la messe, favorisant l’éclosion d’une laïcité de plus en plus affirmée.

J’imagine assez aisément comment un libéralisme apolitique peut triompher lentement en suivant ce modèle. Nous apprenons à penser de plus en plus en dehors de l’école et du milieu de travail, deux lieux où l’État nous influence via les professeurs et les autorités syndicales. Cet effritement du contrôle politique sur nos esprits favorisera peut-être le dépérissement du système de pensées qui l’anime. Qu’est-ce qui prendra la place ? Logiquement : l’individu et ses réseaux d’activités marchandes.

Cette analyse va dans le sens de l’histoire. Elle est la continuation d’un seul et même phénomène : « la mort de Dieu ». Nos descendants ne feront alors peut-être plus la différence entre le personnage de Dostoïevski qui s’exclamait tragiquement « Si Dieu n’existe pas, tout est permis » et celle de nos contemporains qui disent « Si l’État du Peuple n’existe plus, ce sera le chaos. » Au fond, l’humanité peut mieux vivre en se passant de la figure paternelle, voilà tout.

Ayons le courage d’être visionnaires.

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  • Bonjour

    – D’une part l’enfer est pavé de bonne intention, et je me méfie comme la peste des idéologies, surtout utopique.

    -En france les libéraux classique font qq pour-cent, les anarcap qq milliers? Si on veut faire changer les choses, faut-il avoir un discours extremiste, incompréhensible, ou plutot se fédérer avec tout les liberaux qui partagent une même socle?

    • Si on veut faire avancer la cause, il faut des intellectuels libéraux didactiques et intéressants sur les plateaux télé, a la radio, sur internet, dans d’autres médias de large spectre. Il faut aussi des partis politiques couillus, trollesques et provocateurs, pour se faire connaitre, pour attirer l’attention.
      Exemple: Ce n’est pas en parlant de point de prélèvements obligatoires en plus ou en moins et de taux d’intérêt qui vont intéresser les masses, mais en pointant le fait que l’impôt n’est plus consenti, est un vol par conséquent, et que les banques centrales ont été criminelles en provoquant la crise. On passe.pour des fous au début, on tient bon, notre auditoire s’agrandit, et à la fin on nous prend au sérieux voire on nous craint.

      • Bonjour Tremendo

        Je ne suis pas d’accord avec toi.

        La plupart des gens qui viennent s’intéresser au discours libéral le sont par l’inflation taxatoire, l’impression de gâchis, de l’inefficacité du système etc.. un ras le bol de l’intervention de l’état.

        La plupart de gens sont pour l’impôt (moi aussi) et les discours excessifs que tu tiens font fuir les lurkeurs (impot=vol BCE=criminel).

        Tu passe pour un fou au début.. mais tu risques de n’avoir que le début, les lecteurs étant partis.

        Ne sous estime pas la masse de lecteurs anonymes (je sais c’est des cons).

        Que contrepoint expose des utopies comme l’anarcapie, très bien, mais il ne faut pas que CP devienne un salon où seuls les anarcaps restent entre eux dans la pureté idéologique.

        • « Il ne faut pas que CP devienne un salon où seuls les anarcaps restent entre eux dans la pureté idéologique. » En affirmant cela, je comprends que la « pureté idéologique » est selon vous un vice qui manque de sérieux. De plus, vous portez une attention importante au nombre de gens qui pensent de façon classique vs de façon… comment dire… « révolutionnaire » ?

          Concernant le premier point, je crois qu’effectivement de nombreux anarcho-capitaliste ne sont pas sérieux. Comme de nombreux libéraux et de nombreux sociaux-démocrates ne le sont pas non plus. Le texte que je viens de partager se veut sérieux et vous ne semblez pas avoir porté attention à mes arguments.

          Pourquoi croyez-vous que les socialistes ont des millions d’adhérents et que les libéraux n’en ont que des milliers ? Parce que les libéraux sont comme vous et se refusent de rêver, se prétendant ancré dans la réalité. Les socialistes, eux, ne se gênent pas pour vendre du rêve. Et ils en vendent ! Si vous refusez de rivaliser avec eux avec leurs armes, vous allez toujours perdre. Ce n’est pas des arguments subtiles qui vont convaincre les gens de baisser 2 % de taxes, mais des arguments grossiers et simples bourrés d’imagination livresque. Vous ne comprenez pas le rôle de l’imagination dans la formulation des opinions. Et je vous adresse la critique de façon sérieuse et réfléchie après avoir étudié pendant des années la question et produit des documents très sérieux dans des universités. Rien à voir avec une pensée « de salon ».

          Ensuite, le nombre de gens qui pensent libéral ne comptent que si vous croyez en la démocratie. Vous avez l’utopie de croire qu’un jour le parti libéral de France sera élu et installera l’État régalien. Je ne pense pas que c’est de cette manière que les choses progressent. Les gens prendront de l’indépendance économiquement de l’État AVANT de voter libéral, voir même de comprendre ce que ça veut dire.

          • J’aime beaucoup votre proposition, et j’ai l’orgueil d’argumenter dans ce sens depuis quelque temps maintenant. Les libéraux ne peuvent plus se contenter de prouver la validité rationnelle de leurs idées, ils doivent les vendre, et, comme vous le dites mieux que personne dans cet article, ils doivent faire rêver.

            Et j’ai mon idée de ce qui peut faire rêver un français moyen, artisan, commerçant, entrepreneur ou ouvrier: l’idéal libéral défend votre liberté d’être de ce que vous voulez, absolument tout ce que vous voulez (tant que cela ne nuit pas à autrui, à la société, etc, ok, vous connaissez).

