Le programme pas vraiment nouveau de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy lors du lancement du Conseil National du Numérique (Crédit rsepulveda, licence Creative Commons)

L’incohérence doctrinale de Nicolas Sarkozy n’est qu’une version subtile d’immobilisme.

Par Jacques Garello.

Nicolas Sarkozy lors du lancement du Conseil National du Numérique (Crédit rsepulveda, licence Creative Commons)
Nicolas Sarkozy lors du lancement du Conseil National du Numérique (Crédit rsepulveda, licence Creative Commons)

Dans Les Échos, Nicolas Sarkozy a affirmé sa décision de « refonder notre modèle social ». Il précise même : social et économique, pour rappeler sans doute qu’en 2008 il avait analysé la crise comme celle du capitalisme… Entre temps, il a découvert que « l’entreprise c’est l’emploi ». Au début de son interview on se prend à espérer : « Tout est proposé d’en haut » : cette méthode de gouvernement lui est en effet peu familière et le voici sans doute acquis au principe de subsidiarité.

Espoir déçu : comme d’habitude, Sarkozy se défend d’adhérer à tout principe, à toute doctrine. Quand on lui demande quelles sont ses idées de réforme de la fiscalité, il met les choses au point : « L’objectif est d’être efficace, pas de verser dans l’idéologie. La question n’est pas d’être libéral, socialiste ou keynésien ». Alors, quelles réformes, inspirées par quel dessein ? Il faut être compétitif en Europe, rejoindre la moyenne de nos concurrents. Certes, mais libéraux, socialistes et keynésiens sont sans doute d’accord sur ce point. Donc, surtout pas de référence dogmatique. À la question : peut-on être élu si on est libéral ? la réponse est claire : « Ces étiquettes n’ont plus de sens. Il faut mettre le travail, la confiance, la liberté au cœur de notre projet ». C’est assez précis pour faire l’unanimité de la droite et de la gauche.

Venons-en au détail des réformes, puisque le président candidat, en empiriste avéré, se défend de toute vision globale.

retour sarkozy Le HonzecIl faut d’abord réformer le droit du travail. Faisant référence au débat actuel sur le meilleur niveau de négociation collective, il prend position pour l’accord d’entreprise, prééminent  sur tout le reste. Mais l’État veille : il y aura « quelques exceptions » notamment pour l’artisanat, le commerce, les cafés-restaurants. Les syndicats ne sont plus à même d’imposer leurs vues au nom des salariés : des referendums peuvent être organisés dans l’entreprise et la majorité simple arbitrera le débat, avec le contrôle d’un juge si nécessaire. Sarkozy pense que la démocratie est la loi de la majorité ; les libéraux pensent que c’est la protection de la minorité, et à leurs yeux c’est le contrat individuel qui est souverain. Sans doute Sarkozy se prononce-t-il contre le monopole de présentation des syndicats. Sans doute veut-il supprimer le seuil de 10 salariés, mais pourquoi maintenir les autres, même si c’est en fondant les organes représentatifs du personnel ? Quant à la durée légale du travail, elle disparaît mais dans un cadre réglementaire : 35 heures ne peuvent être changées pour 39 heures sans rémunération supplémentaire, comme l’ont souhaité les salariés de Smart. En revanche, les cotisations sociales seraient supprimées entre 35 et 39 heures.

Sur la protection sociale, les réformes évoquées ici sont peu révolutionnaires, si ce n’est le recul de l’âge de la retraite à 63 ans et la gestion de l’UNEDIC retirée aux syndicats pour être confiée à l’État. Les allocations chômage sont amenées à baisser au-delà de 12 mois, elles devraient être dégressives.

Sur le chapitre de la fiscalité, en dehors de l’objectif de rejoindre la moyenne européenne et en particulier de combler l’écart avec les Allemands, il n’y a guère de précisions, sauf la suppression de l’ISF, qui fait fuir les contribuables à l’étranger. Les dépenses publiques doivent diminuer sur une période de cinq ans, ce qui implique 100 milliards d’économies en cinq ans. Ce n’est pas très violent, on en conviendra. Quelles économies ? Une allusion est faite à la fonction publique, dont certains privilèges devraient être revus, comme le calcul des retraites. On n’en sait guère plus sur les économies, il n’est pas fait allusion au dogme libéral du recul de l’État. Sarkozy a toujours été et demeure étatiste.

Aux yeux du président candidat, la priorité revient à la lutte contre le chômage. Outre la révision des allocations, il faut aller plus loin pour inciter les entreprises à embaucher. Ainsi avance-t-il l’idée d’un SMIC « sans aucune charge pour l’employeur », et d’un allègement des charges pour les emplois familiaux (les emplois non déclarés sont, dit-il « un gisement essentiel d’emplois »). Entend-il taxer ceux qui ne le sont pas aujourd’hui (il cite les gardes d’enfants ou les aides aux personnes âgées) ?

Bref, dépouillées volontairement de toute cohésion doctrinale, ces propositions « tous azimuts » ressemblent davantage à un discours électoral qu’à un projet de société. On est bien dans le mode politique habituel en France.

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