            Si vous voulez vivre dans une cabane en Picardie, cultiver votre champs de betteraves et tirer votre eau du puits parce que vous ne voulez pas payer les taxes communales, libres à vous!
            Si vous voulez créer une communauté autonome mettant tout en commun à la façon d’un kibboutz, ou même d’un kolkhoze, libre à vous!
            Etc…

            L’idée centrale étant que l’état vous laisse libre de vivre comme vous le souhaitez, l’état vous permet de réaliser votre propre bonheur, selon l’idée personnelle que vous en avez. Réalisez votre bonheur librement, pas celui que l’état actuel décrète pour vous.

            • Même si je partage beaucoup de vos conceptions, je ne pense malheureusement pas que le libéralisme sera, un jour, à la mode en France. Il y a à cela une habitude nationale (nationaliste?) de considérer son pays comme exceptionnel (cet orgueil national, largement partagé, s’appelle le chauvinisme et se traduit dans la conversation où on ne parle pas de citoyens ou de gens, comme ailleurs, mais de « Français ». Si vous ne me croyez pas, regardez, un matin, « Télé-matin » avec W.Leymergie et comptez le nombre de fois où le mot « Français » est prononcé).

              Or l’orgueil d’un pays tient évidemment essentiellement à sa géographie habitée (qui est merveilleuse, j’en conviens sans problème) mais aussi à son organisation dans toutes ses dimensions. Vous pensez que vos radars piégeant sur les routes passent inaperçu au regard des touristes? Que vos concitoyens parlent rarement une autre langue étrangère facilement? Que la population a du mal à comprendre comment on peut n’être pas français (Montesquieu: « comment peut-on être Persan?)? Que la critique nationale est un sport national mais strictement prohibé chez un étranger? Bref qu’on es toléré mais pas « égal » (17 ans passés à travailler chez vous et pour vous).

              Or l’actualité française quotidienne montre bien que ce pays est en train de se casser la gu…le magistralement: ce n’est pas étonnant et cela peut faire sourire (par contraste) mais si cela ne peut que conforter les nombreux émigrés « économiques » français, dans leur décision; personne ne s’en réjouit en Europe!

              D’autant que les politiciens sont plus nombreux à vouloir « exercer le pouvoir » qu’à « exercer les responsabilités » (les boucs émissaires habituels sont faits pour ça).

              Cependant, je ne pense pas que mes idées libérales soient prêtes à convaincre tout le monde: c’est d’ailleurs contraire à mon respect pour la liberté de pensée de mon voisin: croire que le libéralisme va conquérir tout le monde, c’est une illusion.

              Par contre, être libéral et vivre, soi-même, libéralement et transmettre cette valeur, en réalisant ses propres projets est possible à l’échelle personnelle, ce qui est bien plus convaincant que tous les discours (ailleurs qu’en France où les phrases et les mots sont tellement plus importants que les faits : voir: https://www.google.be/?gws_rd=ssl#q=ce+n%27est+pas+c%27qu%27on+fait+qui+compte )

              Je reproche d’ailleurs à l’auteur de l’article de vouloir trop résumer le libéralisme au marché libre: cela nuit clairement au fait que le libéralisme est d’abord une philosophie personnelle.

              Et on sait que ce sont les excès financiers du libéralisme, dès lors transformé en « ultra-libéralisme » où tout devient librement permis et qui nuisent le plus au libéralisme!

              Il n’y a autant de tricheurs que sur les « marchés »! Comment la France vend-t-elle ses armes, bateaux, rockets et avions, si ce n’est avec de la corruption (et rétro-commissions?)?

              • C’est toujours ce que les français disent à propos de leur propre pays, de leurs propres compatriotes: « en France ça ne marchera jamais »… et le plus désolant, c’est que même les libéraux qui peuvent apporter un nouveau souffle, les seuls qui le peuvent, les seuls qui le doivent, disent la même chose. En l’espèce et en clair, leur pensée est « les français sont trop cons »…

                Et c’est faux. Les français sont faits comme tous les autres peuples, et si c’est possible dans d’autres pays, alors c’est possible pour les français.

                Les français ont leurs défauts, mais aussi leurs qualités, ils ont du génie, je le crois vraiment, et la France a montré dans son histoire une capacité de résilience, une faculté pour rattraper son retard et remonter encore plus fort, de façon incroyable et unique.

                On a certes une « élite » qui sabote les forces de son pays, mais ce faisant cette élite se saborde elle-même en se croyant très malins. Ils sont tellement idiots, et leur corruption est un tel manque d’intelligence, qu’ils se dirigent droit vers leur chute. Les français capables sont là, ils se révèleront le moment venu, et les libéraux, je le crois, en font déjà partie.

                Il faut colporter ce rêve, et j’y crois! Nous avons la liberté de réaliser notre bonheur individuel pour le bien de tous, c’est un élan intérieur naturel et irrépressible, et personne ne peut l’étouffer indéfiniment!

                Purée je devrais peut être me lancer en politique? :-p

              • Je ne suis pas aussi défaitiste. Les idées vieillissent, même si elles ont la vie longue. Le fantasme de former une Nation exceptionnelle via l’État risque de se tenir au fur et à mesure que ses institutions tomberont désuétude, par manque de richesse à parasiter. À moment-là, le nationalisme français ou autre (au Québec, c’est a même histoire) apparaîtra plus clairement comme une grosse supercherie pour taxer les gens, puis l’homme du commun n’y verra plus de lumières. Même si je me trompe, il est utile de diffuser cet espoir, de dépeindre nos adversaires comme une religion en fin de régime au bord d’un tournant. Au-delà des faits, la manière dont nous la racontons a une influence. Peut-être y a -t-il un moyen de récupérer une dimension nationaliste en disant « nous serons les premiers à libérer l’Occident de ce mal qui le ronge » et autre slogan pompeux du même genre plutôt que de se montrer continuellement abattu, puis de se recroqueviller dans un espace personnel de libertés.

                Il est vrai, comme vous le dites que je mets beaucoup l’accent sur la liberté de marché. Si c’est le cas, c’est parce que c’est la seule forme d’organisation qui peut se substituer à l’espace occupé par l’État. Oui, il y a des défauts sur les marchés. Seulement, les solutions y émergent plus facilement là qu’ailleurs.

          • « Il ne faut pas que CP devienne un salon où seuls les anarcaps restent entre eux dans la pureté idéologique. »

            Je ne suis pas anarcap du tout, mais je partage clairement la même utopie qu’eux : tant qu’on en reste sur l’utopie très lointaine … pas de problème ! Le diable est dans les détails.

        • On dira ce qu’on veut du FN, leurs positions ne sont pas les miennes loin de là, mais il faut avouer qu’ils se sont imposés dans le spectre politique en trollant. En balançant des monstruosités, les médias ont commencé à parler d’eux, les gens ont vu qu’ils existaient et leur façon provocatrice d’exposer les choses ont séduit une certaine masse. Dans le même temps le langage convenu de l’UMPS et leur faux pragmatisme de gens faussement bien renseignés a commencé à déplaire.
          Les ecolos ont fait la même chose à la différence que leurs idées ont été récupérées par les autres partis cette fois-ci.
          Il faut balancer dans la provoc’, il faut exagérer, être légèrement de mauvaise foi, balancer du rêve, sinon personne n’entendra parler de nous, et personne ne s’intéressera a nous.

          • C’est exactement mon point. Il y a deux nuances que j’ai mis cependant afin de rester dans le cadre de la rationalité. Il faut demeurer vraisemblable, puis distinguer les idéaux de leur application concrète. Tant que nous sommes dans la sphère de l’idéal, rien ne nous empêche de balancer des trucs qui frappent les esprits. C’est au moment d’agir ces idéaux qu’il faut être prudent. Celui qui sait distinguer les deux facette ne sera pas un fou, mais un sage.

          • Si le FN a augmenté son influence, c’est uniquement par manoeuvre des socialistes et de mitterand avec sos racisme (le FN avant 1981 0.5%).

            Pour les écologistes ils ont été mis en avant par les politiques car c’était un beau prétexte pour augmenter les impôts et l’emprise de l’état.

            Je pense que la provocation est tout à fait contre productive, sauf pour leurs auteurs qui ont le plaisir de se voir comme rebelle.

            Les socialistes ne vendent pas du rêve, ils vendent de l »aigritude’, de l’envie envers les ‘riches’.

            Le liberalisme ne fait pas rêver tout le monde, le libéralisme est exigeant, le liberalisme c’est l’effort contre la tentation de la facilité, la facilité de s’en remettre aux dominants.

            Je pense que la pensée anarcapienne est intéressante, mais d’autres courant aussi légitime existent.

            Enfin, un peu de poésie;

            « En système sexuel parfaitement libéral, certains ont une vie érotique variée et excitante ; d’autres sont réduits à la masturbation et la solitude. Le libéralisme économique, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. De même, le libéralisme sexuel, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. Sur le plan économique, Raphaël Tisserand appartient au camp des vainqueurs ; sur le plan sexuel, à celui des vaincus. Certains gagnent sur les deux tableaux ; d’autres perdent sur les deux. »
            Michel Houellebecq

            CPEF

            • Vous avez raison sur 2 points essentiels:

              Non, le libéralisme n’est pas l' »anarcap »: on ne voit que trop bien comment une philosophie de liberté individuelle peut être poussée au-devant de la scène en « oubliant » et la responsabilité qui en découle et l’interdiction de nuire à autrui, freins normaux qui vous empêcheront de tomber dans cet ersatz de libéralisme que j’appelle « ultra-libéralisme » qui ne respecte plus rien ni personne pour votre fol enrichissement personnel. Mais je vois que ce n’est pas votre cas.

              D’autre part, il est bien vrai que le libéralisme dans le domaine sexuel a été trop longtemps bridé par toutes les formes de pouvoir (le propre du pouvoir est de diminuer la liberté personnelle, d’une façon ET d’une autre: en cela, le plaisir sexuel n’échappe pas à la règle et il est, en quelque sorte, résistant à tout pouvoir, rebelle à toute autorité qui voudrait vous l’interdire).

              Cette notion, souvent apprise jeune, pose des problèmes bien plus tard, dans la vie d’adulte et dans le couple. J’en sais quelque chose, sur le plan professionnel.

              • Je trouve l’association entre ancap manque de responsabilité confondante. Je crois fondamentalement en la responsabilité autant que vous. La vraie question, c’est si l’État est une institution responsabilisante. À mon avis, elle ne l’est pas, même sur les fonctions régaliennes. Il y a des coûts à définir la propriété et le droit d’une certaine manière, puis lorsque vous défendez l’État minimal, vous socialiser ces coûts. Cela est une forme de déresponsabilisation. Si vous vous mettez plus à risque qu’un autre, avez des activités qui vous exposent plus à l’agression, favoriser une justice répressive, possédez plus de propriétés à défendre ou ne cultiver aucunement une image de respect auprès de votre communauté qui vous protège des abus ; alors bénéficier davantage de protection qu’autrui en payant autant est déresponsabilisant. Sous le couvert de reconnaître les fonctions régaliennes, ces problèmes sont occultés.

                • Vous considérez un Etat positif (qui a le pouvoir d’agir) alors que tout le modèle libéral est un modèle à posteriori.

                  Dans ce cadre, un Etat libéral se conçoit parfaitement, il est même indispensable. Il ne fonctionne juste pas du tout comme un Etat socialiste : il est un contrepouvoir et non un pouvoir : il a le devoir de réagir, de défendre les droits naturels (ou les principes libéraux, comme vous voulez.)

                  Un Etat régalien reste un Etat socialiste.

                  Vous qui parliez d’utopie …

                  • Une façon de le conceptualiser est de parler de contre-pouvoir libéraux au sein d’un État socialisant. Cette idée est sensée. Il y a alors une zone de flou entre nos deux visions et elle se joue sur la définition vague du mot « État ».

                    • Oui, la question est de garantir les libertés et non les droits.

                      Notre esprit est tellement formaté avec la notion positive du Droit, que c’est extrêmement difficile de conceptualiser un Etat qui ne reposerait pas dessus, mais sur un équivalent du Common Law, qui n’aurait que le pouvoir de trancher, de décider, au lieu d’exercer celui de contraindre.

            • Aucun problème : un libéralisme utopique sera aussi diabolisé (voir plus) qu’a pu l’être le FN.

    • gillib: « faut-il avoir un discours extremiste, incompréhensible, ou plutot se fédérer avec tout les liberaux qui partagent une même socle? »

      D’accord avec vous, le libéralisme n’avancera pas d’un iota en France tant qu’il se cantonnera à des doctrines utopiques et extrémistes.

      La situation et les mentalités sont telles qu’un discours lisible et réaliste ferait un énorme carton dans la population. Le peuple est prêt à démanteler l’état des privilèges corporatiste pourvu qu’on lui donne la possibilité de le faire (référendum, initiative) mais ça se fera (ou pas) sans l’aide de libéraux français.

      • Bonjour llmryn
        +1

        Libéraux de tous les pays, unissez-vous. 😉

        • Ça, c’est vite dit!

          Un commentateur, sur Contrepoints, m’a fait remarquer que le libéralisme français ne devait pas être confondu avec le libéralisme anglo-saxon, vu qu’il est directement issu de la révolution française (Je me disais aussi que c’eût été trop beau: la France acceptant que la constitution libérale des États-Unis avait précédé de 2 ans la révolution française, ce n’était pas acceptable pour la France et ses valeurs prétendues universelles! Comme de fait!). Ça commence mal! (Je ne suis pas Français, mais vous l’aviez deviné!)

      • Il faut les deux : il manque un travail de fond sur un vrai programme politique libéral et surtout que les libéraux arrêtent de se manger le nez pour des broutilles.

  • « La plupart des libéraux partagent ce dogme. Ils conçoivent plus aisément l’existence de systèmes harmonieux complémentaires, mais placent encore l’État au centre de leur réflexion. C’est pourquoi ils acceptent de monopoliser par la force les fonctions vitales dites « régaliennes ». »
    C’est faux. Je sais parfaitement imaginer une société sans état, avec privatisation des fonctions régaliennes, mais j’estime que la mise en concurrence des forces armées conduirait à une dégénérescence rapide de l’état de droit en loi du plus fort.
    C’est un avis éclairé, pas un biais cognitif, et votre condescendance sur ce point m’insupporte.

    • Les 200 Etats existants vivent déjà en état d’Anarchie entre eux. Voyons -nous du chaos? Tous les Etats se font-ils oa guerre? Non. Au final, en plus, avec la mondialisation nous échangeons de plus en plus avec des acteurs qui ne sont pas régis par les mêmes lois que nous, et pourtant les echanges s’accroient et la croissance mondiale est forte, bien plus forte que par chez nous.

      • Tiens, il me semble qu’il y a seulement 70 ans, ce n’était pas si folichon que ça. Mais nous ne devons pas avoir les mêmes sources. Et puis, qu’est-ce que 50 millions de morts, après tout…

    • 1- « Je sais parfaitement imaginer une société sans état, avec privatisation des fonctions régaliennes, »
      2- « mais j’estime que la mise en concurrence des forces armées conduirait à une dégénérescence rapide de l’état de droit en loi du plus fort. »

      À mon avis 1- et 2- se contredisent. Si c’est ce que vous imaginez d’une société marchande sans État, alors vous n’être littéralement pas capable d’imaginer une SOCIÉTÉ sans État. Vous n’êtes capable que de vous imaginer le CHAOS sans État.

      Vous prétendez le savoir, puis me dites ensuite que je suis condescendant. Regardez-vous. Je n’ai jamais rien prétendu SAVOIR. J’ai simplement prétendu IMAGINER. J’appelle un chat un chat et l’imagination de l’imagination. Vous, vous appelez votre imagination du savoir. À mon avis, c’est ça de la condescendance.

      Ceci dit, je ne veux pas entrer en conflit avec vous. Mon seul but est de vous faire réfléchir, puis il arrive que de confronter des idées essentiels de façon audacieuse ou téméraire (selon les points de vue) choque, dérange, provoque ou semble condescendant. Ce n’est pas mon but, je vous l’assure.

      • Bien entendu qu’à votre avis 1 et 2 se contredisent, puisque vous êtes un anarcap. Mais à moins de prouver que 2 est faux, ce qui est impossible sans mise en pratique, vous n’avez rien prouvé concernant mon manque de connaissance, et donc votre entière réponse s’effondre.

        • Vous avez raison. Je n’ai prouvé. Je n’ai pas prétendu le faire. Mon seul but était de clarifier une vision et son utilité, non de la démontrer. Jusqu’à preuve du contraire, vous avez peut-être raison d’imaginer une société sans État comme étant chaotique. J’imagine la chose différemment, mais à ce stade aucun de nous deux a une connaissance définitive. Tel est mon point.

      • Par contre, c’est l’un des cas où je serais ravi que les faits me donnent tort, car il est évident que si l’anarcap se révélait stable, il s’agirait du meilleur système qui puisse exister.

      • Gabriel Lacoste: « être littéralement pas capable d’imaginer une SOCIÉTÉ sans État. « 

        Moi, j’imagine bien les tribunaux et la police privée CGT qui se mettent dessus avec les forces de police privée coca-cola & ump pendant que les tribunaux privés FN jugent tout ceux que leur police attrape autour des camps de réfugiés. (Si les forces de police privée PS ne les assiègent pas) 🙂

        Tout ça n’est pas sérieux… !?

        Gabriel Lacoste: « J’ai simplement prétendu IMAGINER. »

        Dans la réalité, il existe des pays parmi les plus libéraux de la planète qui sont ce qui s’est fait de moins pire depuis des millénaires en matière de gestion, de droits et des libertés des humains. (suisse, pays du nord, etc)
        On a tâtonné pendant des siècles à coup de rivières de sang pour arriver à ces systèmes, il suffit de piocher dedans pour voir comment ça marche.

        Les « exercices d’imagination » puérils font surtout passer les libéraux pour des ahuris au moment ou la société française est pourtant totalement prête à accepter un discours libéral pragmatique et cohérent.

        La porte est grande ouverte et vous préférez enfiler des perles colorées sur un joli collier. Si l’état est à 57% dans un pays ruiné c’est soit parce que vous avez les meilleurs socialistes du monde (lol) soit les pires libéraux de la planète.

        • Les libéraux échouent à vendre leurs idées. Sans vouloir vous offensez, vous pouvez manquer un sens de la réalité autant que moi en affirmant le contraire. Remarquez que si vous avez raison et que effectivement un mouvement citoyen réduise l’État, je ne m’en plaindrai pas. À la limite, nos approches peuvent se complète. Adressez-vous au pragmatique terre-à-terre. Je m’adresserai aux rêveurs romantiques. Ensemble, nous irons globalement dans la même dire et rendu au point de divergence, nous verrons ce qui se passe.

          • Sans vouloir vous offenser, les idées anarcap sont invendable dans les communautés humaines sur Terre.

            Je suis au parti libéral suisse on arrive à vendre les nôtres, à avoir des élus, à gagner des élections, à infléchir les lois. Le jour ou on prône les idées anarcap, on perd tout; élections, lois et on fait comme vous: on n’existe plus et on laisse le champ libre aux socialistes.

            • Oui et la Suisse est le meilleur système concevable ? Il y a plus de libertés en Suisse, mais si c’est l’idéal de liberté que vous avez, je vous trouve très modeste. Vous avez une vision conservatrice des sociétés cherchant à ancrer vote opinion à un endroit à quelque part dans le présent. Vous êtes satisfait lorsque vous arrêtez votre regard sur la Suisse. Peu de gens regardent comme vous la Suisse avec des pétillants dans les yeux. Quant à ce qui est vendable comme utopie, pour l’instant, c’est le communisme et vous ne renverserez pas la tendance en parlant de la Suisse.

              • Gabriel Lacoste: « Vous êtes satisfait lorsque vous arrêtez votre regard sur la Suisse. »

                Non et c’est pour cela que je mène des combats libéraux qui eux qui portent leur fruits dans la vraie réalité des gens.

                Les 21% de jeunes qui ne sont pas au chômage en comparaison de la France sont satisfaits
                Les seniors qui ne sont pas jetés à 50 ans sont satisfaits.
                Les retraités qui sont assuré de toucher leurs retraites sont satisfaits
                Les salariés qui touchent deux fois le salaire moyen français sont satisfait.
                Les étrangers, 4 fois plus nombreux qu’en France sont apparemment satisfait: ils ne brulent rien.
                Les générations futures qui n’auront pas à payer une faillite monstrueuses tout en étant eux-même déshérités vont probablement être satisfait aussi.

                Gabriel Lacoste: « mais si c’est l’idéal de liberté que vous avez, je vous trouve très modeste. »

                Mes rêves je les garde pour mes soirées détente ou ils ne feront du tort à personne, c’est plutôt du réalisme et c’est déjà TRÈS ambitieux au regard de l’état du monde et de l’histoire.

                Une fois la France arrivée à ce niveau, il sera toujours temps d’exiger plus mais ce qui se profile c’est plutôt la faillite, une casse sociale monstrueuse et des délires populistes parce que vous n’existez pas.

                • Je suis d’accord avec vous là-dessus. Votre réalisme est utile. J’apprécie toutes les analyses empiriques qui prennent des points de comparaison réelle. Je pense qu’un nom significatif de gens influent écoutent ces arguments, puis ils m’aident aussi à défendre mes opinions. La seule réticence que j’a, c’est que je ne vois pas les arguments centrés sur l’imagination comme étant de simples fantaisies de salon. Je crois qu’ils bougent des sociétés. Je crois réaliste pragmatique en disant cela. Jésus était probablement le plus grand rêveur de l’humanité, puis il a été la personne la plus influente. C’est l’exemple plus évident, mais il y en a des tas d’autre. Reconnaître le rôle de l’imagination est réaliste. Sur ce plan, la Suisse ne fait pas rêver autant qu’un monde imaginaire situé dans 200 ans d’ici. Je dis cela, mais j’insiste que nos deux approches sont complémentaires.

              • Qu’avez vous contre la Suisse?

              • Le communisme n’est plus vendable, ce sont ces successeurs : écologisme, altruisme égalitariste, altermondialisme et populisme qui ont la côte.

            • Et juste une brève remarque. Stefan Molyneux va chercher 250 000 clics sur YouTube en vendant ces idées-là, générant une quantité de pages Facebook associées, puis sa clientèle couvre beaucoup de jeunes dont nous nous attendrions ils aillent vers l’extrême-gauche habituellement. Tom Woods réussit aussi à « vendre » ces idées. Ce phénomène est significatif, car il sort le libéralisme du petit cercle élitiste à l’intérieur duquel il est cloisonné habituellement. J’écris cela sans contredire forcément votre vision. Au fond, il y a deux manières d’aller pas mal dans la même direction.

    • Il est clair qu’on aura toujours besoin d’un tiers neutre à qui les 2 parties (d’un contrat ou d’un conflit) reconnaissent le droit de dire la justice, soit par soumission, soit par force si la décision n’est pas respectée.

      Tiers qui sera chargé aussi de défendre les frontières contre tout envahisseur agressif.

      Tiers qui aura encore pour fonction de protéger toute personne agressée à l’intérieur de ces frontières.

      Il est aussi utile que ce tiers représente les intérêts de toute la communauté à l’étranger.

      Ce tiers se nomme l’état.

      Il n’est pas nécessaire (et toxique) qu’il s’arroge pour autant d’autres domaines de pouvoir, mais il est normal qu’il soit communautairement rétribué pour son travail.

      Il n’y a que des avantages à ce que ce tiers conserve, dans sa fonction, une neutralité idéologique, philosophique, morale, politique ou religieuse et ralationnelle: et sauf faute grave et intentionnelle de sa part, il n’y a pas lieu que des élections modifient la neutralité de ce partenaire.

      Celui qui nie toute nécessité d’un état rompt non seulement avec une tradition qui a fait ses preuves mais aussi avec un système international qui reconnait les pouvoirs de chaque pays, sur les plans exécutif, législatif, judiciaire et militaire, qui que ce soit qui les exerce.

      « L’utopie est la réalité de demain »: dit-on! Encore faut-il qu’elle soit plausible!

      • L’État n’est pas un tiers neutre. Pourquoi il le serait dans la justice et non sur le reste ? Ce double discours choque mon esprit logique. Le meilleur argument pour les libéraux est à mon avis la théorie des choix publics. Il consiste à nier ce caractère impartial et bienveillant envers tous de l’État, puis de l’analyser comme une entreprise parmi d’autres, mais en situation de monopole. Le problème, c’est que, pour être valide, cet argument doit l’être aussi concernant le droit. Il n’y a pas de raison de faire une exception là, à moins que vous m’en donniez une.

        Le demande d’impartialité, à mon sens, est une demande parmi d’autre. Deux gens sont en conflits. Ils ne veulent pas se faire la guerre, car c’est couteux. La solution est de choisir d’un commun accord un juge dont la réputation d’impartialité est reconnue par les deux. Or, cette demande peut très bien jaillir entre deux institutions policières rivales. Et l’idée que ces institutions se fassent la guerre m’apparaît guère plus vraisemblable que d’imaginer que deux partis politiques en France le fasse ou que François Hollande décide de ne plus déclencher d’élection et de se nommer président à vie. Un moment donné, tenir des élections devient une règle sacrée que personne ne peut violer sans s’exposer à une révolte. Si j’imagine un marché de la protection et de la justice, j’imagine une société qui voit la libre-concurrence entre les polices comme étant aussi sacré que les élections le sont pour nous.

        Je peux bien comprendre que vous n’accordez pas de crédit à ce scénario. Moi, je n’accorde pas de crédit à votre conception selon laquelle des juges formant un monopole puisse être impartial et agir par bien commun. C’était là mon point opposant utopie et idéologie. Sous couvert de nier mon utopie, vous vous aveuglez sur votre idéologie du droit.

        Nous avons un désaccord quant à ce qui est vraisemblable. À défaut de vous convaincre, je vois une utilité dans cette discussion, car elle questionne de façon sceptique les fondements de notre confiance en l’État.

        • L’Etat est sensé être un tiers neutre grâce à la démocratie et ne pouvoir être neutre que s’il est confié à la démocratie, le sophisme est plus en amont.

          • Oui. La démocratie est censée produire la neutralité. C’est de la cela que je suis méfiant. Je pense que le marché sera plus efficient à produire de la neutralité pour la même raison qu’il est plus efficient à produire des balayeuses. Entre temps, la démocratie est peut-être plus efficiente que les dictatures, mais je pense qu’elle est un horizon dépassable.

            • La démocratie est la dictature du nombre, la loi du plus fort. La démocratie est sacrée, sauf que l’élu n’a même pas de compte à rendre à Dieu, mais à un système, à une machine : l’opinion publique.

  • « Les énoncés « mais ceci n’est pas du libre-marché ! », « l’URSS n’était pas du vrai communisme ! » ».

    Il y a une différence fondamentale entre les deux.

    Le libéralisme prône une société dans laquelle l’unité fondamentale est l’individu et pas le collectif, dans le sens ou l’individu ne peut être asservi à la collectivité. Quand l’état peut forcer les gens à faire des choses pour les autres, ce n’est effectivement pas du libéralisme. De même, le libéralisme prône une société dans laquelle les échanges sont libres, volontaires et non contraints. Quand l’état peut décider de qui peut échanger quoi à quelles conditions et à quel prix, ce n’est effectivement pas du libéralisme.

    Le communisme prône une société qui a effacé l’individualité et où le collectif est l’unité fondamentale. Il est ridicule de prétendre qu’une société qui met en place ce principe et qui finit de ce fait en asservissement totalitaire des individus au collectif n’est pas du communisme. De même le communisme prône la fin de la propriété privée des moyens de production et le contrôle par le collectif de toute la production et de tout les échanges. Il est donc ridicule de prétendre qu’une société qui met en place ces principes et qui finit de ce fait par voir sa production s’effondrer et aboutir à la pauvreté généralisée n’est pas du communisme.

    Quand on aura mis en place la liberté libérale du « laissez-faire sans nuire », et que cela finira mal, on pourra en effet rétorquer aux libéraux qui disent que cela n’est pas du libéralisme, que leur énoncé est un sophisme. Quand cela arrivera on vous fera signe. Jusque là, le seul sophisme consiste à mettre au même niveau les deux énoncés, le libéral et le communiste, alors que les deux sont prononcés dans des systèmes qui enlèvent la liberté aux individus et qui sont donc de facto contraire au premier mais conforme au deuxième.

    • Il faut se mettre dans la tête du communiste. Il ne cherche pas à aliéner la liberté des gens. Il croit que la mise en commun des ressources et des décisions rend libre. Il peut rétorquer que les ressources et les décisions n’ont jamais été mise en commun au même titre que nous affirmons que les échanges n’ont jamais eu lieu sans l’usage de la force. Si nous reprochons aux communistes de succomber à la magie de croire que les ressources et les décisions peuvent être mises en commun de manière différente que ce qu’elles ont été dans la réalité, eux peuvent nous reprocher la même chose. Ils diront que les échanges ne pourront jamais avoir lieu autrement que de la manière dont ils ont eu lieu.

      Si je dis ça, c’est pour mieux comprendre le débat. À mon avis, la faille des communistes, c’est surtout que rien, dans le monde ne ressemble même vaguement à leur idéal. Au contraire, il y a un tas d’échanges dans le monde qui correspondent à notre idéal.

  • « Telle ou telle affirmation est utopique, donc elle n’est pas valide. Voilà un raisonnement qui mérite une brève réflexion. Lorsque nous parlons société, nous utilisons souvent l’imagination pour proposer des alternatives à « l’ordre actuel ». Parfois, celles-ci n’existent pas dans le monde, mais seulement dans nos esprits. Le libre-marché, le communisme et la démocratie peuvent tous fonctionner de cette manière. »

    Le féminisme, dans le bon sens du terme, peut lui aussi fonctionner de cette manière. J’ai relu l’article en essayant autant que possible de remplacer « libéralisme » par féminisme et de mon point de vue le résultat est tout aussi pertinent.

    Quand l’article dit que ne pas être utopistes condamnerait les libéraux à devoir décourager ceux d’entre-eux qui veulent une liberté qui ne se limite à pas la liberté de « vente d’appareils électroménagers ou de tondeuses. » On peut selon moi en dire de même des féministes : les conservateurs leur reproche d’être utopistes, mais ne pas être utopistes condamnerait les féministes à devoir décourager les femmes qui veulent exercer dans la société des rôles traditionnellement réserver aux hommes (et vice versa.) Je vais prendre un exemple concret : Si Thatcher n’avait pas été « utopiste » elle n’aurait pas osé devenir la première femme à diriger le gouvernement d’un pays européen.

    Quand l’article dit que le progrès technologique, « l’apparition de nouveaux moyens de communication et de transport », a permis un changement de paradigme au détriment des institutions religieuses (des « églises ») et au profit des institutions démocratiques; et qu’il pourrait permettre un changement de paradigme au détriment des institutions démocratiques et au profit d’un libéralisme apolitique; on peut là encore, selon moi, en dire de même concernant le féminisme : le progrès technologique (électroménager, machine à laver, frigo, gazinière, etc) a permis un changement de paradigme au profit du féminisme en libérant la femme des tâches ménagères.

  • Tout au long de vos articles, vous avez l’art de mettre le doigt sur ce qui m’a déjà fait dire: « Il y a un truc qui cloche dans ce qu’on me raconte. Et pourquoi pas…? ». Inspirant.

  • « L’imagination d’alternatives combat l’imagination du réel. »

    Un combat d’infirme. Le réel n’est, en soi, pas modifiable. Toute énergie intellectuelle dépensé en ce sens est vaine, sauf à aimer vouloir s’illusionner.

    Pour ma part, la rencontre d’une libérale m’a suffit pour qu’elle soit digne d’être imitée.

    • Prétendre voir le réel sans l’imaginer est équivalent à penser voler dans les airs avec sa pensée. L’imaginaire est une faculté humaine omniprésente. Le nier est de l’aveuglement.

      • La modération à cru bon vous épargner un commentaire, disons, un peu cru, mais pas insultant (j’insiste). Tant pis.

        Dans l’appréciation du réel, je préfère la sensibilité à l’imagination, elle a l’avantage de faire l’économie de la déception.

    • Vous butez sur le matérialisme, sur le rationalisme, sur le déterminisme … c’est à dire sur les sophismes de base du socialisme.

      Le réel existe de façon complétement indépendante de notre pensée et les lois que nous trouvons au réel n’existent que dans le langage qui nous permet de représenter le réel.

      Le réel est modifiable et le réel ne régit qu’une infime partie de nos vies. La grande majorité des choses qui comptent pour nous ne sont pas matérielles, n’existent pas autrement que par le sens que nous leur donnons.

  • Il y a deux formes d’utopie: l’artistique et la politique.
    La première est libre de toutes contraintes alors que de la deuxième découlera immanquablement de la contrainte, idéologique ou doctrinaire peut importe le mot.
    Par ailleurs il ne faut pas oublier que le désir d’une société libérale est lui aussi empreint d’idéologie, simplement ce n’est pas la même que le conservatisme ou le socialisme ou etc.
    Ne pas vouloir imposer une finalité à l’histoire est une des caractéristiques de la société ouverte, telle que la décrit Karl Popper. Cela mobilise bien moins les émotions qu’un avenir radieux, la haine ou l’amour de l’autre, ou en son temps l’ordre et le goupillon.
    Plus de raison que d’enthousiasme n’est pas très « vendeur » dans notre société post-moderne. Cela explique, entre autre, qu il n’y a pas de formation politique vraiment libérale, dans aucun pays et encore moins en France.

  • J’aime l’appel à être visionnaires. C’est rafraîchissant dans cette époque de noires ruminations ! Mais nous le serons pour la génération suivante, à mon avis.

  • J’aime beaucoup votre article : Oui il faut aller au charbon, quitte à choquer ou même à dire des bêtises (qui n’en dit pas) … l’utopie est le seul moyen de contrer des certitudes qui empêchent les gens de penser plus loin :

    Le concept de démocratie est un fourre-tout qui ne veut plus rien dire et y toucher est un des pires sacrilèges : tout le monde vous répond « c’est le moins pire des systèmes » ou « que proposez-vous d’autre » quand ils ne vous accusent pas directement d’apologie de la tyrannie. Ce truc est une vraie ligne Maginot qui empêche les gens de se remettre en question. Imaginer un système régit uniquement par le choix et la concurrence à posteriori (c’est-à-dire l’inverse de la démocratie à priori) ne peut se développer que par l’utopie.

    Idem pour la liberté d’expression qui est devenu une laïcité athée intégriste et un véritable cheval de Troie de l’Etatisme qui voit en régissant la religion des gens, la façon dont ils s’habillent et la viande qu’ils mangent et qu’il ne mangent pas un moyen de s’occuper de tout et du pain béni pour tous les populismes ? Un monde où l’Etat ne serait pas le gardien protecteur contre les croisades, l’inquisition, l’obscurantisme, que sais-je d’autre est une réelle utopie que peu arrivent à imaginer.

    Et plus prosaïquement …
    Une justice qui serait indépendante parce que située en dehors du pouvoir, qui serait autre chose qu’un enjeu de pouvoir … utopie
    Une école qui ne serait pas soumise à un programme unique et qui ne serait pas un outils de conception de la société … utopie
    Un système de protection sociale qui ne serait pas basé sur le travail de certain au bénéfice de peu … utopie
    Un monde sans privilège … utopie

    Même si pour les libéraux, cela est du bon sens, pour les gens cela est tellement au-dessus de leur plafond de verre que la moindre idée libérale est pour eux de l’utopie pure et simple. Alors pourquoi se gêner ? Pourquoi vouloir apparaitre sensé quand le bons sens est considéré par les gens comme du pur délire ?

  • Très bel article. La chanson « Imagine » n’a pas marqué les esprits pour rien, le rêve est particulièrement fédérateur. Le rêve éveillé est une aptitude à synthétiser ce que l’on veut, ce qui nous motive. Les systèmes d’organisation, les modèles politiques ne proviennent pas du réel mais de notre imagination ; faire avec le réel n’implique pas de réagir perpétuellement avec un systématisme rigide et hermétique à toute forme de changement. Il n’existe aucune politique sans idéologie, sans utopie sous-jacente.

  • Pour ma part, je pense qu’un discours qui allierait libéralisme pragmatique et patriotisme (avec défense de la culture, de l’identité française et de la nation) sur un mode « populiste » pourrait percer, si tant est que les propositions restent cohérentes.

    Le peuple attend du lyrique, des petites phrases, du sensationnel, du charisme plus que de l’utopie. L’homme politique qui réussit à incarner un nouveau souffle, une rupture tout en donnant à la population la sensation d’être incarnée par lui, se taille un grand boulevard vers l’Elysée. Le meilleur exemple en est de Gaulle.

    N’oublions pas l’image de l' »homme providentiel » très présente dans notre culture. Et il n’est pas dit que le libéralisme puisse faire mauvais ménage avec cette figure…

    • Ben voyons : faire appel à un petit facho pour défendre les idées libérales… c’est très crédible !!!

      • Si vous croyez que populisme et faschisme sont similaires, alors je vous conseille d’en apprendre davantage sur le sujet.

        Et si vous me dites que de Gaulle était faschiste, alors c’est que vous confondez vraiment tout…

        Ouvrez un livre d’histoire, ça vous fera du bien.

  • Personnellement, j’utilise utopie dans le sens positif prôné par l’auteur; pour le sens péjoratif, il y a chimère…

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